Étude sur l'aide juridique et les langues officielles au Canada

SOMMAIRE DE GESTION

Les services d'aide juridique au Canada contribuent à améliorer l'accès à la justice en fournissant de l'assistance juridique à ceux et à celles qui ne peuvent se payer les services d'un avocat. Tout comme la pauvreté constitue un obstacle à la justice, la langue peut aussi entraver l'égalité d'accès à la justice. Pour ces motifs, et en conformité avec les règles de la justice naturelle, il faut assurer les services d'un interprète dans une instance judiciaire à toute partie ou témoin qui ne comprend pas ou ne parle pas la langue dans laquelle se déroule l'instance. D'ailleurs, l'existence de deux langues officielles au Canada crée des droits et des obligations supplémentaires qui vont au-delà des règles de la justice naturelle. Un certain nombre de dispositions constitutionnelles et législatives, comme celles sur le droit à un procès dans l'une ou l'autre des langues officielles (article 530 du Code criminel), assurent l'égalité de l'anglais et du français dans tout le Canada et dans tout le système de justice canadien. La prestation de services bilingues dans le cadre des régimes d'aide juridique peut donc permettre aux clients à faible revenu d'avoir accès à la justice. Le ministère de la Justice du Canada a entrepris ce projet de recherche pour :

Méthode

L'étude est principalement axée sur la prestation de services d'aide juridique en matière pénale, mais elle porte aussi sur d'autres domaines du droit comme le droit de la famille et d'autres questions de droit en matière civile. L'étude porte uniquement sur les services d'aide juridique assurés dans les dix provinces et ne vise pas les trois territoires. Ceux-ci font l'objet d'une étude distincte. La méthode retenue pour examiner les sujets de cette recherche comportait quatre opérations principales :

Les aspects linguistiques de l'aide juridique

Le Parlement s'est engagé à appuyer les groupes minoritaires parlant une des langues officielles et à promouvoir l'égalité de l'anglais et du français dans tout le Canada. Diverses dispositions constitutionnelles et législatives, comme celles que renferment la Charte canadienne des droits et libertés et le Code criminel, portent sur les langues officielles dans la mesure où elles touchent à des questions qui relèvent du gouvernement fédéral. En outre, certaines provinces ont adopté des politiques ou des lois régissant la prestation de services gouvernementaux dans les deux langues officielles.

Selon la Charte, l'anglais et le français sont les langues officielles du Canada, et l'une ou l'autre de ces langues peut être utilisée devant tout tribunal créé par le Parlement. De plus, toute personne qui ne peut comprendre ou parler la langue dans laquelle se déroule une instance a droit aux services d'un interprète.

Alors que la langue est abordée de manière générale dans la Charte, le Code criminel traite expressément de cette question dans le contexte de la procédure pénale en conférant à l'accusé le droit absolu d'utiliser l'une ou l'autre des langues officielles devant les tribunaux désignés. Selon la Cour suprême du Canada, l'article 530 du Code criminel fait appel au « bilinguisme institutionnel » en ce sens que les tribunaux qui instruisent des affaires pénales doivent toujours être en mesure d'utiliser également le français et l'anglais. La Cour suprême a aussi affirmé que l'objectif d'une telle disposition est de reconnaître l'identité linguistique et culturelle d'une personne, et d'y être réceptif, de sorte que cette dernière ne soit pas obligée de parler et de comprendre la langue de la majorité.

Puisque les régimes d'aide juridique relèvent des gouvernements provinciaux, les dispositions fédérales précitées ne les obligent pas à fournir des services dans les deux langues officielles. Cependant, ces dispositions, et surtout le sens qui leur est donné par la Cour suprême du Canada, exercent des pressions sur ces régimes pour qu'ils offrent des services d'aide juridique dans les deux langues officielles.

Il faut prendre en considération un certain nombre de principes liés à la prestation de services lorsque l'on élabore des politiques et des procédures ayant trait aux langues officielles. Des recherches approfondies dans ce domaine ont mené à la reconnaissance générale qu'une bonne méthode de prestation de services dans les langues officielles doit refléter les principes suivants :

Les régimes d'aide juridique offrent une vaste gamme de services juridiques : services d'information, représentation prévue par l'arrêt Brydges, avocats de garde et représentation par un avocat devant les tribunaux. Chacun de ces services a un objectif, une organisation et une méthode de prestation qui lui est propre. La prestation des services d'aide juridique dans la langue de la minorité doit être conforme aux principes mentionnés ci-dessus tout en étant adaptée aux caractéristiques de toutes les formes d'assistance offertes par l'aide juridique.

La complexité du droit et le caractère accusatoire de la procédure canadienne exigent une bonne communication entre un avocat et son client à toutes les étapes du processus. Ce dernier doit bien comprendre les questions en jeu, tant sur le plan de la procédure que du fond. En effet, sa capacité de donner des instructions à son avocat dépend de sa compréhension des questions soulevées. La communication est donc un élément essentiel de tous les échanges entre les juristes et leurs clients.

Résultats obtenus dans les diverses provinces

Dans la plupart des provinces canadiennes, les groupes minoritaires de langues officielles représentent une faible proportion de la population - de 0,5 pour cent à Terre-Neuve et au Labrador à 9,4 pour cent au Québec. Le Nouveau-Brunswick constitue un cas à part parce que les Acadiens et les francophones représentent un tiers de sa population et que l'égalité entre l'anglais et le français, et entre les deux communautés linguistiques, est reconnue dans la Constitution de cette province. D'ailleurs, les données du recensement de 1996 révèlent que le nombre de personnes dont la langue maternelle est celle de la minorité diminue en général, sauf dans l'Île-du-Prince-Édouard et en Ontario où ce nombre demeure relativement stable depuis plusieurs années. Le nombre de ces personnes a augmenté au Nouveau Brunswick et en Colombie-Britannique. Cela veut donc dire que l'accès à des services d'aide juridique dans la langue officielle de la minorité varie selon la province.

Les dispositions constitutionnelles et législatives qui sont en vigueur dans chaque province ont aussi des incidences sur l'existence de services d'aide juridique dans la langue officielle de la minorité. La plupart des régimes d'aide juridique ne sont pas tenus d'offrir leurs services dans les deux langues officielles, mais l'environnement politique dans lequel ils fonctionnent peut les inciter à le faire pour les raisons suivantes :

En plus des diverses obligations constitutionnelles et légales, les provinces ont adopté différents modes de prestation des services d'aide juridique. Par exemple, le Nouveau Brunswick et l'Ontario font appel aux avocats en pratique privée; Terre-Neuve et le Labrador, l'Île du Prince Édouard, la Nouvelle-Écosse, le Manitoba et la Saskatchewan font surtout appel à des avocats salariés; le Québec, l'Alberta et la Colombie-Britannique ont instauré un régime mixte (avocats salariés et avocats du secteur privé). Le degré de contrôle que peuvent exercer les régimes d'aide juridique sur leur capacité d'offrir ces services dans les deux langues officielles dépend du mode de prestation de services.

En l'absence de politiques officielles ou de lois sur la prestation de services dans la langue officielle de la minorité, des politiques informelles ont été adoptées dans le cadre de la plupart des régimes d'aide juridique. En général, l'aide juridique essaie de fournir au client qui le demande des services dans la langue officielle de son choix. La facilité avec laquelle un régime d'aide juridique peut répondre à une telle demande dépend en partie du type de service demandé et de l'existence d'avocats salariés ou du secteur privé qui parlent la langue officielle en cause.

En général, ces trois provinces sont les seules qui sont réellement en mesure de fournir des services d'aide juridique dans les deux langues officielles; les autres ont moins de ressources, mais plusieurs sont d'avis que celles-ci sont suffisantes en raison de la faiblesse de la demande de services dans la langue officielle de la minorité.

Les intervenants clés ont souligné certains points importants à prendre en considération lorsque l'on met sur pied et planifie la prestation de services d'aide juridique dans la langue officielle de la minorité. Par exemple :

En plus de ces considérations importantes, il existe un certain nombre d'obstacles à la prestation des services d'aide juridique dans la langue officielle de la minorité. Pour ce qui est des clients de l'aide juridique, ces obstacles ont trait à l'offre active de services.

En outre, il y a plusieurs entraves sur le plan organisationnel à la prestation de services d'aide juridique en anglais et en français, selon le mode de prestation et le type de services demandés.

Plusieurs facteurs influent sur la prestation de services d'aide juridique dans la langue officielle de la minorité, mais certains de ces facteurs peuvent être difficilement pris en considération par les régimes d'aide juridique. Par exemple, un régime d'aide juridique pourrait décider d'offrir activement ses services dans la langue officielle de la minorité tout en étant incapable de trouver des avocats bilingues disposés à offrir de l'aide juridique.

Les intervenants clés ont relevé un certain nombre de stratégies qui peuvent être élaborées pour améliorer ou étendre la prestation des services d'aide juridique dans la langue officielle de la minorité. Ces stratégies peuvent être réparties en trois catégories :

Stratégies visant les questions qui ont des répercussions directes sur les clients de l'aide juridique

Stratégies visant la capacité des régimes d'aide juridique à assurer des services dans les deux langues officielles

Stratégies visant le système d'aide juridique dans son ensemble

Il est impossible de régler tous les problèmes que pose la prestation des services d'aide juridique en injectant des fonds supplémentaires, mais cela permettrait d'en résoudre un certain nombre. Selon les résultats généraux de l'étude, les fonds fédéraux peuvent cibler les domaines suivants :


[1] La société PRA avait décidé à l'origine d'interroger des clients de l'aide juridique au cours des visites, mais elle n'a pas été en mesure de le faire à cause de la difficulté de trouver des clients prêts à participer à l'étude.