Rapport sur les consultations fédérales-provinciales-territoriales sur les droits de garde et de visite et les pensions alimentaires pour enfants

ANNEXE C : RAPPORT SUR LES ATELIERS DE TERRE-NEUVE ET DU LABRADOR

INTRODUCTION

Cinq ateliers de consultation sur la nouvelle Loi sur le divorce ont été tenus à Terre-Neuve et au Labrador en mai et en juin 2001. Ces consultations ont été parrainées par les ministères fédéral et provinciaux de la Justice et ont eu lieu à Goose Bay, Corner Brook, Geter et St. John’s (2). Les principaux sujets abordés dans ces ateliers ont été les rôles et les responsabilités des parents (rôle parental, droits de garde et de visite); la violence familiale; les obligations en matière de droit de visite et les pensions alimentaires pour enfants. Au total, 90 personnes ont assisté aux ateliers : parents, représentants de groupes de femmes, avocats, médiateurs, enseignants, responsables de l’application de la loi, travailleurs sociaux, psychologues, travailleurs en santé mentale, représentants de groupes communautaires, responsables des demandes de pensions alimentaires et d’employés de la cour. Rick Morris, d’IHRD Group, a animé chacun des ateliers, qui se sont déroulés du 31 mai au 7 juin 2001.

LES PRINCIPAUX FACTEURS INFLUANT SUR LE RÔLE DES PARENTS APRÈS LA SÉPARATION

Les deux principaux facteurs qui, selon les participants, influent sur le rôle des parents après la séparation sont les relations et communications entre les parents et les services de soutien dont les parents et leurs enfants peuvent se prévaloir. Les participants ont également mentionné de nombreux éléments qui influent sur le rôle des parents après la séparation :

LES SERVICES

À tous les ateliers, sauf à St. John’s, les participants ont exprimé des préoccupations au sujet de la rareté des services d’aide aux couples séparés et à leurs enfants. La médiation familiale financée par les deniers publics n’est disponible que dans les régions de St. John’s et de Corner Brook (dans ce dernier cas, grâce à un récent projet pilote). Il ne semble pas y avoir de programmes de prévention publics officiels pour les mariages en difficulté (par ex. : services-conseils conjugaux, cours). L’aide juridique est débordée et il est souvent difficile d’y avoir accès. Les groupes de soutien et d’information et de formation pour les enfants et les groupes d’information et de formation des parents, bien que jugés essentiels, ne sont présents jusqu’ici que dans quelques endroits en dehors de St. John’s.

En dehors de St. John’s, on exprime des préoccupations sérieuses au sujet de l’équité dans la prestation des services. Les participants estiment qu’au minimum, les régions devraient avoir accès à des services de rechange et à des services de soutien aux familles qui vivent une séparation ou un divorce. Les services offerts sont très loin de refléter le fait que 50 p. 100 de toutes les relations dans la province se terminent par une séparation ou un divorce. Autres commentaires fréquents :

LES DROITS DE GARDE ET DE VISITE

Pour la plupart des participants, les expressions « droit de garde » et « droit de visite » ne posent pas de problèmes en soi. Le fait de les changer pourrait conduire à une augmentation et non à une réduction du nombre de litiges pendant la période de mise à l’épreuve des nouvelles expressions (comme « partage des responsabilités parentales »). Il est intéressant de noter que ce sont les avocats qui utilisent les expressions actuelles qui préconisent le plus un changement. Les représentantes des groupes de femmes sont les plus préoccupées par le fait que les nouvelles expressions pourraient diluer ou mal représenter les antécédents parentaux avant la séparation.

On exprime des préoccupations au sujet de la création, dans la nouvelle Loi sur le divorce, d’une présomption de partage des responsabilités parentales ou de garde conjointe. Bien que cette option puisse convenir à beaucoup de familles, les participants estiment que l’entente, dans le passé, sur les responsabilités parentales doit être le principal déterminant des futurs plans. Les responsables de la santé mentale et du milieu scolaire sont particulièrement préoccupés par les navettes fréquentes entre les résidences des parents et estiment que ce genre d’arrangement répond davantage aux besoins et aux intérêts des parents qu’à ceux des enfants.

La plupart des participants apprécient le fait que le projet de loi mette l’accent sur la responsabilité des parents plutôt que sur leurs droits. De nombreux participants mentionnent également qu’il serait essentiel d’offrir un service qui réponde rapidement au besoin d’information des familles sur les responsabilités parentales et la loi.

Voici quelques-uns des commentaires reçus :

LA VIOLENCE FAMILIALE

Tous les participants s’entendent sur la nécessité de traiter les cas de violence familiale différemment des autres types de séparation et de divorce. Il est important de reconnaître que le risque qu’une séparation comporte de la violence est très élevé et qu’il faut donc absolument disposer d’un système d’intervention. On doit supposer que la violence faite à un parent a des effets négatifs sur les enfants et que l’auteur de cette violence doit être tenu responsable. Il incombe à l’auteur de la violence de démontrer que pour obtenir le droit de visite, la sécurité des enfants et de l’autre parent n’est pas compromise. Il faut créer des outils de dépistage et les utiliser pour évaluer la violence dans les processus précédant la médiation. Un suivi est nécessaire pour garantir la sécurité en permanence.

Voici quelques-uns des commentaires à ce sujet :

EXIGENCES LIÉES AUX DROITS DE VISITE

Bien que certains participants expriment une certaine frustration devant le manque de responsabilité affiché par les parents qui n’ont pas la garde dans de nombreux cas, ils s’entendent sur le fait que toute mesure correctrice (par ex. des amendes) risque de nuire aux enfants. On insiste moins sur le parent qui refuse le droit de visite, mais on exprime les mêmes opinions au sujet des mesures correctrices. L’émigration des parents en dehors de la province pose des difficultés particulières en raison des longues distances à parcourir pour exercer le droit de visite (coûts, logistique) et entrave les possibilités ouvertes au parent ayant la garde. Les participants soulignent la nécessité d’avoir d’autres types de services de soutien adaptés en dehors des tribunaux pour aider à résoudre ces conflits. Voici quelques-uns des commentaires :

LES PENSIONS ALIMENTAIRES POUR ENFANTS

Les changements récemment apportés par les Lignes directrices sur les pensions alimentaires pour enfants sont généralement bien acceptés. Toutefois, on critique beaucoup l’utilisation du temps comme principal déterminant du montant des pensions alimentaires (la règle du 40 p. 100), car elle établit un lien non souhaitable entre la pension alimentaire et le droit de visite. L’exécution des ordonnances est jugée insuffisante et défavorable aux femmes et aux enfants. Les participants qui ne connaissent pas le système d’application et ses limites se disent effarés du manque de procédures visant à assurer le paiement de la pension alimentaire pour enfants. On insiste beaucoup sur le fait que les organismes d’exécution en général ont besoin de ressources supplémentaires et sur la nécessité de légiférer à l’égard de la réciprocité d’exécution d’une province à l’autre. Voici d’autres commentaires :

RÉSUMÉ

Les participants aux ateliers de Terre-Neuve et du Labrador insistent sur le fait qu’il est plus important de disposer d’un système de services adaptés et de soutien, en particulier des services extérieurs au processus judiciaire (médiation, information et formation) et des services d’exécution des ordonnances existantes (droits de garde et de visite, pensions alimentaires pour enfants), que d’une nouvelle loi sur le divorce. Les services publics actuels (aide juridique, exécution des ordonnances alimentaires ) doivent disposer de ressources accrues. On reconnaît la nécessité d’une loi et de processus de soutien pour mieux régler les cas de violence. On recommande l’adoption de lois et de procédures visant à assurer le versement des pensions alimentaires pour enfants. La plupart des participants n’appuient pas les changements de terminologie proposés.

Ces groupes estiment en général que le système actuel censé appuyer les couples qui se séparent ou divorcent ainsi que leurs enfants n’est pas assez adapté et sensible et qu’il n’offre pas un accès adéquat et équitable aux solutions de rechange au processus judiciaire. Compte tenu du nombre d’adultes et d’enfants en cause, les participants estiment qu’il faut investir plus directement dans la création et l’amélioration de ces services.