Étude sur la récidive
À propos de l’étude
Dans le cadre de l’évaluation de 2021 du Programme de financement des tribunaux de traitement de la toxicomanie (PFTTT), la Direction de l’évaluation a retenu les services de Statistique Canada pour effectuer une analyse statistique de l’incidence des TTT sur la récidive1. L’objectif principal était d’évaluer les résultats en matière de justice pénale chez les personnes qui ont été libérées d’un programme de TTT financé par le gouvernement fédéral, par rapport à un groupe de non-participants ayant des démêlés avec la justice. Plus précisément, l’étude visait à déterminer si la participation à des programmes de TTT réduit la probabilité de récidive par rapport à un groupe témoin de non-participants ayant des démêlés avec la justice.
À propos du PFTTT
Le PFTTT vise à réduire les crimes commis en raison de troubles liés à la consommation de substances en offrant des traitements encadrés par les tribunaux et des services de soutien communautaire aux contrevenants non violents. Au moment de l’étude, le PFTTT avait conclu des ententes de financement avec huit provinces et deux territoires pour financer 13 TTT. Les TTT offrent aux contrevenants la possibilité de participer à un processus communautaire de traitement de la toxicomanie sous la surveillance d’un tribunal comme solution de rechange à l’incarcération. Au Canada, le modèle des TTT a continué d’évoluer pour répondre aux besoins des populations et tenir compte des contextes communautaires locaux. Les TTT sont des tribunaux provinciaux et territoriaux qui ciblent les contrevenants adultes non violents ayant été inculpés sous le régime de la Loi réglementant certaines drogues et autres substances (LRCDAS) ou du Code criminel du Canada, dans les cas où leur trouble lié à la consommation de substances a été un facteur dans l’infraction. Au lieu d’une peine d’emprisonnement, les participants au programme de TTT peuvent recevoir une peine non privative de liberté2 lorsqu’ils terminent le programme.
Méthodologie
Des méthodes statistiques ont servi à comparer les résultats chez les participants à un programme de TTT par rapport aux non-participants. Les participants libérés d’un programme de TTT financé par le gouvernement fédéral entre le 1er avril 2015 et le 31 mars 2018 ont été repérés dans le Système d’information des tribunaux de traitement de la toxicomanie (SITTT) et sélectionnés pour l’étude. Statistique Canada a utilisé ces renseignements pour établir un groupe témoin apparié de non-participants3 à partir de ses fonds de données sur les services correctionnels (n = 2 430) (c.‑à‑d. un plan quasi expérimental). Les personnes ont été surveillées pendant au moins deux ans à partir de la date de début de leur participation à un programme de TTT ou du commencement de leur période de surveillance dans la collectivité. Il s’agit de la période où l’on considère qu’elles sont à risque de récidive. Différents modèles de régression ont servi à comparer la probabilité de récidive entre les participants à un programme de TTT et les non-participants, y compris des sous-analyses pour les finissants et les non-finissants, ainsi qu’à déterminer les prédicteurs de l’achèvement du programme4.
Densité totale de l’échantillon
Version texte
Le pourcentage de la densité totale de l'échantillon par province ou territoire est le suivant :
| Province / Territoire | Participants | Non-Participants |
|---|---|---|
Nouvelle-Écosse |
5,9 % |
10,9 % |
Colombie-Britannique |
22,1 % |
24,8 % |
Ontario |
29,4 % |
57,0 % |
Saskatchewan |
8,8 % |
7,2 % |
Manitoba |
13,4 % |
0 % |
Alberta |
4,4 % |
0 % |
Yukon |
11,8 % |
0 % |
Territoires du Nord-Ouest |
4,4 % |
0 % |
Note : Le groupe des non-participants était limité à l’Ontario, à la Colombie-Britannique, à la Nouvelle-Écosse et à la Saskatchewan.
Caractéristiques de l’échantillon5
Version texte
| Participants | Non-participants | |
|---|---|---|
| Hommes | 70,6 % | 70,4 % |
| Femmes | 29,4 % | 29,6 % |
Version texte
| Participants | Non-participants | |
|---|---|---|
| Autochtones | 34,4 % | 27,8 % |
| Non-Autochtones | 66,2 % | 72,1 % |
Version texte
| Participants | Non-participants | |
|---|---|---|
| Moins qu’un diplôme d’études secondaires | 37,0 % | 52,7 % |
| Diplôme d’études secondaires ou grade supérieur | 61,7 % | 47,3 % |
Version texte
| Participants | Non-participants | |
|---|---|---|
| Célibataires | 73,2 % | 79,0 % |
| Mariés / Union de fait | 17,9 % | 11,5 % |
| Divorcés / Séparés / Veufs | 8,8 % | 9,3 % |
Infraction désignée6
Version texte
| Crimes contra la personne | 4 % |
| Crimes contre la propriété | 30 % |
| Administration de la justice | 9 % |
| Autre infractions au Code criminel | 2 % |
| Code pénal circulation | 2 % |
| Autres lois fédérales | 26 % |
| Infractions à la LRCDS | 27 % |
Version texte
| Crimes contra la personne | 3 % |
| Crimes contre la propriété | 39 % |
| Administration de la justice | 5 % |
| Autre infractions au Code criminel | 7 % |
| Code pénal circulation | 1 % |
| Autres lois fédérales | 23 % |
| Infractions à la LRCDS | 22 % |
Constatations
On a constaté que la participation à des programmes de TTT réduisait la probabilité de récidive. Au cours des 60 à 365 premiers jours de suivi, les participants à un programme de TTT étaient significativement plus susceptibles d’être inculpés que les non-participants, souvent pour des infractions contre l’administration de la justice7. Toutefois, après la première année, et jusqu’à trois ans de la période à risque, les participants à un programme de TTT étaient significativement moins susceptibles de faire l’objet de nouvelles accusations.
Version texte
Les participants à un programme de TTT étaient 108 % plus susceptibles de faire l’objet d’une nouvelle accusation relative à une infraction contre l’administration de la justice au cours des 60 premiers jours de la période à risque par rapport au groupe des non-participants.
Les participants à un programme de TTT étaient 64 % plus susceptibles de faire l’objet d’une nouvelle accusation relative à une infraction contre l’administration de la justice au cours de la première année de la période à risque par rapport au groupe des non-participants.
Les participants à un programme de TTT ont finalement eu une probabilité statistiquement significative de 36 % plus faible de faire l’objet de toute nouvelle accusation à tout moment après 365 jours de la période à risque par rapport au groupe des non-participants.
Note : Les infractions liées à l’administration de la justice sont un type spécifique de violation de la loi, principalement commises en cas de non-respect des conditions préalables au procès ou des condamnations antérieures (p. ex. en liberté illégale, violation de la surveillance communautaire).
Les finissants d’un programme de TTT étaient moins susceptibles d’être inculpés après une année de la période à risque comparativement aux non-participants. Les non-finissants d’un programme de TTT étaient plus susceptibles d’être inculpés au cours des 60 premiers jours de la période à risque que les non-participants8. Pour chaque journée supplémentaire passée dans le programme, la probabilité que le participant termine le programme augmentait de près de 1 %. On a constaté que les quatre variables suivantes étaient des prédicteurs de l’achèvement d’un programme de TTT.
Version texte
Les finissants d’un programme de TTT étaient 49 % moins susceptibles de faire l’objet d’une nouvelle accusation après 365 jours à risque par rapport au groupe des non-participants.
Les non-finissants d’un programme de TTT étaient 121 % plus susceptibles de faire l’objet d’une nouvelle accusation au cours des 60 premiers jours de la période à risque par rapport au groupe des non-participants.
Version texte
Variables indépendantes qui prédisent l’achèvement du programme de TTT :
- Emploi récent
- Infraction désignée
- Niveau de risque criminel
- Genre
Notes de fin de page
1 La récidive s’entend de toute nouvelle accusation criminelle découlant d’une nouvelle infraction à la suite du début du programme de TTT ou du commencement de la période de surveillance dans la collectivité d’un non-participant.
2 Une peine non privative de liberté est une peine qui ne nécessite pas d’emprisonnement (p. ex. un sursis au prononcé de la peine assorti d’une période de probation qui doit être recommandée par l’équipe du TTT).
3 Les non-participants qui ont été sélectionnés devaient répondre aux critères d’admissibilité du TTT (p. ex. cote de besoin de consommation de substances moyenne ou élevée) et avoir été remis en liberté ou commencé leur peine dans la collectivité entre le 1er avril 2015 et le 31 mars 2018. Ils ont également été appariés en fonction d’une série de variables démographiques et liées au risque de criminalité.
4 Les finissants sont les participants qui ont terminé le programme avec succès, tandis que les non-finissants sont ceux qui ont participé au programme, mais qui ne l’ont pas terminé avec succès.
5 Les non-participants ont été appariés ou statistiquement équilibrés en fonction d’un certain nombre de variables, dont le genre, l’âge, l’appartenance à un groupe autochtone et à une minorité visible, les antécédents criminels, le risque statique (LSI-R), ainsi que des indicateurs économiques et de santé mentale. Les indicateurs de l’état matrimonial, du niveau de scolarité et des privations multiples sont demeurés significativement différents entre les participants et les non-participants; toutefois, ils ne semblaient pas avoir d’effet significatif sur la récidive.
6 L’infraction désignée s’entend de l’infraction à l’origine de l’aiguillage du participant vers un TTT; les non-participants ont été appariés et équilibrés pour refléter des infractions semblables.
7 Les données qualitatives recueillies dans le cadre de l’évaluation plus générale du PFTTT laissent entendre que cela peut être attribuable à la rigueur du programme, car les participants qui ne sont pas prêts ou motivés à se conformer aux exigences du TTT peuvent accumuler plus d’accusations (en particulier pour des infractions contre l’administration de la justice) en cas de manquement aux conditions judiciaires liées au programme de TTT, comme le défaut de comparaître devant un tribunal ou d'être pris en flagrant délit de non-respect du couvre-feu ou des limites du territoire.
8 Il faut faire preuve de prudence lors de l’interprétation des données liées aux finissants et aux non-finissants d’un programme de TTT, car il n’y avait pas d’appariement ou d’équilibrage statistique possible, la taille de la population étant trop petite. Les recherches démontrent invariablement des différences importantes entre les finissants et les non-finissants qui peuvent mieux expliquer les différences de résultats (p. ex. le niveau de motivation). De plus, il est probable que les non-finissants d’un programme de TTT n’ont pas terminé le programme parce qu’ils ont récidivé.
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