Étude sur la violence envers les femmes en milieu rural ontarien (ORWAS) rapport final

4. RÉSULTATS : LA VIOLENCE ENVERS LES FEMMES EN MILIEU RURAL ONTARIEN (suite)

4. RÉSULTATS : LA VIOLENCE ENVERS LES FEMMES EN MILIEU RURAL ONTARIEN (suite)

4.5 L’accès aux services – Généralités

4.5.1 Le manque d'information au sujet des services

La plupart des femmes interviewées ont indiqué que l'information sur les services disponibles devrait être plus facile à obtenir. Même si certains renseignements sont disponibles dans les collectivités, nombre de ces femmes vivent dans des conditions sociales difficiles et dans des endroits géographiquement isolés et sont donc moins susceptibles de trouver cette information. Plusieurs femmes ont soulevé le fait qu'elles n'avaient aucune idée de l’endroit où s'adresser pour obtenir de l'aide ni à qui faire appel.

4.5.2 L’absence ou l’insuffisance de services

Tant les femmes que les fournisseurs de services ont convenu qu'il n'y avait pas suffisamment de services pour les victimes de violence. Nombre des personnes interviewées estimaient que le personnel des services sociaux et médicaux de l'endroit où elles habitent est mal informé du problème de la violence ou des autres ressources disponibles. Les résidentes de petites collectivités et les fournisseurs de services ont insisté sur la nécessité d'offrir plus de services pouvant rejoindre un plus large bassin de femmes. Dans les régions rurales, les fournisseurs de services disent qu'ils ont du mal à aider les femmes à cause des très grandes distances qu'ils doivent franchir dans le peu de temps dont ils disposent.

On a reconnu l’absence de plusieurs services dans les régions rurales. Certaines travailleuses d'approche rattachées aux refuges pour femmes battues, sur les services desquels on pouvait compter auparavant, ont vu leur poste coupé à cause du manque de ressources financières. Leurs services sont perçus comme extrêmement importants compte tenu de l'impact que la distance et l'absence de moyens de transport ont sur les femmes qui vivent en région rurale. Des services d'urgence efficaces figuraient parmi les autres préoccupations des participantes à la recherche. On a précisé que la distance, le transport, les conditions météorologiques et le temps d'intervention étaient tous des obstacles à la prestation des services.

4.6 Le système de justice pénale

4.6.1 La police

Le traitement des plaintes des femmes

À cet égard, on a obtenu diverses réactions, qui semblent varier considérablement d’une collectivité à l’autre, entre les forces policières de la ville et la Police provinciale de l'Ontario (PPO) et selon chacun des agents. Certaines femmes plus âgées ont dit que la réaction est maintenant meilleure qu'elle ne l'était il y a plusieurs années. D'autres femmes ont dit avoir l'impression que les agents plus jeunes semblent être plus sympathiques aux maris. Plusieurs ont laissé entendre que la police prenait plus de temps à intervenir lorsqu'elle était rappelée à la même résidence à plusieurs reprises.

Le comportement approprié ou utile

Même si de nombreuses femmes ont décrit certains comportements inappropriés de la part des forces policières locales, il était évident que lorsqu'un agent faisait preuve de sensibilité et d'attention, son travail était vraiment reconnu et fort apprécié par les femmes. Plusieurs femmes ont apprécié le fait que les corps policiers essaient souvent d'envoyer une agente pour répondre aux appels de violence conjugale. D'autres ont dit que les agents s’étaient montrés des plus utiles lorsqu'ils leur ont donné une carte portant le numéro de téléphone du refuge.

Les attitudes

L'attitude de l'agent de police revêt la plus haute importance. Lorsque l'agent prend la situation de violence au sérieux et témoigne du respect à l'égard de la femme, nombre des femmes ont dit que cela les aidait à comprendre à quel point la situation était grave et à prendre la décision de partir.

Les policiers en tant qu'amis, parents ou voisins

Dans une collectivité rurale, il arrive souvent que certains des agents de police soient parents ou amis avec le conjoint violent ou sa famille. Une femme a dit que son mari faisait partie de la même équipe de base-ball que l'agent de police, une autre a dit qu'elle et son ex-mari étaient amis de l'agent de police. Dans les petites villes, cela peut être un élément dissuasif très important qui empêche les femmes d'obtenir l'aide dont elles ont besoin.

Armes à feu

Dans les régions rurales, on retrouve des armes à feu dans bien des foyers. Près de la moitié des femmes interviewées ont dit que leur conjoint violent avait accès à une arme à feu. Nombre d'entre elles ont été menacées avec une arme à feu et une femme s'est fait tirer. Souvent, la police savait qu'il y avait des armes à feu dans la maison et certaines femmes estimaient que pour cela, elle hésitait davantage à intervenir. Les femmes ont également fait part de leur préoccupation au sujet de la facilité avec laquelle leur conjoint pouvait obtenir des armes à feu.

Les ordonnances de non-communication et les engagements à ne pas troubler l'ordre public

À la question de savoir si les engagements à ne pas troubler l'ordre public ou les ordonnances de non-communication étaient efficaces, les femmes ont répondu par la négative. Elles se sont dites inquiètes de voir qu’on ne pouvait imposer une ordonnance de non-communication à moins que des accusations d'agression n’aient été portées, et que lorsque les engagements à ne pas troubler l'ordre public sont signés, souvent aucune condition n'y est rattachée. En général, ont-elles ajouté, les ordonnances de non-communication ne sont pas appliquées par la police de toute façon. Dans les deux cas, il ne semblait pas y avoir eu d’expériences positives.

Le harcèlement criminel

Le harcèlement criminel est une expérience commune à bien des victimes de la violence, bien que la plupart aient décrit cette expérience comme «le fait d'avoir été suivies» plutôt que d'être harcelées. Les victimes estiment que la loi ne prend pas le harcèlement criminel assez au sérieux. Il est difficile de prouver qu'il y a eu harcèlement criminel, mais nombre de femmes ont dit que leur ex-mari se tenait toujours au courant de leurs allées et venues. Plusieurs ont raconté comment leur conjoint violent laissait des signes anonymes de sa venue dans leur maison, ou comment il les harcelait au travail.

Les facteurs influant sur la décision des femmes de faire appel à la police

Plusieurs facteurs influent sur la décision d’une femme d'appeler la police ou non. Notons la gêne de voir divulguée la violence dont elle est victime et la crainte des effets que cela pourrait avoir sur les enfants. Entre autres facteurs en jeu, mentionnons le fait que les forces policières ne sont pas toujours perçues comme étant aussi fiables qu'elles devraient l'être, le long délai d'intervention dans les régions rurales, la crainte d'une réaction inappropriée et la peur, pour les femmes, de ce qui leur arrivera lorsque le mari découvrira qu'elles ont appelé la police.

La confiance des femmes à l'égard de la police

Le niveau de confiance qu'affichaient les femmes à l'égard de la police variait. La plupart des femmes ont fait état d'expériences négatives avec la police. Certains fournisseurs de services et résidentes de petites collectivités ont également fait part d'un manque de confiance dans la capacité de la police d'intervenir pour aider les femmes victimes de violence. On s'est dit grandement préoccupé par les longs délais d'intervention. Les expériences positives étaient habituellement rattachées à un agent en particulier ou à un corps de police précis. Lorsque la police intervient, qu'elle écoute les femmes et ne les juge pas, celles-ci trouvent que ses services sont utiles et leur viennent en aide.