Introduction

« Lorsque nous ne reconnaissons pas les préjudices causés par la discrimination, la haine et les inégalités structurelles, nous permettons à la haine de se développer et à l’incidence sur les communautés marginalisées d’être encore plus profonde. Lorsque nous ne parvenons pas à assurer la sécurité des personnes marginalisées à la fois en ligne et dans la vie réelle, surtout en période de crise, nous poussons les personnes hors de ces espaces et permettons à la haine de prospérer à leur place. Lorsque nous ne prenons pas en compte les besoins humains fondamentaux en matière d’appartenance et de sécurité, et que des circonstances comme une pandémie mènent à un isolement profond, à l’anxiété et à la peur, il devient possible d’établir des liens humains et de trouver un sentiment d’appartenance dans les idéologies communes de haine plutôt que dans la compassion. Lorsque nous ne tenons pas les personnes responsables de la haine et de la discrimination qu’elles ont perpétrées, nous ne pouvons jamais passer aux étapes importantes du pardon et de la résolution, en tant qu’individus ou comme société. Â»

[traduction] Extrait d’un rapport du Bureau du commissaire aux droits de la personne de la Colombie‑Britannique (2023). From hate to hope: Report of the inquiry into hate in the COVID-19 pandemic, p. 17

On peut parfois avoir l’impression que notre monde interconnecté a mis en évidence et aggravé la toxicité que l’on trouve dans nos collectivités, et que les nombreuses façons dont nous pouvons maintenant nous connecter sont devenues des moyens de nous blesser les uns les autres. Même si l’on peut se concentrer sur l’incident criminel lorsqu’on explore les crimes haineux, il est encore plus important de se concentrer sur les victimes et de les aider à comprendre l’acte criminel et sur les répercussions de celui-ci sur leur vie afin qu’elles puissent aller de l’avant. En travaillant avec les victimes de crimes haineux, il est essentiel de mettre l’accent sur les besoins, la culture et le contexte individuels. Non seulement la victime est la cible de l’acte criminel, mais l’auteur cible spécifiquement ce qu’il considère comme l’identité, la communauté ou d’autres caractéristiques de la victime qu’il juge indésirables. Il est important de se rappeler que ce type de victimisation est souvent vécu dans le contexte d’un passé de marginalisation, de discrimination et de préjugés quotidiens, de sorte que la victimisation par actes haineux ne peut être que l’un des préjudices que subit la victime. Un crime haineux signale à la personne qu’elle n’est pas à sa place. Elle n’est pas la bienvenue.

La relation personnelle et professionnelle d’aide peut être encore plus délicate et importante, car vous et la victime faites face aux répercussions de l’incident. Il n’y a pas d’approche unique, car les caractéristiques personnelles des intervenants peuvent également avoir une incidence sur la qualité de la relation, selon l’expérience de la victime. Si vous faites partie du groupe que la victime considère comme ayant des opinions préjudiciables, ou que vous êtes perçu comme semblable à l’auteur, cela pourrait nuire à votre relation professionnelle. Vous devez aussi mener une auto-évaluation honnête de vos préjugés personnels, car vous créez de véritables liens avec les victimes. Cela peut inclure des discussions franches avec vos superviseurs, mentors, mentors culturels et la victime. Par exemple, en tant que personne perçue comme un homme blanc, possédant un doctorat et vivant au Canada, mes clients feront des hypothèses sur ma classe sociale, mon historique de pouvoir, mon privilège, ma sexualité, mon appartenance religieuse et ma vie en général. Que ces hypothèses soient exactes ou non n’a pas d’importance : mon objectif est d’aider le client. Je reconnais volontiers que je pourrais rappeler aux victimes les personnes qui les ont traumatisées, ou qui ont traumatisé d’autres membres de leur groupe. Même si je suis bien intentionné et que j’essaie d’aider, je pourrais déclencher chez elles une réaction aux traumatismes à n’importe quel moment de la relation. Le déséquilibre de pouvoir qui fait partie d’une demande d’aide peut aussi constituer un déclencheur pour la victime ou l’amener à ne pas demander d’aide en cas de besoin. Ce chapitre met l’accent sur les questions que les intervenants doivent prendre en considération lorsqu’ils travaillent avec les victimes de haine et de crimes haineux, y compris les questions professionnelles, le rôle d’Internet et les considérations relatives au traitement. Il donne aux intervenants certaines idées quant aux moyens de travailler avec ces victimes et à la façon de les aider à reprendre le cours normal de leur vie.

À l’instar de l’édition précédente de ce chapitre, les crimes haineux ont été étudiés comme un tout, et non pas ventilés selon les caractéristiques des victimes qui pourraient être liées à la victimisation (p. ex. la race, religion ou l’identité sexuelle). Certaines questions et certains aspects spéciaux qui s’appliquent à chacun des groupes, comme le traitement qu’ils ont subi par le passé, mériteraient un examen plus approfondi que cette brève introduction. En outre, chaque groupe est diversifié et peut être subdivisé selon des caractéristiques ou des sous‑cultures différentes qui peuvent connaître des niveaux différents de préjugés et de victimisation par la haine (Cramer et coll. [2018]; Díaz-Faes et Pereda [2022]). Comme l’a déclaré Funnell (2015; p. 80) : [traduction] « Les préjudices de la victimisation sont physiques, psychologiques et émotionnels; (sic) ils sont aussi sociaux et ils ont un impact différent sur chaque [personne] Â». Par exemple, les juifs orthodoxes ou ceux qui doivent composer avec l’antisémitisme, ainsi que les personnes transgenres de la communauté 2ELGBTQI+ sont souvent confrontés à un ciblage accru et ces différences doivent être comprises et respectées (Hein et Scharer [2013]; Herek et coll. [2009]; Hodge et Boddie [2021]). Par conséquent, l’information contenue dans ce chapitre doit être utilisée en conjonction avec ce que les victimes racontent au sujet de leurs expériences pour guider votre travail. La victime devrait orienter vos efforts.

Ce chapitre adopte une approche qui tient compte des traumatismes, qui reconnaît que chaque individu a un passé de traumatismes qui doit être respecté et pris en compte dans chaque interaction dans le cadre d’une relation de soutien collaborative et transparente (Hansen et coll. [2018]; Klinic Community Health Centre [2013]). Pour fournir un bon service à une victime, il est essentiel de respecter son expérience vécue en entendant et en validant son histoire (Hansen, et coll., 2018). Il s’agit entre autres de valider la façon dont les générations précédentes ont été traitées (Gutiérrez [2022]; Perry [2008]; Perry et Scrivens [2019]), ainsi que leurs expériences personnelles. Le présent chapitre vise à mettre en évidence les questions qui seront probablement importantes dans le travail avec toute victime qui estime que sa victimisation est fondée en partie sur des préjugés. Pour offrir de bons soins, vous devez d’abord vous informer sur ces questions générales (Hansen, et coll. [2018]). Les intervenants sont fortement encouragés à poursuivre leurs propres recherches et à consulter les membres de la collectivité (mentors culturels) afin de mieux comprendre les questions qui se rapportent spécifiquement aux besoins de chaque victime et à l’histoire des traumatismes pour les aider sur la voie de la guérison. Quel que soit votre rôle, la collaboration, l’autonomisation, la compassion et la compréhension sont au cÅ“ur de la création d’une interaction de guérison.

Le présent chapitre se concentre d’abord sur la définition des crimes haineux et donne aux intervenants une idée de ce qui peut arriver aux victimes. Il aborde ensuite les questions professionnelles que l’on devrait prendre en considération lorsqu’on travaille avec une victime, mais surtout avec les victimes de crimes haineux. Cela fait ressortir les questions générales que les intervenants doivent comprendre pour répondre aux questions délicates entourant la culture, les préjugés et la société. Dans notre contexte culturel actuel, on ne peut pas ignorer le rôle d’Internet et des réseaux sociaux comme moyen de diffusion pour la haine et les groupes haineux, ni le soutien aux auteurs de ces actes. Enfin, pour conclure, le chapitre met l’accent sur l’incidence psychologique du fait d’être victime d’un crime haineux, y compris des suggestions sur ce que les intervenants peuvent faire pour aider les victimes.