Le vécu de victimes d’actes criminels dans le processus de la justice réparatrice : un projet d’écoute

Besoins et expériences vécues en matière de justice réparatrice

Les participants aux séances d’écoute ont été invités à décrire la nature de l’expérience qu’ils ont vécue dans le cadre d’un processus de justice réparatrice, leurs motivations à chercher ces options et les points positifs et négatifs de cette expérience. Voici un résumé des principaux thèmes qui sont ressortis de ces discussions. Nous les avons classés pour les besoins du rapport, mais il convient de reconnaître que, en réalité, bon nombre des besoins exprimés par les participants se chevauchaient ou étaient même interdépendants dans l’expérience vécue d’une personne donnée. Par exemple, le besoin d’« information » d’une personne pouvait être lié de façon essentielle à son expérience de « rétablissement », mais nous discutons séparément ici de ces sujets dans un souci de clarté et de lisibilité. De même, la façon dont une personne a vécu le « soutien » peut être intimement liée à la « validation » reçue. Les thèmes suivants ne sont pas classés par ordre d’importance ou de prévalence.

Information

Le besoin d’information des victimes était un thème prédominant et majeur dans le projet À l’écoute. De nombreux participants se sont intéressés à la justice réparatrice, même s’ils étaient réticents au départ, en raison d’un désir d’obtenir de l’information et des réponses à leurs questions. Par exemple, ils avaient des questions sur les sujets suivants :

  • L’auteur du crime : Entre autres, des renseignements tels que ses antécédents, sa situation ou sa motivation à commettre le crime (p. ex. pourquoi moi? Comment avez-vous pu? À quoi pensiez-vous?). De nombreux participants ont expliqué qu’ils avaient besoin de réponses précises de l’auteur du crime, soit pour des raisons symboliques ou parce que seul le délinquant connaissait la vérité. Comme un participant l’a expliqué : « Le pourquoi, voilà ce dont j’avais vraiment besoin. Pourquoi m’a-t-il choisi entre tous? J’en avais vraiment besoin. » Une autre a dit : « J’avais plein de questions — aurais-je dû faire plus? Aurais-je dû essayer de réagir violemment? Qu’aurais-je dû faire dans cette situation — c’est ce qui m’a le plus troublée ». Des participants ont insisté sur l’importance de recevoir régulièrement des renseignements sur la situation du délinquant au sein du système de justice ou sur la mesure dans laquelle il s’acquitte de ses obligations envers la victime ou la société. En général, les participants avaient peu confiance au système de justice pénale comme moyen d’obtenir ce type de renseignements. Comme un participant l’a dit : « Je savais qu’il était peu probable que j’apprenne quoi que ce soit [sur le délinquant] par l’entremise du système de justice pénale ».
  • Qu’est-il arrivé? Les victimes voulaient souvent connaître les détails de l’infraction, en particulier lorsque l’infraction avait été commise contre un être cher. Comme un participant l’a dit : « Je me sentais tellement incomplet quand je n’avais que des éléments d’un portrait ».
  • Le système de justice et les options offertes pour obtenir justice : Les participants ont souvent exprimé le sentiment d’être « laissés dans le noir », laissés à eux-mêmes pour se dépêtrer dans leur situation, ne pas être écoutés par les professionnels du système et ne pas savoir à qui s’adresser, ou comment le faire. Un thème clair est ressorti des commentaires des participants : ils auraient aimé obtenir encore plus d’information (de la part de la police ou du personnel des programmes de justice réparatrice) avant de prendre la décision de participer, ou de se faire répéter l’information pour les aider à préciser leurs options. En général, ils avaient l’impression de manquer d’information sur le système de justice pénale et les options en matière de justice réparatrice.

Réflexions sur le processus de la justice réparatrice

De nombreux participants se sont dits très satisfaits de voir leurs besoins d’information comblés dans le cadre du processus de justice réparatrice. Un participant a dit : « Je suis sorti du processus avec une nouvelle compréhension et une nouvelle vision de qui était cette personne. Cela n’excuse pas ce qui est arrivé, mais j’ai pu prendre conscience qu’il y avait de plus grandes forces en jeu ». Une autre a dit : « En comprenant ce qui a mené [au crime], d’où venait cette personne, ce qui s’est passé par la suite, cela m’a aidée à comprendre ce qui s’est passé et à composer psychologiquement avec les événements ». Un autre participant a dit : « Je ne crois pas que j’aurais pu tourner la page si je n’avais pas compris qui était ce type et ce qui s’est passé, et je n’en avais aucune idée avant le dialogue ». Des participants ont aussi souligné avec gratitude que le programme de justice réparatrice leur avait fourni des renseignements sur d’autres services à leur disposition qu’ils n’avaient pas reçus à aucune autre étape du processus de justice. Les participants qui ont bénéficié de pratiques de suivi serrées de la part du fournisseur de services de justice réparatrice (après la fin du processus de dialogue) ont dit avoir trouvé que ce type de soutien et d’information continue sur la situation du délinquant était très utile.

Des thèmes de déception sont aussi ressortis à l’égard des processus de justice réparatrice et de la communication d’information. Plus particulièrement, un nombre considérable de participants ont dit n’avoir eu aucune nouvelle du programme de justice réparatrice sur les progrès du délinquant en vue de respecter ses ententes (p. ex. participation à des séances de counseling ou paiement d’un dédommagement), ce qui a été jugé décevant ou désorientant. Comme un participant l’a dit : « Nous n’avons jamais eu le sentiment d’être informés par le programme de justice réparatrice ». Au cours des séances, les participants ont souvent exprimé le désir d’obtenir plus d’information par suite du dialogue encadré, en particulier sur les progrès et le bien-être du délinquant : par exemple « ce serait bien de savoir si le cheminement qu’il a fait lui a réellement permis de changer qui il est, ou si l’effet s’est estompé ». Les participants reconnaissaient aussi que des enjeux relatifs à la protection de la vie privée pouvaient empêcher la communication sans restriction de ce type d’information.

Des participants ont aussi exprimé le désir d’obtenir plus d’information avant le premier contact avec le programme de justice réparatrice. Il était courant d’entendre parler de participants « nerveux » et « stressés » en attendant le déroulement du processus de justice réparatrice, surtout lorsqu’ils n’étaient pas certains du moment où celui-ci allait avoir lieu, de la personnalité ou de l’apparence du délinquant ou de l’attitude qu’il allait adopter. Par exemple, un participant s’est dit perplexe devant le temps que prenait le renvoi au programme de justice réparatrice ou le peu d’information fournie par les autorités sur les raisons de ce délai : « L’information est la clé. Aucun de nous n’a provoqué l’incident; nous souffrions parce que nous ne savions pas ce qui se passait ». Il a été reconnu qu’une grande partie de ces communications relèvent de l’agent de renvoi (p. ex. les responsables de l’application de la loi) et non du programme de justice réparatrice comme tel). De même, les participants ont souvent fait mention d’un manque d’information accessible au public sur l’existence d’options en matière de justice réparatrice : par exemple « je n’avais aucune idée que la justice réparatrice existait ».

Les séances d’écoute peuvent permettre de conclure qu’il ne peut y avoir trop d’information pour les victimes qui naviguent dans le système de justice pénale ni pour les victimes qui naviguent dans les processus de justice réparatrice. Comme un praticien de la justice réparatrice l’a fait remarquer : « Nous disposons de 30 à 40 ans de recherche sur ce dont les victimes d’actes criminels ont besoin — de l’information! Pourtant, rares sont les participants à [cette séance d’écoute] qui ont reçu l’information dont ils avaient besoin ».

Soutien et reconnaissance

Les participants ont fait mention d’un désir d’obtenir un soutien fiable, digne de confiance et sans jugement dans le sillage de l’acte criminel. Bon nombre d’entre eux ont éprouvé des sentiments d’isolement par rapport aux membres de leur entourage après être devenus victimes. Un participant a fait remarquer que : « [Après le crime]… un soutien aurait été utile, mais je ne savais pas exactement quelle forme il prendrait. La famille, la famille élargie ou les amis ne sont pas outillés pour bien écouter ou donner de bons conseils ». D’autres ont fait état de leur déception à l’égard des mesures de soutien professionnalisées : « J’étais tellement frustré que les services d’aide aux victimes n’aient vraiment pas fait d’approche. J’ai dû me défendre moi-même ». Un soutien attentionné et sensible aux besoins a été décrit comme étant de la première importance dans le sillage de l’acte criminel. La reconnaissance de leur expérience, de leurs choix et de leur dignité personnelle était inhérente à ce soutien.

Réflexions sur le processus de justice réparatrice

Les participants ont largement apprécié le soutien et les contacts personnalisés qu’ils ont reçus de la part de praticiens de la justice réparatrice, surtout durant les phases de préparation et de suivi (le cas échéant) du processus. Comme un participant l’a dit : « [Mon animatrice] m’a beaucoup aidé. Elle venait constamment vérifier comment je m’en tirais ». Un autre participant a dit du premier contact avec le programme de justice réparatrice qu’il s’agissait de la première fois dans le processus de justice que quelqu’un semblait se soucier de la façon dont il avait vécu la victimisation et qu’on souhaitait savoir comment il avait été touché. Le besoin de soutien était souvent perçu comme un avantage accessoire du processus de justice réparatrice, dépassant parfois les résultats (positifs ou négatifs) de la rencontre avec le délinquant. Par exemple, « L’animateur m’a bien plus aidé que le fait de m’asseoir et de parler avec [les délinquants] ». Ceux qui ne se sont pas sentis soutenus par le processus de justice réparatrice, ou ceux qui ont eu l’impression que ce processus n’était pas vraiment pour eux, mais surtout pour le bien du délinquant, se sont dits plus déçus de leur expérience de la justice réparatrice. Il convient toutefois de souligner que les participants ont souvent évoqué en des termes positifs le rôle « doublement partial » de l’animateur, c’est-à-dire qu’ils ont apprécié le soutien offert par l’animateur malgré le fait qu’ils savaient que l’animateur était aussi sensible aux besoins du délinquant. Comme un participant l’a dit : « C’est agréable de parler à quelqu’un [c.-à-d. l’animateur] qui connaît les deux côtés ». Le professionnalisme, la compétence et le souci sincère de l’animateur ont été cités à titre de facteurs positifs de ce soutien.

Dans un petit nombre de cas, les participants ont dit avoir senti un soutien suffisant de la part des praticiens de la justice réparatrice. Comme un participant l’a dit : « Nous sommes passés à travers les mailles du filet après la fin du [processus]… pourquoi n’ai-je pas bénéficié du même niveau de contact avec le programme [que les autres participants à la séance d’écoute]? » Un autre participant a dit : « J’avais besoin d’être écouté, mais je n’ai pas senti que [l’animateur] était quelqu’un à qui je pourrais parler de mes sentiments ».

Quelques participants ont dit s’être vu attribuer un « mentor » par le programme de justice réparatrice, dont le rôle était précisément de soutenir le participant tout au long des préparatifs, du dialogue et du suivi du processus. Cette personne pouvait ou non avoir déjà participé à un processus de justice réparatrice. Cet accompagnement a été décrit comme un facteur puissant de la qualité de l’expérience et parfois même comme un élément transformateur pour aider le participant à acquérir une compréhension de ses besoins personnels dans le sillage de l’acte criminel.

Un thème abordé par de nombreux participants tient au fait que le programme de justice réparatrice les a soutenus d’une manière que le système de justice pénale conventionnel n’a pas fait. Autrement dit, certains participants estimaient n’avoir pas obtenu le genre de services aux victimes qu’ils souhaitaient ni s’être sentis écoutés par les fonctionnaires du tribunal ou d’autres représentants du système de justice pénale ou du système scolaire. En revanche, un thème récurrent était que les participants avaient l’impression que le programme de justice réparatrice leur avait fourni l’attention, les réponses et les services auxquels ils n’auraient autrement pas eu accès.

La reconnaissance et le soutien des victimes ont aussi été mentionnés durant les dialogues encadrés, de la part du délinquant ou d’autres participants. Certains participants ont dit que le dialogue avait atténué leur sentiment de gêne, de honte et de culpabilité grâce à la prise de responsabilité par les délinquants et à la validation d’affirmations par d’autres participants durant le dialogue : « J’avais besoin de savoir que ce n’était pas ma faute ». On a souvent constaté que le dialogue encadré aidait la victime à être « vue » et reconnue et à faire l’expérience de la dignité à propos de ses choix personnels. La présence de personnes de soutien choisies personnellement et les compétences dont les animateurs ont fait preuve envers toutes les parties durant la rencontre étaient des facteurs qui ont contribué à créer ces impressions.

La reconnaissance et le soutien que certaines victimes ont vécus (ou leur absence), tant au sein des programmes de justice réparatrice qu’à l’extérieur, comportaient un important élément communautaire ou public. L’absence de validation de la part de membres de la collectivité ou des responsables de l’application de la loi, par exemple par des commentaires désobligeants à propos de la gravité de l’acte criminel, était vécue de façon douloureuse et était profondément décevante. Par ailleurs, la reconnaissance par des membres de la collectivité et d’organismes d’application de la loi des répercussions de l’acte criminel avait une grande valeur de validation. D’un point de vue autochtone, la participation de membres de la collectivité et le recours à des pratiques cérémonielles communautaires pour traiter les actes répréhensibles sont apparus comme des éléments importants d’un processus de justice réparatrice. Durant une séance, on a décrit un processus de justice réparatrice qui a abouti à une réparation publique du délinquant envers la collectivité, ce qui a été vécu comme « une guérison, non seulement pour nous, mais pour l’ensemble de la collectivité ».

Validation et justification

L’une des motivations évidentes de la participation à un processus de justice réparatrice était le besoin d’une mesure concrète, de justice ou que « quelque chose soit fait ». Pour certains, ce besoin était lié à la conviction frustrante que le système de justice conventionnel ne serait pas outillé pour rendre la justice d’une façon valable. Par conséquent, une solution de rechange était la bienvenue. Comme un participant l’a dit : « Je ne pensais pas que le système de justice pénale était en mesure d’offrir une réponse appropriée ».

Les participants ont exprimé sans équivoque le besoin de voir chez l’autre la reconnaissance de l’importance de ce qui leur était arrivé et ils ont vécu une désillusion lorsque ce ne fut pas le cas. Pour certains d’entre eux, ce sentiment découlait d’une réaction policière profondément insatisfaisante, et pour d’autres, d’une perception d’un système de justice « à portes tournantes » qui ne tenait pas suffisamment les délinquants responsables de modifier leur comportement.

Réflexions sur le processus de justice réparatrice

De nombreux participants ont dit avoir éprouvé un sentiment de justice véritable après avoir participé à un processus de justice réparatrice. Un participant a dit avoir eu l’occasion d’exprimer des émotions fortes, y compris la colère, durant le dialogue avec le délinquant; de contester les réponses du délinquant, « ce qui m’a libéré et procuré un sentiment de sécurité. J’ai apprécié pouvoir poser ces questions difficiles ». Un autre participant s’est dit satisfait d’avoir pu « le regarder dans les yeux et essayer de lui faire reconnaître sa responsabilité pour ce qu’il avait fait ». Pour bon nombre de participants, sinon la totalité, le besoin de justification était davantage lié au thème de la réparation qu’à celui du châtiment : par exemple : « Je veux que justice soit faite; qu’il paie pour ce qu’il a endommagé, et c’est tout. Je ne veux pas qu’il soit jeté en prison ». Certains participants ont dit que sans le programme de justice réparatrice, ils n’auraient « rien » reçu du système par suite de l’acte criminel dont ils ont été victimes.

Par ailleurs, plusieurs participants ont exprimé leur incertitude à savoir si les conséquences pour le délinquant étaient « suffisantes » par suite de leur expérience de la justice réparatrice. Les processus de justice réparatrice étaient frustrants lorsqu’ils donnaient l’impression de faire passer les délinquants « à travers le système » sans assurer une responsabilisation et un changement de comportement significatifs. D’autres participants ont constaté que beaucoup d’efforts (de la part du personnel du système de justice et du programme de justice réparatrice) étaient déployés pour le délinquant (p. ex. des efforts visant sa réadaptation et sa réinsertion) mais pas autant pour les personnes qui avaient été victimisées.

Des sentiments d’injustice persistante étaient exprimés plus vivement dans des cas comportant un traumatisme durable ou la perte d’un membre de la famille ou d’un être cher durant la perpétration de l’acte criminel. Dans ces cas, des participants ont dit que justice ne pourrait jamais être rendue, ni dans le système de justice pénale ni dans le processus de justice réparatrice puisque rien ne pouvait leur rendre ce qui leur avait été pris.

Changer quelque chose dans la vie de délinquants

Certains participants à des séances d’écoute étaient motivés à participer à un processus de justice réparatrice par le désir de changer la vie de la personne responsable en contribuant à une issue prosociale. De nombreux participants ont exprimé le désir de voir les délinquants (surtout les jeunes) « changer leur vie » et ils voulaient aider ces personnes à faire de meilleurs choix. Un participant se souvient avoir pensé : « Je voulais qu’il soit transformé, pas puni ». Un autre a dit simplement : « J’ai senti l’instinct d’aider le délinquant ». Des participants se sont dits reconnaissants que les délinquants aient eu la possibilité de ne pas entrer dans le système plus conventionnel, de rendre des comptes et d’avoir peut-être la chance de prendre de meilleures décisions à l’avenir. Les objectifs de la réadaptation et de la réinsertion sociale ont été soulignés, surtout dans des discussions portant sur des communautés autochtones et marginalisées, à la lumière de la surreprésentation de ces populations dans le milieu carcéral au Canada. Selon un participant, les personnes incarcérées ont besoin d’un meilleur accès à des possibilités de « se réformer ». Un autre participant était motivé à participer à la justice réparatrice, en partie parce qu’il craignait au départ pour la sécurité du délinquant et par crainte de représailles potentielles de la part de la collectivité.

Réflexions sur le processus de justice réparatrice

Certains participants ont dit avoir été témoins de changements immédiats et durables chez le délinquant par suite des rencontres de justice réparatrice et des processus de suivi. Par exemple, une personne a expliqué que sa compassion pour le délinquant s’était accrue après avoir été témoin de sa « vulnérabilité » dans le cadre d’un dialogue et qu’elle avait ensuite vu le délinquant prendre des mesures pour terminer ses études et contribuer de façon positive à la collectivité. De nombreux participants se sont dits satisfaits de constater que l’auteur du crime « s’en tirait beaucoup mieux » depuis la rencontre de justice réparatrice, ou ont dit espérer que ce soit le cas. Certains étaient heureux que le délinquant ait pu éviter des sanctions punitives, par exemple « j’étais heureux qu’il n’ait pas été puni autant qu’il l’aurait été autrement ». Le châtiment n’était pas assimilé à la responsabilisation. Comme un participant l’a dit : « Je ne voulais punir personne… c’était un accident… mais ça ne semblait pas juste de dire “oublie ça” ».

Dans d’autres cas, les motivations des victimes à aider les délinquants ont abouti à des résultats décevants en raison d’une récidive ou d’autres comportements négatifs récurrents. Dans certains cas, la victime a eu le sentiment d’avoir été « utilisée » ou dupée par le délinquant, et parfois par le processus de la justice réparatrice lui-même. Un praticien de la justice réparatrice a fait remarquer que, d’après l’expérience qu’il avait eue avec ce programme, lorsque les victimes se sont engagées dans le processus principalement par souci pour les délinquants, les résultats ont souvent été moins satisfaisants parce que, en dernière analyse, ni la victime ni le programme ne pouvait contrôler le comportement futur des délinquants. Cependant, il convient aussi de souligner que la justice réparatrice avait été présentée à l’origine à de nombreuses victimes d’actes criminels comme une possibilité « d’aider » la personne accusée, que ce soit par des agents d’aiguillage, des membres de la collectivité, des amis ou le programme de justice réparatrice lui-même.

Rétablir la confiance et la sécurité

Des participants ont dit que le fait d’avoir été victime d’un acte criminel avait miné ou détruit leurs sentiments de confiance et de sécurité envers leur propre collectivité. Par exemple, au moins deux participants ont exprimé le sentiment d’avoir été trahis par l’absence de réaction de témoins de l’acte criminel. Parfois, la décision de participer à la justice réparatrice était motivée par des tentatives de rétablir une relation de confiance avec la collectivité. Des participants ont parlé d’un désir sous-jacent de mettre fin à leur isolement et de se sentir en relation avec d’autres personnes et avec la collectivité. Ils ont exprimé le besoin de savoir qu’ils n’étaient pas seuls. En réalité, pour certains participants, ce besoin persistant était une motivation directe à participer au projet À l’écoute : « [Mon espoir aujourd’hui], c’est entendre d’autres histoires et de savoir si d’autres personnes ressentent la même chose que moi ».

Pour d’autres, la perte de confiance était plus directement rattachée au délinquant et la justice réparatrice représentait une tentative de régler des préoccupations persistantes à propos des intentions de ce dernier. Des sentiments tels que : « Je veux pouvoir le regarder dans la rue et ne pas avoir peur » et « Je craignais pour mes enfants… je ne savais pas si [le délinquant] était agressif » ont été exprimés.

De plus, des participants ont dit que la perte de confiance peut être vécue après la victimisation comme un sentiment général de méfiance envers l’ordre du monde et du soutien reçu : « Lorsqu’on nous fait du tort, notre réalité change. Avant l’acte criminel, vous supposez que vous avez confiance que les choses seront d’une certaine façon. Votre maison est en sécurité, vous êtes en sécurité, mais après le crime, cette confiance est brisée… après un traumatisme, vous devez vous détacher. Le tort doit d’abord être reconnu et on ne devrait pas vous dire de “tourner la page” ».

Réflexions sur le processus de justice réparatrice

Les processus de justice réparatrice, surtout ceux qui font directement intervenir des membres de la collectivité, ont souvent été décrits comme des facteurs du rétablissement de la confiance envers sa collectivité. Le souci, l’intérêt et la reconnaissance des membres de la collectivité dans le processus ont été vécus comme étant importants : « En partie, ce dont j’avais aussi besoin, c’était de rebâtir mon sentiment d’appartenance… il était donc vraiment important pour moi que des membres de la collectivité participent aussi à ce dialogue ». À mesure qu’une relation de confiance s’est établie ou a été rétablie avec des membres de la collectivité, le dialogue a souvent renforcé le sentiment de sécurité. De même, les rencontres ont souvent permis aux victimes de voir le délinquant sous un jour moins menaçant, ce qui a accru leur sentiment de sécurité.

Bien que certains participants aient fait état d’un sentiment accru de sécurité après le processus de justice réparatrice, certains défenseurs des droits des victimes ont fait remarquer que certaines victimes ne participent pas au processus en premier lieu parce qu’elles ne sont pas convaincues que le processus sera sûr pour elles. Un défenseur des droits des victimes a fait remarquer : « Elle avait besoin de se sentir en sécurité et c’est pourquoi, dans son cas, elle ne voulait pas se trouver en sa présence. C’est malheureux, car je crois que cela lui aurait été bénéfique »! Une autre victime a fait remarquer que « me sentir en sécurité serait une récompense pour moi », mais qu’elle n’éprouvait pas encore ce sentiment de sécurité après un dialogue insatisfaisant avec un délinquant perçu comme étant sans remords.

Avoir une voix

De nombreux participants ont entamé le processus de justice réparatrice parce qu’ils avaient besoin que le délinquant ou d’autres personnes entendent ce que l’infraction a eu comme répercussions. Par exemple, un participant qui avait perdu un être cher lors de la perpétration de l’acte criminel a dit « vouloir que le délinquant comprenne qui était [la victime décédée] ». Une autre a expliqué, « je tenais à exprimer l’émotion, et je tenais à entendre l’émotion ». Comme cela a transparu dans les thèmes ci-dessus, la possibilité de faire entendre cette émotion et ce vécu d’une façon concrète était perçue comme limitée — les victimes avaient peu confiance que la description des répercussions trouverait écho chez les intervenants du système de justice conventionnel et, par ailleurs, qu’elles seraient convenablement entendues par les membres de leur entourage. Un participant a ajouté que dans le cadre de la discussion de l’acte criminel, il fallait aussi « protéger » les sentiments du délinquant (qui avait été un ami).

Réflexions sur le processus de justice réparatrice

Le fait de raconter son histoire et d’exprimer ses émotions était souvent cité comme un avantage vécu dans le processus de justice réparatrice. Comme un participant l’a souligné : « J’ai vraiment pu m’exprimer… avoir l’espace nécessaire pour me faire poser des questions afin que la personne puisse vraiment entendre à quel point les [répercussions] ont été profondes ». Une autre a dit : « La chose la plus importante pour moi a été l’occasion de parler au [délinquant] et de lui dire ce que ses actes m’ont coûté ». Ce sentiment a été repris plusieurs fois quand des participants ont décrit de différentes façons le fait d’avoir la liberté de parler franchement et d’être entendus.

Des participants ont aussi trouvé utile d’avoir leur mot à dire et d’influer sur les plans de réparation des délinquants. « Nous avons pu dire ce que nous voulions que l’agresseur fasse », se souvient un participant. « Il devait se trouver du travail, consulter un thérapeute, reconnaître la diversité. Nous pouvions le voir assumer sa responsabilité ».

Les participants n’ont pas tous eu une occasion satisfaisante de s’exprimer. Par exemple, l’un d’entre eux se souvient : « Je n’ai jamais eu la chance de dire comment l’acte criminel comme tel m’avait touché ». Dans ces cas, les participants avaient l’impression que le processus de justice réparatrice visait surtout à aider le délinquant.

Choix

Les participants ont insisté sur la nécessité de jouer un rôle, d’être inclus et de se voir offrir des choix dans le processus de justice à propos du crime commis contre eux, au lieu de se voir dicter des processus. À propos de l’expérience de la justice criminelle conventionnelle, un participant a dit : « Je n’ai jamais eu l’occasion de rédiger ma déclaration de la victime… elle a été rédigée pour moi! » Parmi les choix offerts, mentionnons celui de décider de participer ou non à un processus de justice réparatrice. Comme un participant l’a dit : « J’étais tellement heureux d’apprendre qu’il y avait une autre option [que le châtiment] de la part de la Couronne ». Ou, comme un défenseur des droits des victimes l’a dit : « La justice réparatrice est une autre option que nous pouvons offrir à une victime… pour donner aux gens des choix parce que lorsque les gens sont traumatisés, ils ont besoin de choix ».

Réflexions sur le processus de justice réparatrice

Sous ce rapport, les programmes de justice réparatrice étaient fortement et favorablement comparés à d’autres composantes du système de justice pénale, qui donnaient souvent l’impression de décider « pour » les victimes ce dont elles pouvaient ou non avoir besoin. De même, des participants qui avaient déjà eu des expériences avec d’autres programmes de déjudiciarisation (par exemple, des participants qui avaient subi des préjudices à répétition en raison de la nature de leur travail) ont comparé leur expérience actuelle avec ces expériences antérieures moins réparatrices. Ces programmes de déjudiciarisation (qui sont parfois aussi regroupés sous la bannière de la « justice réparatrice ») étaient perçus comme étant essentiellement axés sur les besoins du délinquant et offrant moins de possibilités de participation de la part de la victime. Comme un participant l’a fait remarquer : « Les praticiens de la justice réparatrice n’ont ménagé aucun effort pour m’inclure, pour m’informer de ce qui se passait et pour m’assurer que ma voix serait entendue… autant que j’étais disposé à le faire. Par contraste… les autres processus [de déjudiciarisation] étaient surtout axés sur le délinquant et visaient surtout à l’aider dans sa vie et à veiller à ce qu’il ne subisse pas d’autres préjudices ».

Les expériences d’inclusion et de choix des participants dans le cadre de leur participation au programme de justice réparatrice comprenaient des facteurs tels que « veiller à ce que ma voix soit entendue dans le processus », « me renseigner sur ce qui se passait » et offrir différentes façons de participer au processus. Un participant a dit : « Quand je compare la justice réparatrice au système de justice pénale… [avec la justice réparatrice], je sentais que j’étais au centre, que je pourrais appliquer les freins, que je pourrais dire au délinquant d’aller se faire voir, que je pourrais dire aux animateurs d’aller se faire voir ». Un autre participant a dit que les animateurs avaient choisi de parler très peu pendant la rencontre en personne, parce qu’ils avaient « senti que nous savions mener ce processus par nous-mêmes ». Des participants ont aussi déclaré avoir repris le contrôle en se voyant offrir la possibilité d’inviter une personne de soutien au dialogue encadré. De façon générale, les participants ont jugé important de disposer de nombreuses options en ce qui concerne la façon de communiquer avec le délinquant (p. ex. par lettre, vidéo, en personne, par l’entremise d’un substitut ou d’un mandataire) lorsque des formes de communication plus indirectes étaient souhaitées.

Les participants ont grandement apprécié la souplesse du processus. Comme l’un d’eux l’a dit : « Il est tellement utile que le processus soit adaptatif : je savais que je ne serais pas d’accord avec certaines choses, alors j’étais tellement content que nous n’ayons pas à en parler ». Par ailleurs, quelques participants se sont souvenus qu’ils n’avaient eu que peu d’influence, voire aucune, sur le déroulement du processus de justice réparatrice. Par exemple « il m’a été présenté comme suit : c’est le processus, voulez-vous y participer ou non? »

Les délais et la durée du processus de justice réparatrice figuraient parmi les domaines dans lesquels les participants ont estimé que la gamme des choix qui leur étaient offerts était moins satisfaisante. Plusieurs participants ont expliqué qu’ils auraient eu avantage à avoir plus de temps pour décider de participer ou non, ou de prolonger leur participation. Quelques participants ont senti des pressions pour décider de participer en fonction d’un échéancier sur lequel ils n’avaient aucun contrôle. Comme une personne l’a dit : « Je me suis parfois sentie un peu pressée [dans le processus de justice réparatrice]. Je me souviens avoir voulu ralentir, mais j’avais l’impression d’être tributaire de l’échéancier d’une autre personne ». D’autres ont dit que le processus de justice réparatrice aurait été plus avantageux pour eux maintenant (assez longtemps après la détermination de la peine) qu’à l’époque où ils y étaient admissibles, parce que ce n’est que maintenant qu’ils ont pris pleinement conscience des répercussions de l’acte criminel. Des participants ont exprimé le vif désir de « pouvoir choisir le moment auquel [un processus de justice réparatrice] [leur] serait bénéfique, et non quand le système le décide. Des participants ont dit : « On m’a dit que je suis censé tourner la page, même si j’ai encore besoin de services, d’outils, de soutien et de soins tout au long de ma vie et de mon cheminement ».

Réparation et indemnisation

Plusieurs participants étaient motivés à participer à des processus de justice réparatrice, du moins en partie, par un désir d’obtenir une quelconque forme de réparation symbolique ou matérielle. La réparation symbolique comprenait l’espoir que le délinquant accomplisse un travail au service de la victime ou de la collectivité, rédige une lettre d’excuses, traite ses dépendances, s’engage dans une thérapie, participe à des activités culturelles ou cérémonielles ou à d’autres dispositions. Au cours des séances, les participants ont souvent exprimé une relation ambivalente à propos du besoin d’indemnisation financière. Certains ont dit qu’au départ, ils n’avaient pas vu l’indemnisation financière comme un besoin, mais qu’au terme du processus, ils s’étaient sentis habilités à reconnaître ce besoin et à accepter une entente renfermant des dispositions de réparation financière. Comme un participant l’a dit : « Il est difficile pour nous de dire ce que nous voulons — aucune somme d’argent ne va réparer notre cœur brisé. Il y a un grand risque à demander ce que nous voulons, mais l’argent est toujours quelque chose ». D’autres participants sont entrés dans un processus de justice réparatrice dans l’espoir d’obtenir une réparation matérielle ou financière pour leurs pertes.

Réflexions sur le processus de justice réparatrice

Plusieurs participants se sont dits satisfaits d’avoir obtenu réparation et indemnisation grâce au processus de justice réparatrice. Comme un participant l’a rappelé, « cette expérience [de service communautaire] a été une leçon d’humilité pour [la délinquante]… elle a beaucoup appris. Elle a vu les visages des personnes qu’elle avait blessées ». Un autre a fait remarquer : « Nous voulions simplement des excuses… mais nous avons obtenu beaucoup plus. Tous les délinquants vont [indemniser ma fille] et ils vont aussi faire des travaux communautaires et du bénévolat ». Une autre a dit : « … c’était vraiment bien d’avoir du soutien pour reconnaître que l’argent pourrait m’aider, même si je ne pouvais pas [me résoudre] à le demander ». Des participants étaient aussi reconnaissants du rôle que le programme de justice réparatrice a joué pour coordonner les paiements de dédommagement.

Des sujets de déception sont aussi ressortis à propos de la réparation et de l’indemnisation financière. Comme l’un des participants l’a rappelé : « La seule phrase de la part du [délinquant] dont je me souviens, c’est : “Est-ce que vous voulez dire que je dois tout rembourser?!”… La jeune fille estimait peut-être que c’était injuste. Le paiement n’est jamais venu, mais c’est correct, c’est correct… ». Un autre a déploré que l’indemnisation promise n’ait jamais été versée : « Si jamais je me retrouvais seul avec lui, je lui demanderais de payer ce qu’il nous doit ». De la déception était parfois exprimée parce que la possibilité d’une indemnisation financière avait été écartée dans le processus de justice réparatrice en raison de l’incapacité de payer perçue d’un délinquant.

Reconnaître la relation entre les victimes et le délinquant et s’en occuper

Des participants ont fait remarquer que leur participation à la justice réparatrice découlait en partie de la nécessité de reconnaître que le crime et la justice comportent une reconnaissance des « relations » (au sens le plus large) inhérentes à des actes criminels. Des participants ont exprimé leur « soulagement » à l’idée de participer à un processus qui reconnaissait extérieurement une relation inhérente (bien qu’injuste) entre la victime et le délinquant, même s’ils étaient étrangers l’un à l’autre. Cela n’a pas été interprété comme comportant des obligations précises envers cette relation de la part de la victime, mais simplement comme une reconnaissance de son existence. D’autres ont exprimé cette relation comme un besoin profond d’entendre et de constater que le délinquant regrettait le tort qui avait été infligé à la victime. Sous ce rapport, il y avait un désir commun chez de nombreux participants de voir personnellement la ou les personnes responsables des crimes commis contre eux assumer clairement la responsabilité de leurs choix. En conséquence, des participants ont exprimé un besoin d’un contact personnel avec la personne qui avait commis une infraction contre eux. En partie, le contact était vu comme un résultat du besoin d’en savoir plus sur l’autre. Le besoin de contact était un motivateur initial pour certains participants, tandis que pour d’autres, il n’est apparu qu’une fois le processus amorcé.

Pour ceux qui ont vécu l’acte criminel dans le contexte d’une petite communauté autochtone, il y avait souvent un vif besoin de tenir compte de la réalité des relations actuelles, de veiller à ce que les relations soient réparées dans la mesure du possible et que la vie se poursuive sans angoisser à propos de rencontres inévitables avec l’autre personne dans la collectivité.

Réflexions sur le processus de justice réparatrice

Les processus de justice réparatrice semblent favoriser des relations plus positives et moins menaçantes entre de nombreuses victimes et les auteurs du crime commis contre elles. Comme un participant l’a dit : « [La justice réparatrice] a transformé mon expérience d’avoir été agressée en quelque chose qui a été, somme toute, bénéfique. Elle m’a donné l’occasion d’établir un contact avec une autre personne ». Un autre a fait remarquer : « Nous sommes dans une relation avec la personne qui nous a fait du tort, et la participation à un programme qui le reconnaît est beaucoup plus utile qu’un programme qui ne le reconnaît pas ». En général, le dialogue était vu comme étant positif, même si la victime n’avait pas cerné ce besoin au départ : « Je ne pensais pas que cela m’aiderait autant que ce fut le cas. J’avais effectivement besoin d’en parler [avec le délinquant] ».

Parmi ceux qui ont participé au dialogue encadré avec le ou les délinquants, plusieurs ont fait des commentaires positifs sur la nécessité et la possibilité de communiquer en personne avec eux. Dans certains cas, les participants se sont dits insatisfaits du degré de responsabilité ou de remords que le ou les délinquants ont manifesté dans leur cas. Par exemple, dans une séance, un participant du groupe a vécu une expérience véritablement transformatrice avec le délinquant, et d’autres membres du groupe se sont montrés très intéressés et inspirés par les possibilités en ce qui concerne la responsabilisation du délinquant et la transformation de la relation entre lui et la victime. Le fait d’entendre parler de cette expérience a semblé susciter beaucoup d’intérêt pour le potentiel de la justice réparatrice. Parfois, les participants vivaient de la frustration à l’idée que les jeunes contrevenants avaient de la difficulté à saisir l’incidence de leur geste et à en prendre véritablement la responsabilité — ce clivage semblait rendre peu probable, voire impossible, un contact utile entre les victimes et les délinquants. D’autres fois, des participants ont dit être tout à fait comblés par le degré de remords et de responsabilité manifesté par l’auteur du crime dans leur cas : « Ce n’était pas un mauvais garçon. Nous nous sommes serré la main… j’ai reçu une lettre environ trois mois après que le jeune ait réussi le programme. Il n’avait pas récidivé ».

Dans l’ensemble, si peu de participants ont déclaré avoir maintenu le contact avec le délinquant, ceux qui l’ont fait l’ont décrit comme important, voire transformateur, pour les deux parties. Ceux qui n’ont pas eu d’autre contact avec le délinquant ont souvent fait état de questions persistantes sur la façon dont cette personne s’en tirait et la possibilité d’avoir d’autres contacts pour suivre ses progrès.

Rétablissement des suites d’un acte criminel

L’espoir ou l’impression que le processus peut offrir une voie vers le rétablissement des effets de l’acte criminel, y compris d’éléments d’un traumatisme psychologique, était l’une des principales motivations à s’engager dans la justice réparatrice. Bon nombre des autres besoins énumérés dans le présent rapport ont été évoqués à titre de facteurs du rétablissement. Pour certains participants, le rétablissement passe par la possibilité de donner un sens à des événements négatifs. Pour d’autres, la justice réparatrice représentait un espoir de trouver une porte de sortie au silence, à l’impuissance ou à l’isolement.

Réflexions sur le processus de justice réparatrice

De nombreux participants au projet À l’écoute ont parlé en termes passionnés et positifs de la contribution de la justice réparatrice à leur rétablissement. Par exemple, un participant a dit que les rencontres répétées avec la personne responsable avaient « profondément changé sa vie ». Un autre participant a dit que la justice réparatrice avait « complètement changé » un récit décourageant à propos de l’administration de la justice. Des participants ont utilisé le mot « pardon » (dont il a été reconnu qu’il comporte de multiples interprétations) pour décrire un choix personnel de ne plus « porter cette douleur » ou de ne plus « laisser entrer cette énergie négative dans le reste de ma vie ». Un autre encore a parlé d’apprendre à rester curieux, plutôt que cynique. Un autre a souligné que bien que la croissance ou la transformation personnelle ne soit pas un objectif explicite de la participation à un processus de justice réparatrice, « l’expérience [lui] a apporté beaucoup de joie », et il a décrit l’expérience de la justice réparatrice en des termes comme « guérison » et « époustouflant ». Une autre encore a résumé l’expérience en disant : « J’ai appris du processus de justice réparatrice… à quel point le crime m’avait touchée et que je ne m’étais pas donné l’espace nécessaire pour guérir ». Un autre a souligné : « La justice réparatrice fonctionne mieux que l’autre solution. Elle a été incroyablement difficile, mais incroyablement nécessaire. Il semblait important de faire quelque chose de positif ».

D’autres expressions ont été employées pour décrire les résultats relatifs au rétablissement, dont « faire le ménage » et « tourner la page ». Les participants ont exprimé différents sentiments à l’égard de ces expressions et d’autres expressions connexes (par exemple, certains aimaient le mot « guérison » tandis que d’autres l’ont rejeté d’emblée). Dans bien des cas, la justice réparatrice semblait jouer un rôle utile dans un processus de rétablissement psychologique, social et affectif (et souvent non linéaire) à beaucoup plus long terme.

Des participants n’ont pas estimé que la justice réparatrice avait contribué concrètement à leur rétablissement. Par exemple, un participant a dit qu’« à ce jour, je me réveille en sursaut quand j’entends des bruits la nuit ». Dans certains de ces cas, les participants ont cité des facteurs comme le manque de soutien et d’information adéquats de la part du programme de justice réparatrice, et un processus qui visait essentiellement à aider le délinquant à se rétablir ou à éviter d’avoir un casier judiciaire. Après réflexion, certains participants se sont dits déçus du processus de justice réparatrice, parce qu’ils n’avaient simplement pas vécu le type de justice qu’ils avaient espéré : « J’ai eu l’impression d’avoir été induit en erreur à propos de la façon dont [les délinquants] en bénéficieraient. J’avais l’impression qu’on m’avait dit que tout était pour moi, mais ce n’est pas l’impression que j’ai eue, surtout à la fin. Ce n’était pas juste ».

Un mot sur la réceptivité culturelle

Des participants au projet À l’écoute ont parlé du recours à des pratiques et à des cérémonies autochtones ancestrales (p. ex. la suerie) comme des expériences puissantes et difficiles qui peuvent être gratifiantes pour la victime et les délinquants. Il a été proposé d’incorporer ces cérémonies dans un processus réparateur qui aura un effet puissant. Un participant a souligné que « la présence d’un Aîné a fait une grande différence », tandis qu’un praticien de la justice réparatrice a jugé utile « d’offrir des options pour les aider à s’engager, comme la tenue d’une cérémonie de purification par la fumée ».

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