Un rapport sur les relations entre la justice réparatrice et les traditions juridiques autochtones au Canada

La relation continue entre les traditions juridiques autochtones et la justice réparatrice

La relation entre la justice réparatrice et les traditions juridiques autochtones est plus complexe et nuancée que ce qu’indique jusqu’ici le présent rapport. Bien que ce rapport laisse entendre de façon stratégique qu’il existe un fossé évident entre la « justice réparatrice Â» et les « traditions juridiques autochtones Â», comme moyen de souligner le besoin d’examiner et de comprendre ces deux éléments indépendamment l’un de l’autre, la vérité est que ces systèmes juridiques se fondent l’un dans l’autre. Par exemple, il existe abondamment de preuves que les traditions juridiques autochtones ont influé sur les premiers stades de l’élaboration des programmes de justice réparatrice. Cette influence s’étendait aux principes et aux valeurs qui sous-tendent ces programmes, et jusqu’à la forme et au fonctionnement possible de ceux-ci (Archibald et Llewellyn, 2006; Cameron, 2005; Milward, 2012; Tomporowski, 2014). De façon analogue, il existe des preuves qui laissent penser qu’il y a de l’influence dans le sens inverse, c’est-à-dire que la justice réparatrice a influé sur la mise en Å“uvre dans les temps modernes de certains programmes de justice autochtone (Milward, 2012; Napolean et Friedland, 2014). La justice réparatrice a éclairé certains processus juridiques autochtones modernes en comblant des lacunes qui avaient été créées par la colonisation (c.-à-d. lorsque des représentants du Canada ont supprimé les systèmes juridiques autochtones, le plus agressivement entre la fin du XIXe siècle et le début du XXe siècle), ce qui veut dire que les projets de justice autochtone modernes, et peut-être des projets de justice futurs, pourraient adopter une approche plus réparatrice, alors qu’historiquement, ils peuvent avoir été davantage punitifs et sévères (Deer, 2015; Milward, 2012).

Pour l’avenir, tant les défenseurs de la justice réparatrice et que les défenseurs des traditions juridiques autochtones devraient reconnaître l’influence que chaque approche en matière de justice a eue l’une sur l’autre, et utiliser cette reconnaissance pour établir un dialogue plus constant les uns avec les autres. Cela est particulièrement vrai dans le cas des défenseurs des systèmes juridiques autochtones, qui peuvent apprendre du parcours des programmes de justice réparatrice, lorsque ceux-ci ont évolué de la stratégie de justice pénale plutôt obscure qu’ils représentaient au début des années 1970 (Tomporowski et al., 2011) pour devenir une solution de remplacement légitime au processus de justice pénal général. Les défenseurs des traditions juridiques autochtones peuvent se pencher sur cette expérience pour comprendre comment la justice réparatrice a fini par devenir une approche légitime en matière de crime et de conflit, notamment en étudiant ce que l’on a fait pour évoluer, qui on a consulté, etc. En définitive, la relation entre la justice réparatrice et les traditions juridiques autochtones continuera à évoluer, et les deux approches en matière de justice continueront probablement à s’influencer mutuellement.