Loi sur des mesures de réforme concernant la mise en liberté sous caution et la détermination de la peine : Projet de loi proposé visant à rendre les lois sur la mise en liberté sous caution plus strictes et les lois sur la détermination de la peine plus sévères

Document d'information

Le 23 octobre 2025, à la suite de nombreuses consultations, le gouvernement du Canada a déposé un projet de loi visant à rendre les lois sur la mise en liberté sous caution plus strictes et les lois sur la détermination de la peine plus sévères. Le projet de loi prévoit plus 80 dispositions visant à modifier le Code criminel, la Loi sur le système de justice pénale pour les adolescents (LSJPA) et la Loi sur la défense nationale.

Le projet de loi prévoit deux principaux domaines de réforme :

  • L’adoption de lois sur la mise en liberté sous caution plus strictes afin de lutter contre les récidives et les infractions violentes, ainsi que contre le crime organisé
  • L’adoption de lois sur la détermination de la peine plus sévères pour les crimes graves et violents

La Loi sur des mesures de réforme concernant la mise en liberté sous caution et la détermination de la peine est la plus récente réforme qui s’inscrit dans une série de réformes visant à renforcer la sécurité des collectivités et le système de justice canadien. Au cours des prochains mois, le gouvernement du Canada proposera d’autres modifications visant à réduire les délais judiciaires, à renforcer les droits des victimes, à mieux protéger les personnes victimes de violence sexuelle et de violence entre partenaires intimes et à protéger les enfants contre les crimes.

Ces modifications apportées au Code criminel par le gouvernement fédéral ne seront efficaces que si les gouvernements provinciaux et territoriaux contribuent à leur mise en œuvre. Il s’agit notamment de gérer et de financer adéquatement l’administration de la justice, y compris les services de police et les services de poursuite relevant de leur compétence, les tribunaux, les programmes de surveillance des personnes en liberté sous caution, les tribunaux provinciaux, les prisons et les services d’aide aux victimes. Le gouvernement fédéral est prêt à poursuivre sa collaboration avec les gouvernements provinciaux et territoriaux afin d’assurer le bon fonctionnement du système de justice pénale.

Découvrez le fonctionnement du système de mise en liberté sous caution du Canada

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Glossaire des termes en langage clair

Modifications proposées au Code criminel

Les amendements au Code criminel visent plusieurs domaines clés afin de rendre les lois sur la mise en liberté sous caution plus strictes et les lois sur la détermination de la peine plus sévères.

Lois sur la mise en liberté sous caution

Afin de rendre les lois sur la mise en liberté sous caution plus strictes, le projet de loi vise à modifier le Code criminel.

Loi actuelle

Le « principe de la retenue » est un principe de la common law qui est imposé par la Cour suprême du Canada. Le principe vise à assurer que la mise en liberté à la première occasion soit privilégiée à la détention, le cas échéant, et que seules des conditions de mise en liberté sous caution raisonnablement nécessaires soient imposées à une personne accusée. Le principe de la retenue est également énoncé dans le Code criminel et continuerait de s’appliquer en common law s’il était abrogé de la loi.

Amendements

Orienter les services de police et les tribunaux sur l’application du « principe de la retenue ». Il s’agit notamment de préciser que ce principe n’exige pas la mise en liberté et qu’une personne accusée ne devrait pas être libérée si sa détention est justifiée, notamment pour la protection et la sécurité du public.

Selon le Code criminel, le « principe de l’échelle » exige que les tribunaux envisagent d’abord la forme de mise en liberté la moins sévère (sans obligations financières).

Préciser que le « principe de l’échelle » ne s’applique pas aux personnes accusées visées par une inversion du fardeau de la preuve.

Selon le Code criminel, un tribunal doit tenir compte de certains facteurs lors de la mise en liberté sous caution, notamment si les allégations portent sur des violences entre partenaires intimes ou si la personne accusée a déjà été condamnée pour une infraction avec violence.

Exiger que les tribunaux déterminent également si les allégations portent sur des actes de violence aléatoires ou sans provocation dans toute décision relative à la mise en liberté sous caution.

Motifs de détention

Loi actuelle

Le Code criminel énonce les trois motifs pour lesquels la mise en liberté sous caution peut être refusée :

  • Premièrement – pour s’assurer que la personne accusée sera présente au tribunal.
  • Deuxièmement – pour protéger le public, notamment les victimes et les personnes témoins de l’infraction.
  • Troisièmement – pour préserver la confiance dans l’administration de la justice.

Amendements

Modifier le troisième motif (également connu sous le nom « motif tertiaire de détention ») pour le refus d’une mise en liberté sous caution. Cette modification obligerait les tribunaux à tenir compte du nombre ou de la gravité des accusations en suspens pour déterminer si la mise en liberté de la personne accusée minerait la confiance du public à l’égard de l’administration de la justice.

Interdiction de posséder des armes

Loi actuelle

Les tribunaux doivent généralement imposer une ordonnance d’interdiction de posséder des armes au moment d’accorder la mise en liberté sous caution à une personne accusée d’infractions précises ou de certains types d’infractions, à moins qu’une telle condition ne soit pas nécessaire pour des raisons de sécurité publique.

Amendements

Exiger que les tribunaux imposent des interdictions de posséder des armes lors de la mise en liberté sous caution des personnes accusées d’extorsion et de crime organisé, sauf si cela n’est pas nécessaire pour des raisons de sécurité publique.

Conditions de mise en liberté

Loi actuelle

Lorsqu’une personne accusée est mise en liberté sous caution, le tribunal peut imposer des conditions que celle-ci doit respecter. L’imposition de conditions vise à atténuer les risques posés par la personne accusée et à s’assurer qu’elle ne commet pas de nouvelles infractions criminelles en attendant son procès.

Voici des exemples de conditions qui peuvent être imposées :

  • Se présenter au tribunal conformément aux directives;
  • Faire rapport à une agente ou un agent de la paix;
  • Demeurer à l’intérieur d’un territoire de compétence précis;
  • Signaler tout changement d’adresse ou d’emploi;
  • Remettre son passeport afin d’empêcher tout voyage.

Amendements

Exiger que les tribunaux envisagent d’imposer certaines conditions au moment d’accorder la mise en liberté sous caution aux personnes accusées d’extorsion et de crime organisé (p. ex. interdiction de communiquer avec les victimes ou les personnes témoins, restriction géographique).

Exiger que les tribunaux envisagent d’imposer certaines conditions au moment d’accorder la mise en liberté sous caution aux personnes accusées de vol d’automobile et d’introduction par effraction dans un domicile (p. ex. restriction géographique, couvre-feu, interdiction de posséder des dispositifs de cambriolage).

Inversion du fardeau de la preuve

Loi actuelle

Le Code criminel prévoit actuellement des dispositions d’inversion du fardeau de la preuve pour de nombreuses infractions, notamment :

  1. Une infraction grave avec violence commise à l’aide d’une arme, si la personne accusée a déjà été condamnée pour une infraction similaire au cours des cinq dernières années.
  2. Certaines infractions liées aux armes à feu (p. ex. possession illégale, introduction par effraction pour voler une arme à feu).
  3. Une infraction pour laquelle de la violence a été utilisée contre un partenaire intime, et la personne accusée a déjà été condamnée ou absoute pour une infraction pour laquelle de la violence a été utilisée contre son partenaire intime.
  4. Les infractions liées au terrorisme.
  5. Les infractions liées à l’ingérence étrangère et à la sécurité nationale.
  6. Les infractions liées au trafic et à l’importation de stupéfiants.

Amendements

Créer de nouvelles dispositions d’inversion du fardeau de la preuve pour :

  1. le vol d’automobile avec violence et lié au crime organisé
  2. l’introduction par effraction dans un domicile
  3. la traite de personnes
  4. le passage de personnes clandestines
  5. les voies de fait et l’agression sexuelle avec étouffement, suffocation ou étranglement
  6. l’extorsion avec violence

Élargir la disposition d’inversion du fardeau de la preuve qui s’applique à toute personne accusée d’une infraction perpétrée avec usage, menace ou tentative de violence au moyen d’une arme, afin de prendre en compte les condamnations antérieures au cours des dix dernières années (au lieu de cinq ans). Les personnes accusées d’infractions de ce genre au cours de la dernière décennie seraient visées par une inversion du fardeau de la preuve et devraient prouver pourquoi elles devraient être libérées sous caution.

Créer une nouvelle disposition d’inversion du fardeau de la preuve pour une personne délinquante après qu’elle a été reconnue coupable, si les services de poursuite de la Couronne cherchent à révoquer la mise en liberté sous caution jusqu’à la détermination de la peine de la personne délinquante.

Dans les cas d’inversion du fardeau de la preuve, orienter les tribunaux à examiner attentivement le plan de mise en liberté de la personne accusée, qui serait tenue de démontrer clairement que son plan est fiable et crédible afin d’être mise en liberté sous caution.

Le projet de loi propose également des modifications techniques pour combler les lacunes dans la loi et simplifier les procédures de mise en liberté sous caution.

Lois sur la détermination de la peine

Afin de renforcer les lois sur la détermination de la peine, le projet de loi modifierait le Code criminel.

Facteurs clés lors de la détermination de la peine

Loi actuelle

Le Code criminel exige que les tribunaux prennent en compte tout facteur aggravant ou atténuant au moment de déterminer la peine afin de s’assurer que celle-ci correspond à la gravité de l’infraction et au degré de responsabilité de la personne délinquante.

Les facteurs aggravants peuvent entraîner une peine plus sévère. Ces facteurs peuvent inclure, par exemple :

  • le fait que la personne accusée ait un casier judiciaire;
  • le fait que la personne accusée ait ciblé des enfants;
  • le fait que l’infraction soit liée au crime organisé ou motivée par la haine;
  • le fait que l’affaire ait trait à la violence familiale.

Amendements

Ajouter des facteurs aggravants (éléments pouvant alourdir la peine) pour :

  • les personnes récidivistes violentes ayant déjà été condamnées pour une infraction avec violence au cours des cinq dernières années
  • les infractions commises contre des victimes qui sont des personnes intervenant en première ligne
  • le vol à l’étalage organisé (p. ex. vol qualifié, introduction par effraction, possession de biens criminellement obtenus)
  • les infractions qui gênent les infrastructures essentielles (p. ex. vol de cuivre)

Peines consécutives

Loi actuelle

Bien que la plupart des peines soient concurrentes (purgées simultanément), le Code criminel accorde aux tribunaux le pouvoir discrétionnaire d’imposer des peines consécutives. Certaines infractions exigent des peines consécutives, comme les infractions liées au terrorisme. D’autres infractions exigent que les tribunaux envisagent d’imposer des peines consécutives.

Amendements

Exiger que la peine pour extorsion soit purgée consécutivement à la peine imposée pour incendie criminel.

Exiger que la peine pour vol d’automobile avec violence ou lié au crime organisé soit purgée consécutivement à la peine imposée pour introduction par effraction.

Exiger que les juges responsables de la détermination de la peine envisagent d’imposer des peines consécutives aux personnes récidivistes violentes, dans certains cas.

Objectifs lors de la détermination de la peine

Loi actuelle

Le Code criminel prévoit différents objectifs lors de la détermination de la peine :

  • Dénonciation – pour montrer la désapprobation de la société à l’égard du comportement
  • Dissuasion – pour dissuader la personne délinquante et d’autres personnes de commettre des infractions
  • Isolement – pour isoler la personne délinquante de la société
  • Réinsertion sociale – pour favoriser la réinsertion sociale de la personne délinquante
  • Réparation – pour réparer le préjudice causé
  • Responsabilité – pour inciter la personne délinquante à assumer ses responsabilités

Amendements

Exiger que les tribunaux accordent une importance primordiale aux objectifs de « dénonciation et de dissuasion » lors de la détermination de la peine pour les deuxièmes condamnations et les condamnations subséquentes pour :

  • vol d’automobile avec violence;
  • introduction par effraction;
  • toute infraction liée au crime organisé.

Toutes les infractions prévues au Code criminel sont passibles de peines maximales. Les peines maximales sont les peines les plus sévères qu’un tribunal peut imposer pour une infraction précise et peuvent varier entre une amende et l’emprisonnement à perpétuité.

La peine maximale actuelle pour outrage au tribunal prévue à l’article 708 du Code criminel est une amende maximale de 100 $ et/ou une peine d’emprisonnement maximale de 90 jours.

Alourdir la peine pour outrage au tribunal prévue à l’article 708 du Code criminel à un maximum de 5 000 $ et/ou à un maximum de deux ans moins un jour d’emprisonnement.

Types de peines

Le tribunal peut décider d’imposer de nombreux types de peines ou des combinaisons de peines.

Loi actuelle

Les peines d’emprisonnement avec sursis ne sont pas applicables aux infractions passibles d’une peine minimale obligatoire d’emprisonnement ni à certaines infractions graves telles que la tentative de meurtre ou l’encouragement au génocide.

Amendements

Rendre les ordonnances de condamnation avec sursis (aussi connues sous le nom de « détention à domicile ») inapplicables aux infractions sexuelles graves, y compris celles commises contre des enfants.

Le Code criminel prévoit la capacité du tribunal d’imposer une amende dans le cadre d’une peine pour avoir commis certaines infractions criminelles.

À l’heure actuelle, les provinces et les territoires ne peuvent suspendre les licences et permis provinciaux et territoriaux que s’ils sont responsables des poursuites.

Renforcer la capacité d’appliquer les amendes fédérales imposées conformément au Code criminel ou à toute autre loi fédérale en autorisant les provinces et les territoires à suspendre les licences ou permis provinciaux lorsque les poursuites sont menées par le gouvernement fédéral.

En général, les personnes participant à une poursuite pénale doivent comparaître en personne. Le régime relatif aux troubles mentaux du Code criminel permet actuellement à une personne accusée de comparaître à distance, si elle y consent.

Modifier la loi afin de permettre au tribunal ou à la commission d’examen d’ordonner la comparution à distance de la personne accusée, sans son consentement, dans des circonstances exceptionnelles.

Le Code criminel autorise les tribunaux à rendre une ordonnance d’interdiction de conduire afin d’empêcher une personne de conduire à la suite de certains types de condamnations, notamment pour conduite avec facultés affaiblies ou conduite dangereuse. Avant 2018, un tribunal pouvait ordonner des interdictions de conduire dans certains cas de négligence criminelle et d’homicide involontaire. Ce pouvoir a été aboli en 2018.

Rétablir le pouvoir d’ordonner des interdictions de conduire pour des infractions d’homicide involontaire et de négligence criminelle causant la mort ou des lésions corporelles.

Modifications proposées à la Loi sur le système de justice pénale pour les adolescents

Des modifications ciblées à la Loi sur le système de justice pénale pour les adolescents renforceraient, moderniseraient et amélioreraient l’administration du système de justice pénale pour les jeunes.

Les modifications proposées prévoient ce qui suit :

Loi actuelle

Selon la Loi sur le système de justice pénale pour les adolescents, la définition d’« infraction avec violence » est employée en partie pour déterminer quand une jeune personne peut être condamnée à une peine de placement sous garde.

Une peine de placement sous garde a lieu lorsque le tribunal ordonne le placement des jeunes dans un établissement de garde.

Amendements

Modifier la définition afin de préciser que lorsque la jeune personne inflige des lésions corporelles lors de la commission d’un crime, celui-ci est considéré comme une « infraction avec violence ». Cela permettrait de rendre les peines de placement sous garde applicables à un plus grand nombre d’infractions.

La publication de renseignements d’identification des jeunes en liberté n’est pas autorisée sans ordonnance du tribunal, même dans les situations d’urgence.

Permettre aux services de police de publier des renseignements d’identification des jeunes sans ordonnance du tribunal dans les situations d’urgence où les jeunes sont en liberté et représentent un danger immédiat et grave pour le public.

La Loi sur le système de justice pénale pour les adolescents ne précise pas si la peine de placement sous garde d’une jeune personne se poursuit pendant toute période où elle est illicitement en liberté.

Préciser que le temps passé illicitement en liberté par les jeunes n’est pas pris en compte dans la durée de la peine passée en détention.

La Loi sur le système de justice pénale pour les adolescents autorise certaines personnes à consulter les dossiers des jeunes pendant des périodes déterminées. Toutefois, la Loi sur le système de justice pénale pour les adolescents ne précise pas pendant combien de temps les dossiers relatifs à certaines mesures de déjudiciarisation peuvent être consultés.

Préciser que les dossiers des jeunes peuvent être consultés par certaines personnes au cours des deux années suivant le renvoi des jeunes du système judiciaire.

La Loi sur le système de justice pénale pour les adolescents ne précise pas si les dossiers d’enquêtes policières qui n’ont pas donné lieu à des accusations ou à des mesures de déjudiciarisation peuvent être conservés ni pendant combien de temps ils peuvent être consultés.

Préciser que les services de police peuvent conserver les dossiers d’une enquête qui n’a pas donné lieu à des accusations ou à une mesure de déjudiciarisation pour les jeunes. De plus, préciser que ces dossiers peuvent être consultés par certaines personnes au cours des deux années suivant la fin de l’enquête.

Le projet de loi propose également plusieurs modifications techniques concernant les peines et d’autres changements visant à assurer une plus grande cohérence avec le Code criminel.

Modifications proposées à la Loi sur la défense nationale

Il est essentiel d’assurer la cohérence entre les réformes de la détermination de la peine dans le système de justice pénale et dans le système de justice militaire. Des modifications seraient apportées à la Loi sur la défense nationale afin de l’harmoniser avec les modifications proposées au Code criminel décrites ci-dessus.