Faire des plans - Guide sur les arrangements parentaux après la séparation ou le divorce

Section 3 : Le rôle parental après la séparation — Donnez la priorité à vos enfants

Quand vous et l’autre parent formiez un couple, vos rapports en tant que couple et parents étaient liés. Après votre séparation ou votre divorce, vous n’êtes plus dans une relation de couple et vous devez essayer de former une nouvelle relation en tant que coparents.

L’élément principal des relations coparentales est le fait qu’elles se concentrent sur ce qu’il y a de mieux pour l’enfant. Il y a de nombreuses formes de relations coparentales. La nature de votre relation coparentale dépendra de nombreux facteurs, entre autres à quel point vous vous entendez bien avec l’autre parent. Par exemple, des parents sont capables de se rencontrer régulièrement pour discuter de questions concernant les enfants. D’autres trouvent la chose difficile et préfèrent communiquer par courriel ou par texto, et seulement si c’est nécessaire.

Une relation coparentale est une relation entre des parents séparés ou divorcés qui met l’accent sur ce qu’il y a de mieux pour l’enfant. Il existe de nombreux types de relations coparentales.

Si votre relation coparentale semble difficile, essayez de suivre ces règles :

  • Vous et l’autre parent pouvez attendre l’un de l’autre seulement ce dont il a été convenu verbalement ou par écrit
  • Gardez les rencontres entre vous et l’autre parent relativement formelles — assurez-vous de vous rencontrer dans un endroit neutre (dans un café, par exemple), à une heure précise, et d’avoir une liste de questions dont vous voulez discuter
  • Restez détachés l’un de l’autre sur le plan émotionnel
  • Évitez de vous communiquer des renseignements personnels, à moins que ces renseignements aient un lien avec vos rôles de parents
  • Tâchez de ne pas interpréter les courriels et les textos. Une personne qui semble en colère ou sarcastique dans ses courriels ou ses textos peut ne pas avoir voulu que son message soit compris de cette manière.
  • Trouvez une forme de communication qui vous convient à tous les deux. Déterminez quel est le délai de réponse raisonnable.

Le passage d’une relation de couple à une relation coparentale ne se fait pas du jour au lendemain. Vous devrez y investir beaucoup d’énergie. Il pourrait s’écouler un certain temps avant que vous et l’autre parent appreniez à communiquer en tant que coparents.

Parfois, lorsque des parents séparés se disputent au sujet de leurs enfants, il n’est pas vraiment question des enfants. Leurs disputes peuvent porter en réalité sur des choses qui sont survenues lorsqu’ils étaient en couple. Ils peuvent essayer de contrôler l’autre par l’entremise de leurs enfants. Vous devrez essayer de faire la distinction entre les sentiments que vous éprouvez à l’égard de l’autre parent et ceux que vous éprouvez pour vos enfants.

Si vous craignez pour votre sécurité, une relation coparentale dans laquelle vous devez travailler en étroite collaboration avec l’autre parent peut ne pas être appropriée. Vous trouverez des suggestions sur les horaires de temps parental et des façons de prendre des décisions lorsque vous avez des préoccupations en matière de sécurité dans la Section 6 : Situations particulières.

Si vous ou une personne que vous connaissez est en danger immédiat, appelez le 9-1-1 ou votre service de police local.

Quelques conseils pour travailler ensemble

Tandis que vous apprenez à être coparent, n’oubliez pas :

  • De vous employer à mettre de côté votre colère et à coopérer pour faire passer les besoins de vos enfants en premier
  • D’être poli et de traiter l’autre parent avec respect
  • D’éviter le sarcasme, l’impolitesse et les insultes
  • De garder vos communications brèves et précises

Cela peut être difficile, surtout si vous éprouvez de vifs sentiments négatifs envers l’autre parent. Cependant, si vous traitez l’autre parent avec respect, vous avez plus de chances qu’il écoute ce que vous dites.

Vous n’avez pas besoin d’être ami avec l’autre parent, mais vous devez trouver une façon de travailler ensemble comme parents dans l’intérêt de vos enfants.

Soyez prêt à avoir de franches discussions avec l’autre parent au sujet de vos enfants. Quand vous étiez un couple, vous viviez ensemble et vous pouviez tenir certaines façons de faire pour acquises. Dans une relation coparentale, vous devez être clair au sujet de vos attentes et du partage des responsabilités.

Par exemple, à quelle fréquence allez-vous communiquer l’un avec l’autre? Le ferez-vous par téléphone, par courriel, par texto ou en personne? Devrait-il y avoir des règles au sujet du moment où vous pouvez communiquer entre vous, par exemple, pas d’appels le soir, sauf en cas d’urgence? Êtes-vous à l’aise d’entrer dans la maison de l’autre quand vous venez reconduire les enfants, ou allez-vous attendre à l’extérieur?

Pensez aux occasions spéciales dans la vie de vos enfants — les anniversaires, les congés scolaires, les fêtes religieuses (comme Noël, Hanoukka ou Eid al-Fitr), les activités culturelles (comme les pow-wow ou les festivals) ou leur remise de diplômes. Vos enfants vont-ils les apprécier s’ils craignent que leurs parents se disputent ou les fassent sentir coupables de passer du temps avec l’autre parent? Ou ces occasions sont-elles plus significatives pour vos enfants si vous et l’autre parent pouvez mettre de côté vos différends et mettre au point un plan qui accorde la priorité à vos enfants?

De nombreux professionnels peuvent vous aider à travailler sur votre relation coparentale. Des conseillers juridiques, des conseillers, des médiateurs, des coordonnateurs parentaux et des conseillers parentaux peuvent vous aider à trouver de nouvelles façons d’être parents ensemble.

La coordination parentale est une procédure axée sur l’enfant qui permet de régler les différends relatifs au rôle parental après qu’une entente a été prise ou une ordonnance a été rendue au sujet du temps parental, des responsabilités parentales ou des contacts. Les coordonnateurs parentaux peuvent être des conseillers juridiques, des professionnels de la santé mentale, des travailleurs sociaux, des thérapeutes familiaux, des médiateurs ou des arbitres.

Un conseiller parental est une personne qui aide les parents à adopter de nouvelles stratégies, idées et attitudes à l’égard de leur rôle parental. Les conseillers parentaux mettent l’accent sur l’avenir et aident les parents à acquérir des habiletés leur permettant de résoudre leurs problèmes.

Comment améliorer vos techniques de communication avec l’autre parent

L’apprentissage de techniques de communication positive peut vous aider à régler des problèmes relatifs au rôle parental. Voici quelques suggestions pour vous aider à communiquer.

Préparez-vous

Parfois lorsque nous sommes inquiets ou stressés, il est difficile de nous souvenir de tout ce que nous voulons dire. Si vous voulez parler à l’autre parent de sujets importants, essayez de noter vos idées point par point. Cette pratique peut aussi vous aider à bien réfléchir aux différents points.

Écoutez

Écouter semble facile, mais parfois, nous commençons à parler avant même d’avoir écouté ce que l’autre personne a à dire. L’autre personne peut ainsi avoir l’impression de ne pas avoir été entendue. Cela peut aussi créer des malentendus.

Lorsque vous avez été un couple, il peut parfois être très facile de sauter aux conclusions sur ce que l’autre va dire, en vous basant sur vos expériences passées. Il peut aussi être très facile de « jouer sur les points sensibles de l’autre ». Il est important de prendre du recul et de mettre vos idées préconçues de côté.

Essayez d’écouter objectivement ce que l’autre parent dit réellement — pas ce que vous pensez qu’il va dire.

Essayez d’écouter tout ce que l’autre parent dit avant :

  • de décider de la façon dont vous allez réagir
  • de commencer à parler

Utilisez le « je »

Vous pouvez faire des phrases en utilisant le « je » pour exprimer vos besoins et vos sentiments sur un point. Elles peuvent vous aider à vous concentrer sur votre vision des choses au lieu de blâmer l’autre parent. Voici un exemple de phrase où l’on utilise le « je » :

« Je suis vraiment triste parce que Sarah me dit qu’elle s’ennuie de moi. Selon l’horaire, nous nous voyons les mercredis, mais ces temps-ci, je travaille souvent ces jours-là. J’aimerais que nous cherchions ensemble une solution à ce problème. »

Évitez les phrases au « tu » qui mettent l’accent sur ce que l’autre parent a fait de mal, selon vous.

« Tu ne me laisses pas voir Sarah quand je veux. »

Les phrases au « tu » peuvent mettre l’autre parent sur la défensive et compliquer la recherche de solutions.

Reformuler

Le fait de reformuler ou de répéter ce que vous croyez que l’autre parent a dit peut vous aider à communiquer.

Cette pratique montre que vous êtes à l’écoute. Elle peut aussi montrer que vous avez compris ce que l’autre parent a dit. En reformulant, vous n’exprimez pas forcément votre accord avec l’autre parent, mais plutôt le fait que vous l’avez entendu.

Voici à quoi ressemblerait une reformulation :

« Si je te comprends bien, tu aimerais passer plus de temps avec Sarah, mais c’est difficile pour toi les mercredis parce que tu travailles souvent. Tu aimerais que nous trouvions une solution qui tiendrait compte de ton horaire de travail. »

Concentrez-vous sur votre enfant

Une fois que tout le monde a été entendu et que vous avez cerné le problème, il est important que vous travailliez tous deux à trouver une solution.

Les discussions devraient être axées sur les besoins de vos enfants et sur ce qui est le mieux pour eux. Comment pouvez-vous satisfaire à leurs besoins? Vous devez aussi être pratiques et réalistes. Par exemple, quand vous parlez de l’horaire de temps parental, vous devez tenir compte de questions comme l’horaire de travail de chaque parent et les options concernant le transport.

Le fait de vous concentrer sur les besoins de vos enfants peut aider à détourner l’attention de ce que chaque parent « veut » ou « abandonne ». Cela peut signifier qu’au bout du compte, l’arrangement peut être moins commode pour vous, mais il est important de faire ce qui convient le mieux à vos enfants.

Voici à quoi ressemblerait une discussion où l’accent est mis sur vos enfants :

« Je sais que Sarah s’ennuie de toi. Examinons l’horaire des activités de Sarah pour voir s’il y a une façon de faire en sorte qu’elle te voie plus souvent. »

Il serait utile que vous et l’autre parent vous encouragiez mutuellement à proposer des solutions. Il sera plus facile pour vous deux de vous entendre sur une décision à laquelle vous avez tous deux activement participé.

Voici à quoi ressemble une invitation à fournir plus d’une solution :

« Comment crois-tu que nous pourrions organiser l’horaire afin que Sarah te voie plus souvent? »

« Que vois-tu comme options pour que je puisse passer plus de temps avec Sarah? »

Lorsque vous ne pouvez pas communiquer en personne

S’il y a encore beaucoup de conflits entre vous et l’autre parent ou s’il y a des préoccupations au sujet de la sécurité en raison d’antécédents de violence, vous n’êtes peut-être pas capable de discuter de certains points en personne. Vous pourriez plutôt communiquer :

  • par courriel ou par texto. Cela vous permet de réfléchir à votre réponse avant de l’envoyer. Si vous discutez d’un point qui pourrait engendrer une dispute, il peut être utile de rédiger votre message et de le laisser de côté avant de l’envoyer. Un courriel et, jusqu’à un certain point les textos, peuvent aussi servir de compte rendu de vos discussions, et vous pourrez vous y reporter au besoin. N’oubliez pas que toutes les communications écrites peuvent être une preuve de bons et de mauvais comportements. Pour obtenir quelques conseils sur l’utilisation des courriels ou des textos pour communiquer, consultez l’annexe A : Conseils au sujet de l’utilisation des communications électroniques.
  • avec l’aide d’un professionnel, comme un médiateur ou un conseiller.

Vos obligations aux termes de la Loi sur le divorce

Les parents ont certaines obligations à respecter aux termes de la Loi sur le divorce.

1. Intérêt de l’enfant

Si vous avez une ordonnance parentale rendue par un tribunal qui décrit le temps parental ou les responsabilités décisionnelles des parents, ou bien une ancienne ordonnance de garde (rendue avant le 1er mars 2021) en vertu de la Loi sur le divorce, vous avez l’obligation d’agir dans l’intérêt de votre enfant. Par exemple, si vous choisissez une école, vous et l’autre parent devriez, autant que possible, prendre votre décision en fonction de l’école qui profitera le plus à votre enfant.

2. Protection des enfants contre les conflits

Si vous êtes partie à une procédure judiciaire en vertu de la Loi sur le divorce, vous avez l’obligation de faire de votre mieux pour protéger vos enfants des conflits. Cela signifie que vous devriez, par exemple, éviter de discuter des détails de votre dossier judiciaire avec vos enfants.

Vous trouverez d’autres renseignements et des conseils sur la façon de protéger vos enfants ci-dessous.

3. Mécanisme de règlement des différends familiaux

Selon la Loi sur le divorce, vous devez essayer de régler vos différends au moyen d’un mécanisme de règlement des différends familiaux, comme la médiation, à condition que cela soit approprié. Le règlement des différends familiaux peut être plus rapide, moins coûteux et plus collaboratif que les procédures judiciaires. Pour obtenir plus d’information sur le règlement des différends familiaux, reportez-vous aux « Options pour élaborer un arrangement parental », à la Section 5.

Le règlement des différends familiaux n’est pas approprié dans tous les cas. Par exemple, s’il y a eu de la violence familiale et qu’il y a toujours des questions ou des préoccupations concernant la sécurité, il pourrait être plus approprié de parler à un conseiller juridique au sujet de vos différentes options. Pour obtenir plus d’information, consultez la Section 6 : Règlement des différends familiaux lorsqu’il y a des antécédents de violence familiale .

4. Renseignements complets, exacts et à jour

Les tribunaux ont besoin de renseignements complets, exacts et à jour pour rendre les meilleures ordonnances possibles pour chaque famille. Cela signifie que vous devrez fournir tous les renseignements demandés et vous assurer qu’ils sont exacts et à jour. Par exemple, les tribunaux doivent avoir les renseignements sur les revenus des parents pour calculer des montants justes et exacts de pension alimentaire pour enfants. Il est dans l’intérêt de l’enfant que vous fournissiez tous les renseignements nécessaires dès qu’on vous les demande.

5. Obligation de respecter les ordonnances

Vous devez respecter les ordonnances des tribunaux. Le fait de ne pas les respecter peut entraîner de graves conséquences légales.

Le tribunal rend une ordonnance qu’il estime être dans l’intérêt de l’enfant. Il pourrait y avoir plus tard un changement dans votre vie ou dans celle de vos enfants que l’ordonnance du tribunal n’avait pas prévu. Si vous croyez que votre ordonnance ne convient plus à votre situation ou à celle de vos enfants, vous devriez vous adresser de nouveau au tribunal pour la faire modifier afin qu’elle reflète la nouvelle situation.

Pour obtenir plus d’information sur l’importance de respecter les ordonnances du tribunal, consultez la partie intitulée « Respecter les conditions de votre entente ou ordonnance », à la Section 6.

Protéger vos enfants des conflits

L’une des choses les plus importantes que vous pouvez faire pour vos enfants consiste à les protéger des conflits entre vous et l’autre parent. Les parents ont cette obligation en vertu de la Loi sur le divorce. La recherche montre clairement que le minimum de conflits entre les parents est essentiel au bien-être des enfants après la séparation ou le divorce. Les conflits créent un climat de tension qui peut être néfaste pour les enfants. C’est vrai même s’il n’y a pas de violence physique ou psychologique.

Cela signifie que vous et l’autre parent devriez vous traiter avec respect devant vos enfants.

Si le conflit perdure, il peut être une source de stress, de crainte et de problèmes psychologiques et comportementaux chez les enfants. Par exemple, des études révèlent que les conflits entre les parents peuvent avoir une incidence sur :

  • la santé physique, psychologique et émotionnelle des enfants
  • les interactions sociales des enfants — avec vous, les autres membres de la famille, leurs amis, et même avec leurs propres conjoints et leurs propres enfants plus tard
  • la réussite scolaire des enfants

Les parents donnent aussi un mauvais exemple à leurs enfants s’ils entretiennent le conflit entre eux. Cela ne leur montre pas à régler des désaccords de façon saine. Voici certaines choses que vous devriez garder à l’esprit pour protéger vos enfants des conflits.

  • Ne vous disputez pas devant vos enfants
  • Ne vous disputez pas là où vos enfants pourraient vous entendre
  • Ne demandez pas aux enfants de transmettre des messages à l’autre parent
  • N’essayez pas de punir l’autre parent :
    • en lui refusant de passer du temps avec les enfants
    • en refusant que les enfants passent du temps dans sa famille élargie
    • en ne payant pas la pension alimentaire pour enfants
  • Ne demandez pas à vos enfants de prendre pour vous contre l’autre parent
  • Ne laissez pas traîner les documents juridiques là où vos enfants pourraient les voir
  • Ne parlez pas à vos enfants de vos problèmes avec l’autre parent ou avec son conseiller juridique
  • N’utilisez pas vos enfants comme une source de soutien affectif
  • Ne punissez pas vos enfants s’ils se sont mal comportés en les empêchant de voir l’autre parent
  • Ne découragez pas l’intérêt que votre enfant porte à l’autre parent et aux membres de sa famille élargie
  • Ne parlez pas en mal de l’autre parent aux enfants ou lorsqu’ils peuvent vous entendre. Ne laissez pas d’autres personnes (par exemple, des amis, vos parents ou des membres de votre famille ou votre nouveau conjoint) le faire non plus. Si vous et l’autre parent ne vous entendez pas sur un point, par exemple l’horaire des vacances des enfants, n’en parlez pas devant eux. Prévoyez plutôt un moment où vous et l’autre parent pourrez en parler au téléphone, ou convenez de communiquer par courriel ou par texto. Si vous n’arrivez toujours pas à régler le différend de cette façon, vous pouvez demander l’aide d’un conseiller, d’un médiateur, d’un aîné, d’un guide spirituel ou d’un conseiller juridique.

Nicolas entre les deux

Nicolas avait l’estomac noué en écoutant ses parents se disputer. Le ton de la discussion montait, et il savait qu’elle allait dégénérer encore une fois en un affrontement total d’une minute à l’autre. Il a fermé la porte de sa chambre et a monté le volume de sa musique.

Aussi loin que remontaient ses souvenirs, ses parents se disputaient. Ils s’étaient disputés avant le divorce. Ils ont continué à le faire après le divorce. Ils se disputaient au sujet de choses aussi banales que l’heure du coucher de Nicolas. Ils se disputaient au sujet de choses importantes comme qui devait payer des aliments pour enfants.

Le pire, c’est qu’ils se disputaient sans cesse devant Nicolas. Ils se disputaient sur le perron lorsque l’un ou l’autre venait chercher Nicolas. Ils se disputaient au téléphone alors qu’il essayait de dormir. Une fois, ils se sont même disputés pendant le spectacle à son école! Nicolas avait eu honte devant les autres enfants, leurs parents et ses professeurs. Il lui avait fallu beaucoup de temps pour pardonner à ses parents cette fois-là, mais cela n’avait rien changé. Ils ont simplement continué à se disputer.

Nicolas était convaincu qu’il était la raison de leurs disputes. Après tout, ils se disputaient toujours à son sujet : où il allait coucher ce soir-là, qui devait payer ses cours de piano et qui allait le conduire à l’école. Quoi d’autre pouvait être à l’origine de ces disputes? Il n’arrivait pas à se concentrer à l’école et il avait perdu tout intérêt pour le piano. Il n’invitait plus ses amis chez lui parce qu’il craignait qu’ils entendent ses parents se disputer à tue-tête. Donc, il passait le plus clair de son temps dans sa chambre — seul.

Monsieur Dupuis, le professeur favori de Nicolas, avait remarqué qu’il semblait malheureux et que ses notes baissaient. Un jour, il a demandé à Nicolas si celui-ci aimerait lui parler de quelque chose. Nicolas était si heureux d’avoir quelqu’un d’autre que ses parents à qui parler que sans même s’en rendre compte, il avait tout dit à monsieur Dupuis des disputes de ses parents et des sentiments que cela causait chez lui.

Avec sa permission, monsieur Dupuis a appelé les deux parents de Nicolas. Il leur a expliqué que Nicolas se sentait responsable de leurs disputes et que cela l’affectait. Les parents de Nicolas ont trouvé difficile d’entendre l’effet que leur comportement avait sur leur fils, mais ils ont commencé à réaliser que les choses devaient changer.

Plus tard la même semaine, son père a décidé d’appeler le conseiller familial que son médecin lui avait recommandé lorsque lui et la mère de Nicolas s’étaient séparés. Le père de Nicolas y est d’abord allé seul, mais après deux ou trois séances, le conseiller l’a encouragé à demander à la mère de Nicolas d’y participer. La mère de Nicolas craignait que la séance de counseling se transforme en une nouvelle dispute, mais elle a décidé d’essayer, pour Nicolas.

Même si ça n’a pas été facile, ils ont rencontré le conseiller à quelques reprises et ils en sont ressortis avec des façons de tenir Nicolas à l’écart de leurs conflits. Ils ont convenu que peu importe à quel point ils pouvaient être en colère l’un contre l’autre, leur amour pour Nicolas était plus fort que tout, et ils devaient lui accorder la priorité. Ils ont décidé qu’en cas de problème, ils communiqueraient par courriel ou ils rencontreraient le conseiller de nouveau pour le régler.

Après ces rencontres avec le conseiller, les parents de Nicolas se sont assis avec leur fils et ils lui ont expliqué qu’il n’était pas responsable de leur divorce. Ils se sont excusés de s’être disputés devant lui et lui ont dit qu’ils croyaient tous deux que ce serait peut-être une bonne idée qu’il parle à un conseiller de ses sentiments.

Nicolas s’est senti soulagé de savoir qu’il n’aurait plus à les entendre se disputer. Il était sûr que les choses allaient s’améliorer.

Les jeux auxquels les parents jouent parfois

Les parents mêlent parfois leurs enfants à leurs conflits sans s’en apercevoir. Vous avez peut‑être entendu parler de parents en processus de séparation qui utilisent leurs enfants l’un contre l’autre.

Les enfants doivent déjà composer avec de nombreux changements et de nombreuses émotions. Ils n’ont pas besoin d’être mêlés aux conflits entre leurs parents, même si leurs parents n’ont pas toujours l’intention de le faire. Les parents qui agissent ainsi sont habituellement en colère ou ont l’impression qu’ils ne peuvent pas communiquer avec l’autre parent. Peu importe les raisons pour lesquelles les parents le font, ce comportement peut être néfaste pour leurs enfants.

Vous ne voulez pas mêler vos enfants à votre conflit. Voici donc quelques exemples des comportements à éviter.

L’enfant vu comme « l’enjeu »

Dans des situations de conflit, l’un des parents peut essayer de « gagner » en amenant un enfant de son « côté ». « L’enjeu » est d’amener l’enfant à croire que ce parent a « raison » et que l’autre parent a « tort ». Un parent pourrait en dire trop à l’enfant sur les causes du divorce, ou faire des commentaires désobligeants sur l’autre parent.

Il n’y a pas de gagnant lorsque des enfants sont blessés. Au fil du temps, les enfants peuvent se fâcher contre le parent qui avait « gagné » en premier. En vieillissant, à mesure que les enfants comprennent mieux ce qui s’est passé, ils peuvent sentir qu’ils ont été manipulés.

L’enfant comme « monnaie d’échange »

Un parent peut parfois menacer l’autre parent pour amener ce dernier à se comporter d’une certaine façon.

« Si tu ne paies pas la pension alimentaire pour enfants que tu dois payer, je ne te laisserai pas les voir. »

« Si tu ne me dis pas ce que tu fais de l’argent que je te donne, je vais arrêter de payer la pension alimentaire pour enfants. »

« Si tu n’arrêtes pas de fréquenter ton nouveau conjoint, je ne te laisserai pas voir les enfants aussi souvent. »

Lorsque des parents agissent de cette façon, ils mettent probablement l’accent sur leur relation l’un avec l’autre et non sur leurs enfants.

L’enfant comme messager

Parfois, les parents ne se parlent pas directement. Ils peuvent envoyer plutôt des messages par leurs enfants.

« Tu diras à ton père que lorsque tu es chez lui, tu dois faire tes devoirs. »

« Tu diras à ta mère qu’il vaudrait mieux que son avocat cesse de m’appeler! »

« Tu diras à ta mère de me remettre les vêtements que j’ai achetés pour toi. »

Dans de telles situations, les enfants sont pris au cœur du conflit et ils peuvent se sentir stressés et angoissés. Vous devez plutôt communiquer directement avec l’autre parent sur tout ce qui concerne le rôle parental. Essayez de ne pas faire jouer à vos enfants le rôle d’intermédiaire.

Monica la messagère

Anika et Ramesh refusaient de se parler directement.

Ainsi, lorsqu’Anika avait un message à transmettre à Ramesh, elle le donnait à leur fille de 12 ans, Monica.

« Dis à ton père qu’il doit payer la moitié de ta sortie scolaire. »

Ramesh faisait la même chose.

« Dis à ta mère de ne pas te laisser te coucher trop tard les soirs de semaine. »

Les choses devenaient parfois très compliquées…

« Si ton père ne veut pas passer te prendre les vendredis, il doit commencer à te conduire à l’école les mardis et les mercredis une semaine sur deux. »

Monica a fini par s’embrouiller et à en avoir assez. Parfois, sa mère ou son père se fâchait lorsqu’elle transmettait le message. Elle détestait être chargée de cette tâche. Elle avait l’impression que ses parents se fâchaient contre elle. Elle était trop jeune pour prendre cette responsabilité. Que connaissait-elle des questions d’argent et d’horaire? Qu’arriverait-il si elle oubliait quelque chose d’important?

Un jour, alors qu’Anika demandait à Monica de donner un message à son père, Monica lui a crié : « Pourquoi ne le dis-tu pas toi-même à papa? C’est toi l’adulte! »

Anika était consternée. Elle croyait que Monica vivait bien avec la situation. Elle s’était peut-être trompée à ce sujet.

Il lui a fallu toute la journée pour trouver le courage de le faire, mais Anika a envoyé un courriel à Ramesh ce soir-là. Elle lui a expliqué ce qui s’était produit, en lui suggérant qu’ils devaient se parler directement au lieu de passer par Monica.

À la lecture du courriel d’Anika, Ramesh s’est senti coupable. Il a pris conscience qu’ils avaient fait passer leurs propres sentiments avant ceux de leur fille. Ramesh a convenu qu’ils devaient faire passer les intérêts de Monica en premier, même s’il leur était difficile de communiquer directement.

Ils ont planifié de se parler au téléphone toutes les deux semaines pour parler seulement de Monica et ont convenu de communiquer par courriel dans l’intervalle, au besoin.

Ce sera encore difficile pour eux de communiquer, mais cela ne devrait pas être difficile pour Monica.

Utiliser l’enfant pour espionner

Parfois, un parent peut poser beaucoup de questions à son enfant au sujet de l’autre parent.

« Est-ce que ta mère a un petit ami? Passe-t-il toute la nuit à la maison? »

« Ton père a-t-il acheté une nouvelle auto? »

« Ta mère s’est-elle trouvé un emploi? »

Ce type d’interrogations met les enfants dans une position difficile. Ils ne veulent pas avoir l’impression de parler dans le dos de l’autre parent. Ces questions peuvent aussi dérouter les enfants. Elles peuvent les amener à se demander si le parent fait quelque chose de mal. Par ailleurs, l’information que les parents obtiennent ainsi est souvent peu fiable.

Il est normal d’être curieux au sujet de votre ancien partenaire, mais vous devez prendre soin de ne pas pousser vos enfants à sentir qu’ils « dénoncent » l’autre parent.

Le piège de l’espionnage

Patrick se sentait mal de révéler la vérité à son père.

« Eh bien? Ta mère a-t-elle un nouveau petit ami? Je veux simplement le savoir », disait le père de Patrick.

Le père de Patrick lui posait beaucoup de questions au sujet de sa mère. Il lui demandait si elle avait acheté de nouveaux meubles avec « son » argent, si elle rentrait tard le soir et quel genre d’amis venaient à la maison. Il posait beaucoup de questions, même des questions dont Patrick ne connaissait pas la réponse.

Patrick ne voulait rien dire cette fois-là parce que sa mère lui avait demandé de ne rien dire. Il voulait tenir la promesse qu’il avait faite à sa mère, mais il ne voulait pas mentir à son père. De toute façon, ses parents étaient divorcés, alors pourquoi son père voulait-il savoir tout ça?

Patrick aimait son père, mais il se sentait pris entre les deux. Pourquoi son père ne voyait-il pas à quel point la situation le perturbait?

Le parent Disneyland

Bien sûr, les parents s’inquiètent de l’effet que la séparation ou le divorce peut avoir sur leurs enfants. Un parent peut parfois essayer de se racheter pour le divorce ou de montrer qu’il aime ses enfants de différentes façons, par exemple :

  • en leur achetant des cadeaux dispendieux
  • en les amenant en vacances ou en faisant des activités spéciales avec eux
  • en ne les obligeant pas à faire leurs tâches
  • en ne leur imposant pas des limites et des responsabilités convenant à leur âge, comme un couvre-feu

Si cela peut sembler rendre les enfants heureux à court terme, cette attitude peut avoir des conséquences négatives. L’autre parent ne peut peut-être pas se permettre des achats aussi coûteux et peut se sentir coupable. Parfois aussi, le parent « généreux » ne peut pas non plus se le permettre.

Le fait d’acheter des cadeaux à vos enfants ne leur fera pas oublier le divorce. Cela ne compensera pas non plus pour le temps qu’ils ne passent pas avec l’un de vous.

Cela n’aide pas non plus vos enfants si vous les déchargez de leurs tâches et de leurs responsabilités. Vos enfants ont besoin que vous leur donniez une structure et des règles à suivre, et que vous les aidiez à apprendre à devenir responsables. Ils s’attendent à tout cela de votre part, et une partie de votre rôle de parent consiste à les aider à devenir des adultes responsables plus tard.

Remarques désobligeantes

Il peut parfois vous arriver, à vous ou à l’autre parent, de faire des remarques désobligeantes l’un à l’égard de l’autre, devant vos enfants.

« Ton père n’est tout simplement pas fiable. »

« Ta mère est incapable de se faire une idée. »

« Pourquoi ton père t’a-t-il amené voir une partie de hockey? C’est ennuyant, le hockey. »

Même si vous ne trouvez rien de gentil à dire au sujet de l’autre parent, ne dites pas des choses négatives. Vos enfants peuvent se sentir mal pour l’autre parent s’ils vous entendent le critiquer. Ils peuvent aussi avoir l’impression que c’est eux-mêmes que vous critiquez.

Parler de votre situation financière à vos enfants

Même dans les familles intactes, il arrive souvent que les membres de la famille ne puissent pas se permettre de tout acheter ce qu’ils aimeraient avoir. Après une séparation, le revenu qui permettait de subvenir aux besoins d’un ménage est désormais divisé entre deux ménages. Cela peut signifier qu’un des ménages ou les deux auront moins d’argent à dépenser sur des choses qu’ils aimeraient acquérir.

Quand les enfants demandent des choses ou veulent participer à des activités, c’est parfaitement acceptable de leur expliquer que vous n’en avez pas les moyens : « Nous ne pouvons pas nous le permettre pour le moment, chéri ».

Faites attention de ne pas parler à vos enfants de vos problèmes financiers ou d’en jeter le blâme sur l’autre parent. Ne dites pas :

« Je ne peux pas me permettre de t’envoyer au camp de hockey parce que ton père nous a quittés et qu’il ne paie pas la pension alimentaire pour enfants ».

Les finances sont une affaire d’adultes et en parler aux enfants leur impose un lourd fardeau. Parler d’argent aux enfants les met au cœur du conflit parental.

Posez-vous la question : Comment se porte notre relation coparentale?

  1. Constatez-vous que vous jouez l’un de ces « jeux »?
  2. Quels changements aimeriez-vous apporter à vos rapports avec l’autre parent afin d’améliorer votre relation coparentale?
  3. Prenez un point particulier dont vous devez discuter avec l’autre parent. En utilisant les conseils sur la communication fournis dans la présente section, dans la partie « Quelques conseils pour travailler ensemble », comment vous y prendriez-vous pour en discuter? Comment pourriez-vous améliorer la communication entre vous?

 


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