Contexte législatif : Projet de loi C-7 : Réponse législative du gouvernement du Canada à la décision Truchon de la Cour supérieure du Québec
Partie I – Projet de loi C-7 : Réponse législative du gouvernement du Canada à la décision Truchon
Le projet de loi C-7 est la réponse législative du gouvernement du Canada à la décision Truchon. Il est identique à l’ancien projet de loi C-7, qui a été présenté le 24 février 2020 et a expiré au Feuilleton au moment de la prorogation du Parlement en août 2020. L’élaboration du projet de loi repose sur les éléments de preuve déposés devant la Cour dans le dossier Truchon, ainsi que sur les travaux de recherche canadiens et internationaux, les données et les rapports de nature sociale, comme les rapports de décembre 2018 du Conseil des académies canadiennesNote de bas de page 4. Le projet de loi s’appuie également sur l’expérience des régimes internationaux d’AMMNote de bas de page 5 (voir l’Annexe A), sur l’expérience canadienne au cours des quatre dernières années, et, plus récemment, sur les consultations sur l’AMM que le gouvernement du Canada a tenues en début d’année.
Au cours du mois de janvier 2020 et au début de février, le gouvernement du Canada a mobilisé le public canadien ainsi que les provinces et les territoires, les groupes autochtones, les fournisseurs de soins de santé, les experts et des intervenants clés en vue de recevoir leurs commentaires sur l’élargissement du régime législatif canadien sur l’AMM pour donner suite à la décision Truchon :
- Plus de 300 000 Canadiens ont participé aux consultations en ligne entre le 13 et le 27 janvier 2020.
- Le ministre de la Justice et procureur général du Canada, David Lametti, la ministre de la Santé, Patty Hajdu, et la ministre de l’Emploi, du Développement de la main-d’œuvre et de l’Inclusion des personnes handicapées, Carla Qualtrough, ont rencontré des experts, des fournisseurs de soins de santé, des associations de professionnels de la santé et des organismes de réglementation, des représentants des personnes handicapées, des organisations autochtones et d’autres intervenants clés (plus de 125 participants au total), afin de les consulter directement sur la révision du régime législatif fédéral sur l’AMMNote de bas de page 6.
- Les ministres et les hauts fonctionnaires ont également demandé l’avis de leurs homologues provinciaux et territoriaux pour répondre à la décision Truchon.
Les réformes législatives proposées sont conçues pour donner suite à la décision Truchon dans le délai fixé par la Cour et cibler d’autres enjeux relatifs à l’AMM à l’égard desquels il existe un fort appui. D’autres questions plus larges et plus complexes liées à l’AMM, comme la question de l’AMM pour les personnes dont la maladie mentale est la seule condition médicale invoquée et les demandes anticipées à la suite d’un diagnostic d’une maladie limitant les capacités, seront abordées dans le cadre de l’examen parlementaire des dispositions législatives fédérales sur l’AMM et de la situation des soins palliatifs au Canada.
Afin d’appuyer la mise en œuvre des réformes législatives proposées, la ministre de la Santé travaillerait en collaboration avec les provinces et les territoires, les partenaires du système de santé, y compris les fournisseurs de l’AMM et les réseaux de coordination des soins, et les organismes de réglementation et de contrôle des pratiques en matière de santé publique, afin d’aider à l’élaboration, la surveillance et la présentation de rapports à l’égard de lignes directrices, de formations, de procédures d’examen rétrospectif et de résultats en lien avec l’AMM.
Objectifs législatifs
Le préambule du projet de loi en expose le principal objectif, soit d’établir un équilibre entre plusieurs intérêts et valeurs sociétales, notamment l’autonomie des personnes admissibles à l’AMM, les droits à l’égalité protégés par la Charte, la nécessité de protéger les personnes vulnérables contre toute incitation à mettre fin à leur vie, et la reconnaissance du suicide en tant qu’enjeu important de santé publique. Il énonce également une série d’affirmations et de principes sur lesquels est fondée la réponse à la décision Truchon, notamment le caractère opportun de ne plus limiter l’admissibilité à l’AMM aux personnes dont la mort naturelle est raisonnablement prévisible, l’affirmation de la valeur inhérente et égale de la vie de chaque personne, les obligations du Canada comme État partie à la Convention relative aux droits des personnes handicapées des Nations Unies, et la nécessité de tenir des consultations et études additionnelles sur l’AMM pour certains types de situations qui présentent davantage de complexité et de risques, notamment les demandes anticipées d’AMM et les demandes où la maladie mentale est la seule condition médicale invoquée.
Aperçu de réformes législatives proposées
En résumé, le projet de loi propose d’apporter au Code criminel les modifications ci-après au régime d’AMM :
- Critères d’admissibilité : abroger l’exigence de la « mort naturelle raisonnablement prévisible » et préciser que l’AMM n’est pas permise lorsque la maladie mentale est la seule condition médicale invoquée;
- Mesures de sauvegarde : créer deux séries de mesures de sauvegarde – une série de mesures de sauvegarde assouplies pour les personnes dont la mort naturelle est raisonnablement prévisible, et une deuxième série de mesures de sauvegarde nouvelles et clarifiées pour les personnes dont la mort naturelle n’est pas raisonnablement prévisible;
- Consentement préalable : permettre l’administration de l’AMM à une personne, sur le fondement d’un consentement préalable (en d’autres termes, par effet de la loi, l’exigence du consentement final au moment de l’administration de l’AMM ne s’appliquerait pas), dont la mort naturelle est raisonnablement prévisible et qui a été évaluée et approuvée pour l’AMM, si elle perd la capacité de consentir avant la date choisie pour la procédure, et a conclu une entente par écrit avec un médecin; permettre par consentement préalable la prestation de l’AMM par un médecin à la suite d’un échec de l’auto-administration de l’AMM;
- Régime de surveillance : accroître les exigences de rapports sur le fondement des expériences avec le régime fédéral de surveillance de l’AMM.
Les sections ci-après expliquent plus en détails chacune des modifications proposées.
- Date de modification :