Étude sur la violence envers les femmes en milieu rural ontarien (ORWAS) rapport final
1. INTRODUCTION
Les femmes victimes de violence, que ce soit en milieu urbain ou rural[1], vivent souvent cette expérience de manière similaire dans leur for intérieur. Cependant, il peut s’avérer souvent plus difficile de trouver un refuge pour les femmes vivant en milieu rural (et dans les petites villes). Or, jusqu’ici, les mesures prises pour aider les femmes maltraitées se fondaient principalement sur les particularités de la vie urbaine.
Lors de la première Initiative de lutte contre la violence familiale du gouvernement fédéral (1990-1994), le ministère de la Justice du Canada s’était engagé auprès du Conseil du Trésor à mener une recherche sur la violence familiale en milieu rural. En 1996, un survol de la documentation scientifique a révélé la rareté des écrits portant sur la violence familiale et la violence faite aux femmes en milieu rural (Brookbank, 1996). Lorsque la seconde phase de l’Initiative a été reconduite, en 1996, la Division de la recherche et de la statistique du ministère de la Justice du Canada s’est engagée à nouveau à exécuter un projet de recherche plus détaillé. En 1997, le survol des publications a été mis à jour et une proposition de projet a été rédigée, mettant en lumière les lacunes de l’état actuel de la recherche, les questions à poser, les orientations à privilégier et la nécessité d’approfondir les connaissances en cette matière (Biesenthal et Sproule, 1998). C’est ainsi, grâce à un financement tiré du budget ministériel de lutte contre la violence familiale, à l’appui de la conseillère principale en matière d’égalité des sexes et à un soutien financier de Santé Canada, qu’est né un projet d’étude plus poussée sur la violence familiale et les femmes en milieu rural. Le fruit de ce travail est l’ORWAS.
L’ORWAS résulte d’une initiative du CAPRO (Community Abuse Program of Rural Ontario), projet communautaire de l’Ontario Farm Women’s Network et du Federated Women’s Institutes of Ontario financé par le gouvernement provincial, et du ministère de la Justice du Canada. Le projet a démarré à la fin de l’automne 1997, poursuivant un double objectif : premièrement, mieux comprendre les problèmes propres aux femmes victimes de violence en milieu rural; deuxièmement, trouver les moyens de soutien et d’intervention les plus adaptés au milieu rural, dans l’espoir de susciter un débat et des mesures concrètes au sein de la collectivité.
Pour garantir l’exhaustivité et la solidité de l’analyse, nous avons eu recours à des grilles quantitatives et qualitatives. Ainsi, nous avons effectué une analyse quantitative de l’Enquête sur la violence envers les femmes menée en 1993 par Statistique Canada afin de combler le manque d’informations statistiques concernant le milieu rural (Levett et Johnson, 1998). Par ailleurs, une démarche qualitative entreprise dans le milieu a permis d’acquérir une compréhension plus profonde et «pointue» d’une réalité qui échappe à l’analyse statistique. Les démarches qualitatives ont servi à faire éclore un sentiment de solidarité permettant aux enquêteuses et aux participants et participantes de travailler de concert pour éventuellement prendre des mesures concrètes dans leur milieu (Joyappa et Martin, 1996). La méthode élaborée pour l’ORWAS a été reprise dans deux localités rurales en Colombie-Britannique (Jiwani, Moore et Kachuk, 1998). Chacune des six collectivités ayant participé à l’étude fait l’objet d’un rapport de recherche distinct : Vermilion Bay (Biesenthal et Podovinnikoff, 1998), Cochrane (Kolmeitz-Warman, 1998), Espanola (Nelder, 1998), Glengarry, Stormont et Dundas (Roosendaal, 1998), comtés de Grey-Bruce (Mann, 1998), et comté d’Oxford (Golton, 1998). À ces rapports s’ajoute une évaluation du projet de l’ORWAS (Nelder et Snelling, en cours d’impression).
[1] La définition de milieu rural fait l’objet d’un vaste débat. Pour nos besoins, nous avons retenu la définition utilisée par Statistique Canada pour «non urbain», c’est-à-dire tout territoire extérieur à une zone urbaine, une zone urbaine ayant une population d’au moins 1000 habitants et une densité démographique de plus de 400personnes par kilomètre carré.
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