Tableau de bord sur l’état du système de justice pénale
Comprendre les expériences des jeunes ayant des démêlés avec la justice avec d’autres systèmes sociaux
Les sections qui suivent donnent un aperçu des expériences des jeunes ayant des démêlés avec la justice avec d’autres systèmes sociaux, comme les interventions de la part des systèmes éducatifs et d’aide à l’enfance. À l’instar des expériences des jeunes en tant que victimes et survivants, ainsi que d’accusés et délinquants, il convient de noter le rôle que jouent les inégalités structurelles et la discrimination systémique plus générales dans l’évolution de l’expérience et du traitement des jeunes de divers établissements sociaux. Pour des renseignements supplémentaires, veuillez cliquer sur jeunes autochtones et jeunes noirs. Pour obtenir des ressources supplémentaires sur les jeunes et le système canadien de justice pénale pour les jeunes, cliquez sur bibliographie.
Le système éducatif
De nombreux jeunes ayant des démêlés avec la justice font également l’objet d’une intervention de la part du système éducatif. Les jeunes qui ont de multiples facteurs de risque associé au comportement criminel, comme des incidents de victimisation antérieurs, des expériences négatives dans l’enfance et des troubles neurodéveloppementaux, peuvent faire preuve d’un intérêt moindre relativement à leur éducation, avoir des conflits avec d’autres à l’école (comme les pairs, les enseignants et les autres employés de l’école) et aller à l’école de manière intermittente. Par conséquent, ces jeunes sont à risque élevé d’être assujettis à une mesure disciplinaire scolaire sévère, comme des suspensions et des expulsions. Ces mesures disciplinaires utilisées dans les milieux scolaires peuvent avoir des répercussions négatives sur les jeunes à risque et accroître leur probabilité d’abandonner l’écoleNote de bas de page74, Note de bas de page75. Les universitaires ont fait valoir que les mesures disciplinaires scolaires peuvent représenter un point tournant important dans la vie de nombreux jeunes en les orientant vers un risque accru de commettre des infractions criminelles, d’arrestation et de détention sous garde – un processus appelé le pipeline de l’école à la prisonNote de bas de page76. La recherche a permis de conclure que les écoles utilisent de telles politiques et pratiques disciplinaires pour expulser les étudiants non-désirés et sont utilisées de manière disproportionnée contre les élèves racialisésNote de bas de page77. Par exemple, une étude a révélé qu’en Ontario, les élèves noirs de sexe masculin subissent des suspensions d’école tout au long de leurs études (de la maternelle au secondaire) à un taux quatre fois plus élevé que celui de leurs camarades blancsNote de bas de page78.
Le système d’aide à l’enfance
En plus du système éducatif, de nombreux jeunes ayant des démêlés avec la justice sont exposés à des interventions et à une exposition multiple du système d’aide à l’enfance. Les jeunes qui subissent de multiples formes d’intervention du système social, aussi appelés adolescents qui chevauchent le système de protection de la jeunesse et le système de justice pénale, sont à risque élevé d’avoir des résultats négatifs pendant et après la prise en chargeNote de bas de page79. Cela s’explique en partie du fait que les jeunes placés en famille d’accueil sont plus susceptibles que les autres jeunes d’avoir des démêlés avec le système de justice – découlant souvent d’un conflit entre l’adolescent et ses aidants familiaux. Habituellement, lorsqu’un adolescent se comporte mal dans son foyer familial, la situation est réglée sans intervention policière. Toutefois, en situation de famille d’accueil, y compris les foyers de groupe, les aidants familiaux sont plus susceptibles de percevoir les jeunes qui se comportent mal comme menaçants, ce qui les amène à appeler la policeNote de bas de page80. Selon la recherche, les policiers sont plus susceptibles de porter des accusations criminelles contre les jeunes pris en charge que les jeunes qui ne sont pas pris en chargeNote de bas de page81.
Tout comme le système de justice pénale pour les jeunes, les jeunes autochtones, noirs et autres jeunes racialisés sont largement surreprésentés dans le système d’aide à l’enfanceNote de bas de page82. Ce réseau d’interventions multi-systèmes, souvent perpétuées par la discrimination systémique, rend les jeunes autochtones, noirs et racialisés plus susceptibles d’avoir des démêlés avec le système de justice pénale pour les jeunes et d’aggraver les répercussions négatives que ces interventions peuvent avoir sur la vie de ces jeunes.
Jeunes adultes et l’arrêt d’être pris en charge par le système de protection de la jeunesse
La transition vers l’âge adulte est une période importante, difficile et incertaine pour les jeunesNote de bas de page83. En général, les jeunes commencent le processus d’« émergence de l’âge adulte » entre la fin de l’adolescence et le début de la vingtaine, alors qu’ils commencent lentement à établir leur indépendance. Même si certains jeunes peuvent faire une transition harmonieuse vers l’âge adulte, d’autres peuvent faire face à des obstacles qui les empêchent d’atteindre les jalons traditionnels de l’âge adulte, comme vivre de façon autonome, terminer l’école et établir leur indépendance financière. Au cours des dernières décennies, la transition vers l’âge adulte s’est faite de plus en plus tard dans la vie des jeunes. La plupart des jeunes éprouvent des retards dans l’atteinte de ces jalons traditionnels associés à l’âge adulteNote de bas de page84.
Les adolescents qui cessent d’être pris en charge par le système de protection de la jeunesseNote de bas de page85 sont plus susceptibles d’avoir des résultats négatifs à court et à long terme, par rapport aux jeunes qui n’ont pas été sous la responsabilité légale du gouvernement. Par exemple, les adolescents qui cessent d’être pris en charge par le système de protection de la jeunesse sont moins susceptibles d’être employés et de poursuivre des études postsecondaires et sont plus susceptibles de connaître la pauvreté et l’instabilité financière, l’itinérance, les problèmes de consommation d’alcool et d’autres drogues, les troubles mentaux et des démêlés avec le système de justice pénaleNote de bas de page86. En fait, les chercheurs ont fait remarquer que les jeunes qui sont pris en charge sont plus susceptibles de recevoir un casier judiciaire qu’un diplôme d’études secondairesNote de bas de page87. En ce qui a trait aux adolescents qui chevauchent le système de protection de la jeunesse et le système de justice pénale, la transition vers l’âge adulte peut comporter de nombreux défis apparemment insurmontables en raison de circonstances qui peuvent avoir contribué à leur participation multi-systémique, y compris au système de justice, et qui ont pu l’aggraverNote de bas de page88. Les adolescents qui chevauchent le système de protection de la jeunesse et le système de justice pénale et qui cessent d’être pris en charge par le système de protection de la jeunesse sont plus susceptibles de subir une marginalisation sociale et économique continue jusqu’à l’âge adulte, ce qui peut entraîner un risque supplémentaire de récidive.