Effets psychologiques

Beaucoup de chercheurs dans ce domaine conviennent que les crimes haineux ont un effet sur la victime qui va au-delà de l’acte criminel lui-même (Ardley [2005]; Boeckmann et Turpin‑Petrosino [2002]; Iganski [2001]). Même si bon nombre des réactions énumérées dans la présente section pourraient être observées chez toute victime de crime, les chercheurs les considèrent comme particulièrement importantes dans le cas des victimes de crimes haineux. Ces réactions peuvent être simplement une réaction raisonnable au stress extraordinaire que cause le fait d’être ciblé par l’auteur du crime et de subir des préjudices en raison de caractéristiques qui échappent à la volonté de la victime (Bryant-Davis et Ocampo [2005]; Craig‑Henderson et Sloan [2003]). Il existe des preuves selon lesquelles les victimes de crimes haineux multiples manifestent des symptômes de santé mentale plus graves que les victimes d’un seul incident (Mitchell et coll. [2020]), et cela s’applique à ceux qui ont subi des traumatismes multiples tout au long de leur vie. Il convient de mentionner que les intervenants voudront peut-être aussi savoir qu’il peut y avoir des différences entre les sexes en réponse à des crimes haineux ou à des préjugés (Abu-Ras et Suarez [2009]), ce qui fait ressortir la nécessité de se concentrer sur le signalement de la victime plutôt que sur des résultats de recherche généraux.

À l’instar de la recherche sur toutes les victimes d’actes criminels, les recherches portant spécifiquement sur les victimes de crimes haineux ou celles qui subissent des préjudices répétés indiquent que souvent, elles :

Différences par rapport aux autres victimes

Il y a des différences entre les victimes de crimes haineux et les victimes d’autres genres de crime. Les résultats qui suivent proviennent d’études où l’on a comparé directement les victimes de crimes haineux Ã  des victimes d’autres genres de crimes (c’est-à-dire la même culture) pour établir les différences de réaction. Il convient de noter que dans la plupart des cas, la réaction est semblable, mais l’effet négatif est plus grand chez les victimes de crimes haineux.

Comparativement aux autres victimes, les victimes de crimes haineux sont plus susceptibles :

Les intervenants voudront accorder une attention particulière à ces questions et à d’autres qu’ils sont habitués d’observer chez les autres victimes de crimes. La réaction plus vive des victimes de crimes haineux peut s’expliquer par le fait que l’auteur a visé la victime en raison de sa haine envers la façon dont la victime lui apparaissait (Blake [2001]; Craig-Henderson et Sloan [2003]; McDevitt et coll. [2001]). La réaction est liée au sentiment de marginalisation des victimes. Ainsi, il est plus difficile pour les victimes de croire à nouveau en un monde sûr. En outre, après le crime haineux, les victimes sont encore susceptibles de rencontrer d’autres préjugés qui feront de nouveau ressortir le fait que certains membres de la société dominante ne l’acceptent pas (Ardley [2005]; Chahal [2017]; Garnetts et coll. [1990]; Herek et coll. [1997]; Willis [2004]).

Questions d’identité

Les intervenants noteront que beaucoup de patients qui sont victimes de crimes haineux ont de la difficulté à exprimer comment ils se voient ainsi que les autres et leurs relations. L’identité comprend le sentiment d’appartenir au groupe, des comportements et des pratiques propres au groupe ainsi que l’exploration du groupe et l’engagement envers celui-ci (Dubow, Pargament, Boxer et Tarakeshwar [2000]). Selon plusieurs auteurs, les personnes qui ont une forte identité culturelle et qui se définissent par rapport à cette identité peuvent risquer davantage de développer des symptômes après avoir été victimes d’un crime haineux (Dubow et coll. [2000]; Janoff [2005]) ou de tout acte motivé par des préjugés (Gutiérrez [2022]; Moradi et Risco [2006]). Cela tient peut-être au fait que la victime a subi une agression et à la façon dont elle se perçoit (Blake [2001]; Kaysen et coll. [2005]; Staub [1996]). D’autres indiquent toutefois que les victimes qui n’ont pas de liens solides avec les caractéristiques identitaires visées par le crime peuvent être plus susceptibles de se blâmer, de se sentir nulles et de ne pas signaler le crime (Boeckmann et Liew [2002]). Les intervenants doivent évaluer l’importance des questions d’identification au groupe pour la victime. En sachant si une victime s’identifie beaucoup ou non Ã  son groupe, les intervenants pourraient mieux prédire les genres de problèmes auxquels elle pourrait faire face et l’orienter vers les services de soutien appropriés.

D’autre part, les chercheurs observent en outre que les personnes qui s’identifient fortement à leur culture peuvent aussi faire appel aux enseignements et aux membres de leur groupe pour savoir comment s’adapter (Adams et coll. [2006]; Dubow et coll. [2000]). Elles sont aussi plus susceptibles d’avoir un soutien social dans la collectivité qui les aidera à saisir la signification de l’incident (Blee [2005]; Jackson [2017]; Janoff [2005]; Miville et coll. [2005]. De plus, elles sont probablement plus portées à signaler le crime, à demander de l’aide et à renforcer leur identité culturelle (Boeckmann et Liew [2002]). En fait, selon des études sur divers groupes ethniques et culturels, bien des personnes utilisent leur statut et leur identité au sein du groupe pour se comprendre et comprendre leur monde (Alvarez et coll. [2006]; Chen et coll. [2006]; Miville et coll. [2005]; Wester et coll. [2006]). Cette compréhension peut influer grandement sur le sens que la personne donne à sa victimisation. Les intervenants devraient inciter les victimes qui s’identifient fortement au groupe culturel à faire appel aux mesures de soutien dans leur communauté ainsi qu’à d’autres services de soutien. Cela leur permettra également de trouver un sens qui correspond à leur relation avec leur culture et avec la société dominante (Craig‑Henderson et Sloan [2003]; Dunbar [2001]).

Le principal objectif du traitement des victimes d’un crime est de les aider à sortir de la crise causée par la victimisation et à reprendre le cours normal de leur vie. S’il y a lieu, ce processus consiste à les aider à comprendre comment elles s’intègrent maintenant à leur groupe culturel et à la culture dominante (Dunbar [2001]). Dans le cas des victimes multiraciales ou des victimes qui font partie de différents groupes d’identité (p. ex. Noir, catholique et gai), la guérison peut aussi comprendre l’aide apportée pour faciliter l’accès aux atouts et à l’identité de plusieurs cultures différentes (Miville et coll. [2005]. Rosenwasser [2000] décrit un processus de groupe appelé interrogation coopérative où des personnes travaillent ensemble pour développer leur identité malgré les difficultés. Le processus comprend des éléments qui permettent aux membres de développer une identité culturelle saine par rapport à leur groupe et à la société en général. Il semble que cette acceptation de son identité culturelle et l’établissement de limites concernant les rapports avec la culture dominante permettent aux personnes de remonter la pente d’une manière saine.

Même si le présent chapitre n’a pas porté de façon générale sur un groupe en particulier, il y a une question propre aux personnes 2SLGBTQI+ qu’il vaut la peine de relever. Plusieurs chercheurs ont noté que ces clients peuvent réagir aux agressions dont ils font l’objet en remettant en question leur décision d’avoir « sorti du placard Â» (Cheng [2004]; Garnetts et coll. [1990]; Janoff [2005]; Stermac et Sheridan [1993]). Ainsi, les intervenants pourraient apprendre que les victimes peuvent vouloir cacher à nouveau leur sexualité et être confrontées à des problèmes semblables à ceux qu’elles avaient rencontrés lorsqu’elles sont sorties du placard (Janoff [2005]). Plusieurs autres auteurs traitent de l’homophobie internalisée, en vertu de laquelle la personne adopte le point de vue négatif de la société générale sur l’homosexualité (Herek et coll. [2009]; Kaysen et coll. [2005]). Même s’il s’agit d’une question précise soulevée au sujet de l’orientation sexuelle et de l’identité de genre, il est facile de voir que toute victime d’un crime haineux peut avoir une réaction semblable en essayant de minimiser les différences apparentes qu’elle a, de mieux « s’adapter Â» à la société en général (p. ex., le choix de la tenue vestimentaire, le port de symboles religieux). Les victimes et d’autres membres du groupe peuvent également choisir de mettre en évidence les différences apparentes dans une démonstration de défi contre les auteurs de crimes haineux et de légitime défense.

Questions concernant les réseaux de soutien

Comme nous l’avons mentionné précédemment, il y a des vagues de victimes, et les crimes haineux touchent tous les membres de la communauté. Nous devons travailler avec les victimes afin d’identifier les personnes clés de leurs réseaux de soutien qui pourraient les aider Ã  saisir la signification du crime. Cela est d’autant plus vrai si, en tant qu’intervenant, vous n’appartenez pas au même groupe que la victime. De plus, il se peut que les intervenants doivent travailler avec des personnes du réseau de soutien des victimes qui peuvent devoir accepter leurs réactions au crime haineux, et peut-être faire face à leurs propres antécédents et réactions en matière de victimisation (Garnetts et coll. [1990]; Hansen et coll. [2018]; Klinic Community Health Centre [2013]). Les victimes doivent établir un équilibre qui leur permette de bénéficier des mesures de soutien, mais sans surcharger son réseau. Il convient de mentionner que le sentiment de culpabilité du survivant se produit souvent dans le réseau de soutien de la victime ou dans d’autres réseaux du même groupe (Bryant-Davis et Ocampo [2005]). Les intervenants doivent donc renseigner les victimes sur les réactions possibles de leur réseau et les aider à réussir à rétablir les liens.

Je voulais mettre fin à cette section avant de passer aux questions de traitement en rassemblant ce que la recherche ci-dessus signifie pour les victimes qui cherchent à obtenir des services. Perry (2008) a fait ressortir ce point au sujet des victimes autochtones de crimes haineux en signalant l’histoire de la colonisation, la limitation permanente des droits, la gestion quotidienne des préjugés et l’incidence psychologique de la victimisation quand on voit que le système fait partie du problème. Ces points sont très importants pour les victimes autochtones de crimes haineux, mais ils sont aussi importants pour toute victime d’un crime haineux qui est marginalisée dans le cadre de sa victimisation ou dans sa vie quotidienne. J’invite les intervenants à réexaminer les répercussions psychologiques possibles de la victimisation par la haine et à réfléchir à la façon dont vous pourriez aborder ces questions dans un contexte de marginalisation et de préjugés. Imaginez maintenant que l’on s’attaque à l’accumulation d’exemples répétés de préjugés et de marginalisation qui déclenchent et déclenchent de nouveau une victimisation antérieure, et qui contribuent peut-être aux préoccupations concernant la victimisation future. Dans le domaine de la santé mentale, nous reconnaissons la nature cumulative des événements traumatiques au moment où nous diagnostiquons et traitons le trouble de stress post-traumatique. Ce qui m’a frappé à propos du point du Dr Perry, c’est que la documentation porte en grande partie sur les crimes haineux qui sont des événements uniques, peut-être parce que le système de justice pénale met l’accent sur la définition. D’un point de vue de soutien, nous servirions beaucoup mieux nos clients en réalisant que les victimes de crimes haineux qui sont prêtes à demander de l’aide dans le contexte d’un rejet et d’une marginalisation permanents font preuve de courage, d’espoir et d’un désir de retrouver le cours de leur vie. Cela explique aussi pourquoi de nombreuses victimes de crimes haineux peuvent demander un soutien dans des organisations qui ne se concentrent pas sur la victimisation criminelle, mais dans des organisations qui travaillent avec leur groupe. Cela témoigne de l’importance des partenariats entre les services aux victimes et diverses entités culturelles pour assurer une meilleure compréhension des questions culturelles et des questions relatives aux victimes.