Enquête auprès des femmes qui ont survécu à une agression sexuelle
2. Méthodologie
Le questionnaire utilisé et les modalités d’exécution du projet ont été mis au point par des chercheurs du ministère de la Justice Canada, en collaboration avec le personnel des centres participants.
L’enquête téléphonique (composée de 35 questions) a été effectuée par quatre personnes engagées par le ministère de la Justice Canada. Ces personnes ont été choisies pour leur expérience dans le domaine de la violence faite aux femmes et pour leurs aptitudes reconnues à mener des entrevues délicates. Au total, 102 entrevues téléphoniques ont été réalisées.
Le personnel des centres était chargé d’informer des clientes et d’anciennes clientes de l’objet de l’enquête[2], de trouver des femmes prêtes à participer, de fixer le moment de l’entrevue et, surtout, de fournir aux personnes interrogées le soutien affectif dont elles pouvaient avoir besoin avant ou après l’entrevue.
Le personnel des centres a ainsi sollicité la participation d’un groupe de femmes présentant des expériences variées. Ainsi, il a rejoint tant des survivantes d’agression sexuelle qui ont porté plainte à la police, sont allées devant le tribunal ou dont les dossiers personnels ont été consultés que des survivantes dont ce n’était pas le cas. Il a aussi abordé des femmes aux antécédents sociaux, culturels et économiques divers.
L’étude étant avant tout qualitative, les participantes ont été choisies surtout pour permettre à l’enquête de porter sur un échantillon diversifié de femmes ayant vécu des expériences à différents niveaux avec le système de justice pénale, plutôt que d’assurer une représentativité statistique. Il faut garder cette précision à l’esprit en examinant les Schémas et les tableaux fournis pour illustrer les résultats.
Les entrevues ont eu lieu entre le 20 juillet et le 6 août 1998. Afin de protéger leur anonymat, les participantes à l’enquête ont elles-mêmes appelé les personnes chargées de les interroger, à une heure fixée à l’avance. La plupart ont appelé à frais virés d’un bureau privé situé dans l’un des centres. Les autres ont téléphoné de chez elles. Elles ont toutes reçu une indemnité pour leur participation. Les frais de déplacement et les frais de garde d’enfants engagés pour pouvoir participer à l’enquête leur ont également été remboursés.
On a interrogé les participantes sur la violence qu’elles avaient subie, sur les facteurs qui ont influencé leur décision de porter plainte à la police (ou non) ainsi que sur les expériences qu’elles avaient vécues relativement à la production des dossiers personnels et au système de justice pénale en général. La plupart des questions étaient des questions ouvertes: les femmes avaient ainsi toute la latitude voulue pour aborder les aspects de leurs expériences qu’elles considéraient comme les plus importants et exprimer leurs opinions le plus librement possible[3].
Les entrevues ont duré entre 10 et 90 minutes. Un peu plus de la moitié ont pris moins de 30 minutes et près du tiers, de 30 à 60 minutes. Seulement 15% d’entre elles ont duré plus d’une heure.
Dans l’ensemble, les commentaires que le personnel des centres a reçus des femmes au sujet de leur participation ont été positifs. Elles ont particulièrement apprécié l’occasion qui leur était offerte de raconter leurs expériences, et ce, sans craindre de voir leurs propos se retourner contre elles.
Il importe de faire remarquer que les participantes ont accepté de répondre au questionnaire même si, en général, les expériences qu’elles ont vécues avec le système de justice pénale avaient été mauvaises. Pour un bon nombre d’entre elles, leur participation constituait un acte de foi fondé sur l’espoir que cette enquête contribuerait peut-être à « faire changer les choses ».
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