Analyse des lacunes

Une revue de littérature montre que seulement 9 des 15 tueries de masse ont donné lieu à des recommandations ou à des leçons apprises pour soutenir les personnes touchées. Les recommandations et les leçons apprises portaient plutôt sur les changements susceptibles d’empêcher des événements similaires ou d’assurer le bon déroulement des enquêtes. Bien que ces recommandations soient importantes, nous recensons ici certains aspects qui seront utiles à quiconque serait touché par une tuerie de masse.

Reconnaissance de la portée des répercussions globales

On reconnaît de plus en plus que les répercussions des tueries de masse vont au-delà des victimes immédiates. De tels événements peuvent en effet avoir des répercussions importantes sur la santé mentale et le bien-être des membres de la famille, des amis proches, des témoins, des collectivités élargies et des intervenants. Les intervenants englobent les personnes qui travaillent dans les secteurs de la sécurité publique, du système de justice et des soins de santé (gouvernement du Canada, 2016). Par conséquent, il faudrait élargir à toutes les personnes touchées les recommandations et les leçons apprises au sujet de la santé mentale des victimes.

Inclusion des besoins psychosociaux dans les exercices de simulation

Bien qu’une formation sur la préparation aux tireurs actifs ait été recommandée (dans le cas de l’attaque à Moncton, par exemple), il n’a pas été question d’inclure dans la formation les besoins psychosociaux des personnes touchées. À l’heure actuelle, les initiatives de préparation aux tueries de masse visent principalement à assurer la sécurité physique de la population et à fournir des soins physiques aux victimes et à la collectivité. Cependant, il est essentiel que les exercices de planification, tels que les simulations théoriques, tiennent compte des besoins psychosociaux de tous les groupes touchés. Idéalement, la planification à cette fin pourrait s’appuyer sur des modèles normalisés qui peuvent être adaptés pour répondre aux besoins particuliers de chaque collectivité et de chaque groupe culturel (Collins et coll., 2022).

Constatation et adaptation des pratiques en vigueur ailleurs dans le monde

De nombreux pays vivent des tueries de masse plus fréquentes qu’au Canada. Il est donc essentiel de déterminer et d’analyser les pratiques qui ont cours ailleurs dans le monde et les leçons apprises dans d’autres pays. Ces pratiques pourraient ensuite être adaptées et mises à l’essai au Canada (Gabbe et coll., 2022).

Mesures de soutien adaptées à l’âge, au handicap et à la culture

Bon nombre des recommandations formulées dans la littérature faisaient référence aux « victimes » et aux « personnes touchées ». Or, dans le contexte du Canada où la population est diversifiée, nous avons besoin d’offrir des mesures de soutien diversifiées. Plus précisément, nous devrions fournir du soutien adapté en fonction de l’âge, des capacités et de la culture. Par exemple, les besoins particuliers des Canadiens handicapés sont souvent négligés, malgré leur grande vulnérabilité lors de tels événements. De plus, différents facteurs peuvent exacerber leur vulnérabilité : pannes de courant, mobilité limitée, craintes accrues pour leur sécurité personnelle, entre autres.

De plus, nous devons mettre au point des mesures de soutien et formuler des recommandations adaptées à la culture pour tenir compte des identités intersectionnelles au sein de la population canadienne. Ces identités comprennent notamment l’identité autochtone, l’identité propre à l’origine ethnique et à la culture, l’appartenance à la communauté LGBTQ2EIA+, la situation socioéconomique, l’emplacement géographique (rural, urbain ou nordique), l’âge, le sexe et le genre.

Recensement des ONG offrant des services de soutien

Les recommandations ne mentionnent pas le recours à des organisations non gouvernementales (ONG) en cas de tuerie de masse. Les ONG peuvent pourtant jouer un rôle crucial en fournissant du soutien axé sur les victimes immédiatement après un événement, mais aussi à court et à long terme. Le fait d’inclure les ONG et de coordonner les services de soutien avec celles-ci pourrait nous permettre d’améliorer – et peut-être d’accélérer – le soutien que nous offrons aux personnes touchées par une tuerie de masse. Notons toutefois qu’il existe un répertoire des services aux victimes (https://www.justice.gc.ca/fra/jp-cj/victimes-victims/rsv-vsd/index.html). Géré par Justice Canada, ce répertoire énumère plus de 800 fournisseurs de services aux victimes d’actes criminels.

Conséquences à long terme des tueries de masse

Les recommandations qui ressortent de cet examen portent notamment sur les répercussions immédiates et à court terme des tueries de masse. Cependant, il est essentiel d’élaborer et de mettre en œuvre des stratégies de soutien à long terme qui répondront aux besoins continus des victimes immédiates, de leur famille et amis proches, des témoins, des collectivités et des intervenants dans les secteurs de la sécurité publique, de la justice et des soins de santé (gouvernement du Canada, 2016).