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L’objectif du présent projet était de déterminer les problèmes juridiques graves auxquels les Métis du Nord canadien peuvent être confrontés, la manière dont ils y font face, et les répercussions que ces problèmes entraînent pour eux. Nous croyons que les expériences vécues dans le Nord canadien diffèrent considérablement de celles vécues dans le Sud et que les récits à cet égard doivent être entendus. Nous espérons que les résultats de ce travail permettront de mieux comprendre les expériences que ces personnes ont vécues en lien avec leurs problèmes juridiques graves.

Des entrevues ont été menées auprès de dix personnes vivant dans les Territoires du Nord-Ouest (T.N.-O.) qui s’identifient comme Métis. De plus, cinq fournisseurs de services ont été interrogés, y compris une personne qui travaille dans le domaine de la justice réparatrice, deux personnes de différentes collectivités qui travaillent dans les services aux victimes, une travailleuse de première ligne qui offre du soutien aux personnes ayant des besoins complexes, et une personne qui travaille avec les victimes d’actes criminels. Les entrevues visaient à déterminer les types de problèmes juridiques auxquels leurs clients étaient confrontés et la manière dont ces problèmes ont été résolus. De plus, les fournisseurs de services ont identifié les obstacles rencontrés par les clients et les défis qu’ils ont dû relever pour offrir des services et du soutien.

Selon les estimations du Bureau de la statistique des T.N.-O. pour juin 2021, la population des T.N.-O. était de 45 504 habitants. Environ 50 pour 100 de la population des T.N.-O. est autochtone. Les Dénés (14 857) constituent le plus grand groupe autochtone, suivis des Inuits (5 273) et des Métis (2 594). Le territoire est divisé en six régions qui comptent environ 33 collectivités. Environ la moitié de la population vit dans la ville de Yellowknife (21 775), dont environ 75 pour 100 sont non autochtones.

Quels types de problèmes les participants ont-ils éprouvés au cours des trois dernières années?

Les personnes métisses interrogées ont éprouvé divers problèmes liés à l’emploi, au logement, aux différends avec des voisins, à la prestation de soins de santé et au fardeau de la dette. Un thème qui ressort dans toutes les entrevues est que ces personnes ont dû faire face à des pratiques discriminatoires dans le cadre de la vie quotidienne.

Bien que les fournisseurs de services aient cerné des problèmes juridiques allant du méfait aux agressions sexuelles, les exemples qu’ils ont fournis faisaient écho aux mêmes thèmes sous-jacents de la discrimination et du manque de respect systémiques.

Comment les participants ont-ils tenté de résoudre leurs problèmes? Quels ont été les résultats de ces efforts?

Les personnes ont communiqué avec les organisations territoriales pour trouver une solution et, même si certains de leurs problèmes ont été réglés, la plupart sont restés non résolus. Les problèmes résolus sont le résultat d’une détermination personnelle et, dans certains cas, d’un soutien extérieur. Pour ceux qui n’ont pas été résolus, les personnes ont continué à se battre pour obtenir une résolution, tandis que d’autres ont abandonné.

Les fournisseurs de services ont noté que la confiance des gens était souvent érodée à tel point qu’ils étaient devenus incapables d’être leurs propres défenseurs. Ils ont également expliqué l’importance du contexte des T.N.-O., y compris la petite taille des collectivités qui manquent souvent de ressources et de soutien pour les personnes qui sont confrontées à des problèmes juridiques.

Les participants ont-ils résolu leurs problèmes en ayant recours au système juridique conventionnel? Dans la négative, pourquoi pas?

Dans certains cas, la solution a été trouvée grâce à des communications continues et à une détermination obstinée plutôt qu’au système juridique conventionnel. Bien qu’il y ait eu des cas difficiles qui ont pu être résolus au moyen du système juridique conventionnel, le manque de ressources financières et la méfiance à l’égard du système lui-même ont rendu la tâche difficile pour les personnes d’intenter une poursuite juridique officielle.

Les fournisseurs de services ont signalé que les personnes sont désorientées et/ou ne comprennent pas le système de justice. Les répercussions de la colonisation, des pensionnats et des expériences vécues, y compris la discrimination, ont entraîné chez de nombreux peuples autochtones un manque de confiance en eux-mêmes et une méfiance à l’égard du système de justice. De plus, la petite taille de plusieurs collectivités fait en sorte que les personnes ne cherchent pas à trouver une solution afin d’éviter les sanctions communautaires.

Quelles ont été les répercussions de ces problèmes sur les participants – par exemple, financièrement, mentalement et physiquement?

Il s’agissait de graves problèmes juridiques pour ces personnes métisses qui, dans bien des cas, se sentaient invisibles et non respectées. Les répercussions de chaque situation sur les personnes et les familles ont été complexes et graves, y compris les répercussions négatives sur leur santé et leur bien-être, ainsi que leur situation financière. Selon les fournisseurs de services, la confiance des gens était souvent érodée à tel point qu’ils étaient devenus incapables d être leurs propres défenseurs.

Les récits faits par les Métis des T.N.-O. témoignent de l’échec du système, particulièrement en ce qui concerne les peuples autochtones. L’héritage du colonialisme est omniprésent et se manifeste par un racisme et une discrimination systémiques à de nombreux niveaux.