Questions courantes

Culture

La culture se rapporte à un ensemble de significations partagées qui forment une structure de relations sociales (Truscott et Crook [2004]). N’importe quel groupe visé dans les crimes haineux peut être considéré d’un point de vue culturel comme étant différent de la culture dominante ou comme ayant des normes différentes de celle-ci. Toutefois, les intervenants ne doivent pas commettre la même erreur que les auteurs de crimes haineux : chaque victime est un individu et nous ne devrions pas la considérer simplement comme un membre du groupe. Les intervenants doivent connaître les normes culturelles, mais ils doivent aussi se rappeler que cette personne a un point de vue unique et doit faire l’objet de leur attention (Truscott et Crook [2004]).

Aux fins du présent chapitre, nous adopterons une définition élargie de la culture comprenant plusieurs éléments de l’identité. Lorsque je fais référence à la culture dominante ou au groupe dominant, ces termes se rapportent à la culture générale. On la définirait en gros au Canada comme le groupe composé de blancs (Européens du Nord, de la classe moyenne, hétérosexuels et non handicapés). Toutefois, il importe de noter que les valeurs et la composition particulière d’une culture dominante varient d’une région à l’autre du pays. La dominance ne se rapporte pas aux plus nombreux, mais à ceux qui ont plus de pouvoir (social, économique ou politique) et qui définissent ce qui est « normal Â».

Les préjugés dans la société

Tous les crimes sont commis dans un contexte social. Des pressions sociales, économiques, familiales et personnelles s’exercent sur la victime et l’auteur du crime. Cependant, d’aucuns soutiennent qu’il faut aussi comprendre les crimes haineux dans le contexte de la vie dans une société préjudiciable (Garnetts et coll. [1990]; Goodley et Runswick [2011]; Gutiérrez [2022]; Herek et coll. [1997]; Perry [2002]; Perry [2008]; Willis [2004]). En fait, certains ont montré comment le fait de composer avec l’oppression et la discrimination peut entraîner des symptômes de santé mentale similaires à ceux de la victimisation par la haine (Bandermann et Szymanski [2014], Szymanski et Balsam [2011]). Autrement dit, ceux qui sont traités comme « différents Â» ou « exclus Â», que ce traitement soit criminel ou non, ont souvent besoin de mobiliser des ressources psychologiques pour gérer cette situation. Au sein de notre société, ce qui est considéré comme « normal Â» est déterminé par la culture dominante : il y a ceux qui sont considérés comme acceptables et ceux qui sont considérés comme « différents Â». Souvent, ceux qui sont considérés comme différents peuvent être la cible de préjugés et, potentiellement, de crimes motivés par la haine par des auteurs qui veulent indiquer que « ces personnes Â» ne sont pas les bienvenues.

Outre le contexte du crime, les intervenants doivent se rendre compte que cette dynamique de l’appartenance au groupe ou de l’exclusion de celui-ci peut causer beaucoup de détresse à la victime et à sa famille (Ardley [2005]; Bryant-Davis et Ocampo [2005]; Dunbar [2001]; Glaser Dixit et Green [2002]; et Helms et coll. [2010]). En outre, les personnes qui font partie du groupe externe peuvent également rencontrer d’autres problèmes stressants, comme la pauvreté, qui se feront sentir sur leur expérience de victimisation (Dale et coll. [2016]), même si cela ne semble pas être directement lié au crime. Combattre les préjugés, la pauvreté et la marginalisation peut faire partie de sa vie quotidienne, et cela fera vraisemblablement partie du traitement de la victime (Gutiérrez [2022]; Teyber [2006]).

Le présent chapitre n’examinera pas en détail les motivations des auteurs des crimes; toutefois, il convient d’attirer l’attention sur les préjugés dans la présente section. En discutant des préjugés dans les services de police, le sénateur Murray Sinclair a souligné les problèmes du système : « Le racisme systémique se produit lorsque le système lui-même est basé et fondé sur des croyances, des philosophies et des pensées racistes et qu’il a mis en place des politiques et des pratiques qui forcent littéralement même les personnes non racistes à agir de manière raciste. C’est donc ce que l’on appellerait le racisme systématique. Â» (Bien [2020]). Il s’agit d’une question cruciale qui peut expliquer pourquoi de nombreuses personnes qui commettent des crimes haineux ne sont généralement pas des extrémistes ou des membres de groupes haineux (Chakraborti [2015]). Les opinions préjudiciables et le racisme sont enfouis sous de multiples couches de la société canadienne, et pas seulement les services de police, et les victimes de crimes haineux sont souvent la cible de cette exclusion. Il peut donc sembler acceptable d’intimider ou de harceler certains groupes au lieu de travail, à l’école ou dans la collectivité. Un tel harcèlement peut être exercé par des pairs ou des personnes dans une situation d’autorité (Dupper, Forrest-Bank et Lowry-Carusillo [2015]) et reflète l’acceptation de points de vue préjudiciables comme normaux et potentiellement fondés sur des actes de préjudices historiques et plus violents (King, Messner et Bailer [2009]; Perry, et Scrivens [2019]). Pour obtenir des exemples de groupes marginalisés, il suffit de se pencher sur les politiques du système des hôpitaux et des pensionnats indiens (Drees [2010]) au Canada, puis sur les excuses du gouvernement (Harris [2017]), ou sur les mauvais traitements historiques infligés à la communauté 2SLGBTQI+ dans la fonction publique fédérale. Ainsi, les crimes haineux peuvent être vus dans le contexte d’une société préjudiciable. Afin d’en obtenir des preuves, nous pouvons examiner l’augmentation de l’islamophobie et des crimes haineux contre les personnes qui semblaient venir du Moyen-Orient après les attaques terroristes sur le World Trade Center le 11 septembre 2001 (Gerstenfeld [2002]) ou l’augmentation des crimes haineux et de la discrimination envers les Asiatiques pendant la pandémie de COVID-19 (Huang et Tsai [2022]; Huynh, Raval et Freeman, [2022]; Inman et coll. [2021]; Kim et Tummala-Narra [2022]; Lee et Waters [2021]; Oh, Zhou et Banawa [2022]; Sims et coll. [2022]; Wang et Santos [2022]; Wong-Padoongpatt, Barrita et King [2022]). Ce comportement nuisible reflète évidemment les opinions personnelles de l’auteur, mais aussi celles qui pourraient être moussées en ligne ou dans les médias. C’est sur ce concept de préjugé communautaire que nous nous penchons maintenant.

Internet et la haine

Internet et les médias sociaux ont été utilisés pour établir des liens positifs et des liens sociaux, y compris des groupes de soutien en ligne, des collectes de fonds et des forums de discussion sur des intérêts prosociaux. Littman (2015) réfléchit à la façon dont les avancées des médias comme l’impression et le papier bon marché, la radio, la télévision, et maintenant Internet ont eu des avantages, mais ont aussi eu un coût. Les personnes peuvent facilement trouver une communauté et établir des liens sains avec d’autres d’une manière qui aurait pu être onéreuse ou impossible avant Internet à cause de l’isolement physique ou des ressources. C’est également vrai pour celles qui souhaitent répandre la haine. Dans une enquête menée dans six pays, Reichelmann et coll. (2021) ont constaté que la plupart des personnes de 18 à 25 ans dans leur échantillon avaient trouvé accidentellement des messages haineux en ligne, et 72,7 % à 94,8 % d’entre elles indiquant qu’elles ne cherchaient pas de messages haineux. Les messages haineux comprenaient l’utilisation de stéréotypes, le blâme collectif pour des problèmes personnels ou sociaux, la promotion de la discrimination, la promotion de la haine et la promotion de la violence (Reichelmann et coll. [2021]).

Rohlfing (2015) fait remarquer que les groupes haineux ont toujours existé et ne sont pas simplement le résultat d’un accès en ligne. Le défi avant Internet était de trouver des personnes aux mêmes idées. Elle a indiqué que ces groupes pourraient utiliser des brochures, des petites réunions, de la musique et d’autres documents distribués à la main ou partagés par le bouche‑à‑oreille, faisant ainsi ressortir l’effort nécessaire. Internet offre une portée beaucoup moins coûteuse et plus large que ces méthodes vieux jeu de regroupement de personnes aux opinions semblables. Il est également utile pour les intervenants de garder à l’esprit le fait que de nombreux crimes haineux sont commis par des personnes qui ne sont pas membres de groupes organisés, mais, plutôt, par des personnes qui peuvent avoir des idées empreintes de préjugés (Chakraborti [2015]). Pour la victime, cependant, la haine sur Internet et la haine exprimée pendant le crime font partie du même message selon lequel elle est le problème.

Dans le contexte des crimes haineux, les réseaux en ligne ont permis aux personnes d’entrer en contact anonymement et de partager des attitudes emplies de préjugés offensantes pour la société dans son ensemble. Dans une étude sur la cyberintimidation et la cyberhaine, Wachs et coll. (2019) mettent en évidence les facteurs qui contribuent à la toxicité (ce qu’ils appellent la « désinhibition en ligne toxique Â»), y compris la façon dont le fait d’être désinhibé à cause de l’anonymat et d’être physiquement éloigné des victimes a réduit l’empathie en raison de l’absence de contact avec la victime et de l’absence de signaux sociaux appropriés en ligne. Les personnes qui étaient auparavant isolées peuvent maintenant trouver une communauté où leurs opinions sont validées et potentiellement améliorées par des personnes qui ont des valeurs similaires ou fournissent un soutien social aux messages haineux. On pourrait considérer cela comme une radicalisation des croyances empreintes de préjugés qui peuvent rester dans le monde virtuel ou s’étendre aux activités dans le monde réel (Awan et Zempi [2015]; Corb [2015b]). Les sites Web axés sur la haine peuvent avoir des objectifs divers, mais se concentrent souvent sur l’établissement de liens entre des personnes ayant des points de vue similaires, l’« Ã©ducation Â» des curieux et le recrutement de nouveaux membres (Corb [2015b]; Rohlfing [2015]).

Internet offre également un nouvel environnement virtuel pour les crimes haineux (Rohlfing [2015]), comme le harcèlement criminel visant une personne en raison de ses caractéristiques personnelles. Les médias sociaux peuvent aussi servir à traumatiser indirectement d’autres membres du groupe qui pourraient voir des vidéos ou rencontrer des descriptions imprimées de crimes haineux (Pickles [2021]), ce qui élargit le groupe de victimes. En outre, les auteurs peuvent prétendre appartenir au groupe de la victime afin d’obtenir des renseignements personnels pour commettre une infraction (Alhaboby, al-Khateeb, Barnes et Short [2016]). Une telle activité criminelle virtuelle peut être très dommageable, car l’auteur rend visite à la victime dans la sécurité relative de son domicile, et peut se produire à n’importe quel moment où elle répond à un courriel ou est active en ligne. Alhaboby et coll. (2016) notent comment le harcèlement en ligne peut toucher directement la victime, mais aussi la famille de la victime et ses autres soutiens. Les victimes elles-mêmes mentionnent la possibilité que les menaces en ligne ou les crimes haineux se déplacent dans le monde réel (Awan et Zempi [2015]), ce qui pourrait exacerber les sentiments de peur, les symptômes de santé mentale et la détresse globale. Awan et Zempi [2016] font valoir que la frontière entre le monde en ligne et le monde réel est floue et que les répercussions des crimes haineux sur le sentiment de sécurité et d’appartenance des victimes à une société plus grande représentent un continuum d’attaques, où les victimes se sentent en danger et mal accueillies en ligne que dans le monde réel. En outre, les répercussions psychologiques des crimes haineux peuvent être les mêmes, que le crime ait été commis en ligne ou dans le monde réel (Zempi [2017]).

Il peut être aussi difficile de créer un Internet protégé contre la haine en ligne et les crimes haineux que de créer une société exempte de criminalité. Littman (2015) explique comment les personnes peuvent se protéger en bloquant les autres, mais cela ne se produit généralement qu’après que la haine ait été perpétrée. En outre, cela signifie également que les auteurs de ces actes peuvent continuer à victimiser davantage de personnes. Blaya (2019) a examiné les initiatives visant à enseigner aux victimes comment répondre de manière assurée aux attaques en ligne et dénoncer les auteurs de ces actes, ainsi que la formation en réactions appropriées. Ils ont noté que de telles initiatives n’avaient pas fait l’objet d’une évaluation rigoureuse, mais qu’elles étaient axées sur l’autonomisation des victimes. Ces défis font ressortir l’importance d’avoir des lignes directrices, des règles et des règlements, ainsi que d’exercer une surveillance, qui pourraient être nécessaires pour maintenir un Internet sûr (Chetty et Alathur [2018]; Littman [2015]; Rauf [2021])Note de bas de page 4. Étant donné qu’Internet ne connaît pas de frontières internationales, cela pourrait s’avérer difficile (Chetty et Alathur [2018]). Il serait utile pour les intervenants qui aident les victimes de les aider à apprendre à évaluer la haine et à se défendre contre celle-ci lorsqu’ils s’aventurent dans le monde en ligne grâce à l’utilisation de ressources (p. ex., guides, sites Web) axées sur la défense contre l’intimidation en ligne.

Signalement du crime

De nombreux ouvrages portent sur le fait que de nombreuses victimes de crimes haineux ne signalent pas le crime aux autorités (Boeckmann et Turpin-Petrosino [2002]; Corb [2015a]; Díaz‑Faes et Pereda [2022]; Garnetts et coll. [1990]; Herek et coll. [1999]; Herek et coll. [2002]; Janoff [2005]; Kaysen et coll. [2005]; Kuehnle et Sullivan [2003]; Kutateladze [2022]). Díaz-Faes et Pereda [2022] ont examiné la littérature et indiqué comment les effets psychologiques des crimes haineux fonctionnent pour éliminer le signalement. Ils ont noté que les questions de définitions juridiques divergentes, de perception de la légitimité de la police, d’attitudes à l’égard de la police, de climat politique, de l’expérience de la victime en matière de discrimination et de caractéristiques des délinquants influent sur les décisions relatives au signalement (Díaz-Faes et Pereda [2022]). Ces questions mettent en lumière certaines des questions de discrimination culturelle et systémique décrites ci-dessus qui ont une incidence quotidienne sur la victime.

En ce qui concerne le contexte canadienNote de bas de page 5, Corb (2015a) a également fait remarquer que les crimes haineux sont sous-déclarés, ce qui mène à des raisons comme la peur de répercussions, la crainte de l’exclusion de la communauté en général, la stigmatisation, la peur de la police ou de l’application de la loi, et ainsi de suite. La conclusion selon laquelle les victimes sous-déclarent les crimes est étayée par des recherches plus récentes estimant que seulement 29 % des crimes haineux sont signalés à la police (Division de la recherche et de la statistique, ministère de la Justice du Canada [2023]). Ainsi, les intervenants voudront peut-être déterminer comment aider les victimes d’une manière qui ne leur donne pas le sentiment d’être contrôlées. L’objectif est de donner aux personnes les moyens de prendre une décision éclairée qui favorise la guérison, qui peut différer d’une personne à l’autre. Bien que les services de police du Canada acceptent les signalements de tierces parties, les travailleurs de soutien devraient discuter avec les victimes de la meilleure façon d’approcher les autorités, y compris la décision de signaler ou non. Les victimes peuvent avoir besoin d’un soutien ou d’une aide en matière d’information pour examiner les coûts et les avantages du signalement afin de clarifier toute idée fausse au sujet du système canadien en fonction de leur expérience et de leur perception du système de justice. Au cÅ“ur de ces discussions se trouve le renforcement du sentiment de contrôle des victimes sur leur vie. Corb (2015a) fait remarquer que le contexte multiculturel et en matière d’immigration au Canada signifie que les victimes peuvent avoir des expériences diverses avec la police ou les autorités, soit ici, soit, pour les immigrants, dans leur pays natal. Selon l’expérience individuelle de la personne avec les forces de l’ordre et le gouvernement, de telles discussions ouvertes peuvent être essentielles. C’est pourquoi les intervenants doivent toujours valider le choix de la victime quant à savoir s’il convient de signaler la situation et comment gérer la situation en général.

Plusieurs chercheurs ont observé que les victimes peuvent être réticentes à signaler les crimes haineux en raison de la crainte de la victimisation secondaire et(ou) d’inquiétudes quant aux préjugés de la police (Atak [2020]; Herek et coll. [2002]; Peel [1999]). En outre, les victimes ne perçoivent peut-être pas l’attaque comme un crime haineux, même en présence de preuves, parce qu’elles sont devenues habituées aux préjugés dans la société, ce qui fait ressortir la nécessité d’explorer parfois cette perception directement en demandant : « Pensez-vous que vous avez été victimisées en raison de préjugés? Â» (Cuevas et coll. [2021]). Autrement dit, les personnes peuvent devenir tellement désensibilisées à la façon de faire face aux préjugés quotidiens qu’elles peuvent ne pas envisager la possibilité qu’elles aient été ciblées en raison de ce même préjugé. 

Les chercheurs ont également cerné plusieurs autres raisons que les gens donnent pour ne pas signaler les crimes haineux (Chahal [2017]; Herek et coll. [2002]; Peel [1999]), notamment :

Les expériences antérieures d’une victime peuvent également déterminer si elle signalera le crime. Selon Stermac et Sheridan (1993), les personnes qui appartiennent à plus d’un groupe marginalisé risquent plus d’être victimes de crimes haineux et de discrimination dans la société. Ce sentiment de ne pas être acceptées en raison de multiples étiquettes peut également réduire les possibilités qu’elles signalent le crime (Dunbar [2006]). Ainsi, une Autochtone lesbienne pourrait être moins susceptible de déclarer un crime haineux qu’une Blanche lesbienne. Dunbar [2006] indique également que pour les victimes de violence contre les personnes 2SLGBTQI+, plus l’attaque est violente, moins elle est susceptible d’être signalée; d’autres ont cependant constaté que des crimes haineux plus graves sont plus susceptibles d’être signalés (Lantz, Wenger et Malcom [2022]). Ces résultats mitigés peuvent sous-entendre des différences dans les groupes de victimes, mais aussi des changements dans la société au cours des années qui ont suivi la recherche. Feddes et Jonas (2020) ont constaté que ceux qui avaient déjà été victimes d’un crime haineux étaient aussi moins susceptibles de signaler et ne faisaient état d’une moindre confiance dans la police. Les intervenants pourraient devoir aider les victimes à examiner leurs coûts et avantages personnels liés au signalement du crime aux autorités dans le cadre d’un processus permanent de consentement éclairé (Garnetts, Herek et Levy [1990]).

Compte tenu de ce qui précède, certains chercheurs ont examiné le cas de ceux qui ont signalé les crimes haineux. McDevitt et coll. (2001) ont noté que les victimes de crimes haineux étaient plus susceptibles de parler Ã  d’autres personnes avant de signaler le crime. Cela peut être attribuable au besoin des victimes de crimes de décider si ce qui est arrivé était un crime ou de demander d’autres genres de soutien. Kutateladze (2022) a aussi conclu que le plus grand prédicteur du signalement était l’encouragement et le soutien de la part d’amis. Peel (1999) a indiqué que ceux qui signalent les crimes haineux sont plus susceptibles de considérer la police comme efficace ont affirmé qu’ils ne voulaient pas que les auteurs des crimes « gagnent Â». Toutefois, ceux qui ont déclaré les crimes ressentaient aussi plus de crainte au sujet du signalement du crime (Peel [1999]). La gravité du crime haineux a accru la probabilité de signaler certaines victimes (Lantz, Wenger et Malcom [2022]), ce qui indique peut-être que la gravité du crime peut l’emporter sur certains des facteurs limitatifs mentionnés ci-dessus.

Vagues de victimes

Même si l’acte criminel cause des préjudices à la victime directe, il y a également de nombreuses victimes secondaires (Ardley [2005]; Ashraf et Nassar [2018]; Jacobs et Potter[1998]; Perry et Alvi [2012]; Pickles [2021]; McDonald et Hogue [2007]; Stults, Kupprat, Krause, Kapadia et Halkitis [2017]). Iganski (2001) a décrit les « vagues de préjudices Â» qui déferlent de la victime initiale au groupe ou au quartier, à d’autres communautés ciblées, aux normes sociales et aux valeurs. Les crimes haineux envoient un message clair aux membres de la communauté de la victime initiale selon lequel ils ne sont pas bienvenus ou acceptés dans la société (Jacobs et Potter [1998]), qu’ils vivent ou non dans le secteur immédiat (Blee [2005]). En outre, il est prouvé que les personnes ont une réaction plus forte lorsque la victime du crime vient d’un groupe avec lequel on s’identifie (Paterson et coll. [2019a]; Walters et coll. [2020]) et qu’elles sont plus susceptibles de la considérer comme un crime de haine (Lee et coll. [2007]). L’empathie à l’égard de la victime qui nous ressemble pourrait l’expliquer (Paterson et coll. [2019a]; Paterson et coll. [2018]), bien que le fait d’être une victime puisse aussi réduire cette tendance et donner lieu au blâme de la victime (Paterson et coll. [2019b]).

La question du traumatisme indirect a été mise en évidence lorsque les personnes voient la victimisation de quelqu’un qui leur ressemble (Ashraf et Nassar [2018]; Perry et Alvi [2012]). Par exemple, si un lieu religieux de Montréal (p. ex., une synagogue, une église ou une mosquée) est vandalisé, cela peut influer sur les sentiments de sécurité d’une personne semblable à Vancouver. De même, si un passage aux couleurs de l’arc-en-ciel est vandalisé, les reportages des médias peuvent toucher les personnes 2SLGBTQI+ dans d’autres collectivités. Tout symbole culturel, religieux ou autre peut être une cible de haine pour traumatiser le groupe cible (p. ex., brûler ou enlever des mâts totémiques ou des croix). On pourrait observer d’autres sentiments de peur, de manque de sécurité et de vulnérabilité chez tous les membres de la communauté visée(Boeckmann et Turpin-Petrosino [2002]; Jacobs et Potter [1998]; Herek et coll. [2002]; Huang et Tsai [2022]; Jenness et Broad [1997]) Il peut en résulter une crainte de marginalisation encore plus vive.