La prostitution chez les jeunes : analyse documentaire et bibliographie annotée
Annexe A : Bibliographie annotée (suite)
HAGAN, J. et McCARTHY, B. «Street life and delinquency», British Journal of Sociology, vol. 43, no 4, décembre 1992, p. 533-561.
Les études sur les relations entre la classe sociale et la délinquance chez les jeunes qui fréquentent l’école ont négligé les expériences des jeunes de la rue. Dans cette étude, les auteurs ont administré des questionnaires à un échantillon de 1 000 jeunes fréquentant l’école et jeunes de la rue de Toronto. L’étude fait appel à la théorie de la délinquance et du crime fondée sur le contrôle intégré et l’effort; elle porte sur la classe sociale des parents, la structure familiale, le contrôle parental et les conflits avec les parents, la fréquentation scolaire, l’engagement envers l’école et les conflits avec celle-ci ainsi que les conditions de classe que comporte la vie dans la rue. Les données révèlent que les jeunes des «populations excédentaires»
risquent plus d’éprouver des difficultés à la maison, puis de faire une fugue et de commettre des infractions graves. Les auteurs concluent que les « conditions de classe actuelles »
des jeunes de la rue les amènent à la délinquance, et ils encouragent la poursuite des recherches à partir d’échantillons de jeunes de la rue.
HAGAN, J. et McCARTHY, B. Mean Streets: Youth Crime and Homelessness, Cambridge, GB, Cambridge University Press, 1997.
Nombre de jeunes de la rue sont exposés à des situations «hautement criminogènes»
, dans leurs antécédents et dans leurs expériences de la rue. Cependant, la plupart des études en criminologie ne tiennent pas compte de l’adversité de la vie dans la rue et de son incidence sur le crime. Les auteurs de cet ouvrage examinent les antécédents familiaux et sociaux, les conditions d’existence et les activités criminelles des jeunes de la rue à Toronto et Vancouver. Les deux sources de données sont un sondage auprès de 390 jeunes de la rue à Toronto et un panel auprès de 482 jeunes de la rue interrogés à Toronto et à Vancouver. Les antécédents familiaux perturbateurs (y compris la classe et son association avec des rapports parents-enfants erratiques et explosifs, le rejet parental et le bouleversement de la famille) et des expériences instables à l’école contribuent à la décision d’un jeune de faire une fugue pour se réfugier dans la rue. Une fois dans la rue, les difficultés situationnelles incitent de nombreux jeunes à participer à divers crimes (p. ex., prostitution et vol). Il y a deux différences entre Toronto et Vancouver : Toronto a un réseau de services sociaux bien établi qui offre aux jeunes de la rue une certaine forme de «filet de sécurité sociale»
, ce qui réduit leur implication dans les crimes de rue. Vancouver a un modèle axé sur la lutte contre le crime et n’a pas de services d’assistance. Les jeunes de la rue de Vancouver passent donc plus de temps dans les rues et risquent plus de commettre des crimes. Par conséquent, ils ont plus de démêlés avec la justice. Tous les jeunes de la rue font partie d’associations criminelles où ils acquièrent les «compétences et les connaissances»
liées au crime de la rue. Les démêlés avec le système de justice pénale ne peuvent qu’inciter davantage les jeunes de la rue à adopter un mode de vie empreint de «déviance et de récidive»
. Les auteurs introduisent les concepts de contrainte, de contrôle, de capital criminel et d’étiquetage dans une théorie du crime fondée sur le capital social.
HALLDORSON JACKSON, L. Voices from the Shadows: Canadian Children and Youth Speak Out About Their Lives as Street Sex Trade Workers, Out from the Shadows, International Summit of Sexually Exploited Youth Project, National Summary, Canada, 1998.
Ce document résume les témoignages recueillis dans le cadre de consultations nationales auprès de jeunes de la rue victimes d’abus sexuels. Ces consultations ont eu lieu à Halifax, Montréal, Toronto, Winnipeg, Saskatoon, Calgary, Vancouver et Victoria grâce au concours d’anciens jeunes travailleurs du sexe. Le document, qui permet aux jeunes de s’exprimer, présente les principaux thèmes, les profils et les recommandations qui ont surgi pendant le processus. Les consultations ont révélé les diverses expériences vécues par des jeunes avant qu’ils commencent à se prostituer, notamment les actes de violence physique, psychologique et(ou) sexuelle (posés par un membre de leur famille ou une personne à l’extérieur de leur famille immédiate), les rejets fréquents qu’ils ont subis à cause de leur race, de leur apparence ou de leur orientation sexuelle et les questions liées à la toxicomanie, à la grossesse chez les adolescentes et la piètre estime de soi. Nombre de jeunes se sont dits scandalisés par la non-application de la loi interdisant l’exploitation sexuelle des jeunes. Le document formule plusieurs recommandations qui mettent l’accent sur les programmes de prévention, d’éducation et de soutien pour empêcher les jeunes de commencer à se livrer à la prostitution et il présente des initiatives de gestion des risques à l’intention des enfants et des jeunes qui pratiquent actuellement le commerce du sexe.
HANSON, R. K. «The psychological impact of sexual assault on women and children: A review», Annals of Sex Research, vol. 3, 1990,p. 187-232.
Ce document passe en revue la littérature empirique sur l’impact psychologique des agressions sexuelles contre les femmes et les enfants. Selon les données, les femmes adultes victimes de viol présentent des niveaux élevés de détresse immédiatement après avoir subi une agression, symptôme généralement associé au syndrome de stress post-traumatique (SSPT). Les niveaux de stress semblent s’estomper dans les mois et les années suivant l’agression. Les enfants victimes de violence sexuelle n’affichent pas les symptômes du SSPT aussi manifestement. Selon les données, il existe un lien entre la violence sexuelle et l’ajustement négatif à long terme; cependant les évaluations initiales suivant une agression sexuelle indiquent qu’un petit nombre d’enfants victimes éprouvent peu de «problèmes d’ajustement»
. Le document expose également les facteurs relatifs à l’incidence psychologique négative des agressions sexuelles.
HARDMAN, K. «A social work group for prostitutes women with children», Social Work with Groups, vol. 20, no 1, 1997, p. 19-31.
Cet article décrit un programme de travail social axé sur les conseils et les compétences à l’intention d’un groupe de prostituées ayant des enfants. Élaboré à Londres, en Angleterre, le programme de 10 semaines a été conçu par un travailleur social de concert avec les 23 prostituées qui faisaient partie du groupe. Faisant appel à la théorie féministe, le programme vise à habiliter les femmes à quitter la prostitution. Entre autres, le programme porte sur les «avantages sociaux et le bien-être social, les compétences parentales, les soins de santé, le logement, le counseling et les ressources en thérapie ainsi que l’éducation»
. Après avoir terminé le programme, moins de 50 % des femmes (9) ont décidé de quitter le monde de la prostitution. Toutes les participantes se sont toutefois inscrites à la clinique de santé locale. L’auteure examine également les études de cas de prostituées et la rétroaction des participantes.
HARVEY, G. Prostitution... A Matter of Choice?, mémoire de maîtrise en travail social inédit, Ottawa, Ontario, Carleton University, 1992.
La prostitution se développe dans une structure sociale capitaliste et patriarcale. Disposant de peu de possibilités de survie, certaines femmes commencent à se livrer à la prostitution pour pourvoir à leurs besoins. Cette enquête indépendante porte sur le lien entre la prostitution chez les femmes et la pauvreté, le choix et la sexualité féminine. L’auteur conçoit la prostitution comme un mécanisme d’adaptation des femmes victimes de misère et de violence sexuelle. Le document porte sur quatre grands thèmes : 1) les forces du milieu externe liées à la prostitution; 2) le fait que les idéologies politiques ne tiennent pas compte des expériences des femmes de la rue; 3) les relations entre la prostitution et la pauvreté, le capitalisme, le patriarcat, le racisme et la violence psychologique, physique et sexuelle; 4) le statut quasi-judiciaire de la prostitution. L’auteur soutient que les prostituées sont victimes avant de faire une fugue et que la réaction de la société à l’égard de leur pratique du commerce du sexe en fait encore davantage des victimes. En guise de conclusion, il formule une série de recommandations pour mettre fin à la victimisation des prostituées et il présente des choix de vie de rechange (p. ex., décriminalisation, renonciation à la prostitution, services de counseling, logement, éducation et formation professionnelle).
HERMANN, K. J. «Children sexually exploited for profit: A plea for a new social work priority», Social Work, 1987, p. 523-525.
Le secteur du travail social n’a pas réussi à se concerter pour lutter contre l’incidence de la pornographie juvénile, de la prostitution chez les enfants et du trafic des enfants à des fins sexuelles. L’auteur de cet article présente des renseignements sur l’exploitation sexuelle des enfants dans le but d’encourager les travailleurs sociaux à aborder la victimisation subie par ceux-ci. En plus d’examiner la définition de l’exploitation sexuelle des enfants et d’estimer le nombre de jeunes victimes d’abus sexuels dans le monde, l’auteur présente des exemples de cas d’exploitation sexuelle des jeunes à des fins commerciales. En guise de conclusion, il met au défi les travailleurs sociaux d’appliquer leurs valeurs et leurs principes professionnels en luttant contre l’exploitation sexuelle des jeunes.
HORNICK, J. P. et BOLITHO, F. Étude sur la mise en œuvre des dispositions relatives à l’exploitation sexuelle d’enfants dans certaines localités au Canada, Ottawa, Ministère de la Justice du Canada, 1992.
En réponse au Comité sur les infractions sexuelles à l'égard des enfants et des jeunes (Rapport Badgley, 1984), le gouvernement fédéral a présenté le projet de loi C-15, Loi modifiant le Code criminel et la Loi sur la preuve au Canada pour aborder la question de la violence sexuelle à l’endroit des enfants. Le projet de loi C-15 prévoyait la tenue d’une évaluation obligatoire quatre ans après sa présentation. On a commandé la réalisation d’études dans tout le Canada afin de décrire la relation entre les organismes de protection de la jeunesse et le système de justice pénale en ce qui concerne la violence sexuelle envers les enfants, d’examiner les expériences d’enfants victimes ou témoins de violence sexuelle et de déterminer si les objectifs du projet de loi C-15 ont été atteints. Ce document fait un tour d’horizon et une comparaison des études effectuées en Alberta, en Saskatchewan et en Ontario. Selon le rapport, cette loi interdisant l’achat des services sexuels des jeunes n’a pas permis de lutter efficacement contre la prostitution chez les jeunes. Dans l’ensemble, les composantes fondamentales et procédurales du projet de loi C-15 assurent une meilleure protection aux jeunes victimes de violence sexuelle et elles permettent «d’accroître le taux de succès des poursuites intentées dans les cas d’exploitation sexuelle d’enfants»
.
HWANG, S. L. Agents, Victims or Deviants? Female Prostitution in Taiwan, unedited doctoral thesis, University of Wisconsin-Madison, 1995.
Cette étude porte sur les facteurs conjoncturels et idéologiques qui amènent une femme ou une jeune fille à se prostituer, et sur les conséquences de la prostitution à Taïwan. Les données provenaient de l’observation des participantes et d’entrevues en profondeur menées auprès de 57 prostituées en 1991 et 1992. Les données révèlent que la classe sociale, le groupe ethnique et le sexe amènent, tout comme le démembrement de la famille, la violence sexuelle et physique, la pauvreté et les problèmes scolaires, une jeune fille à décider de se prostituer. Les prostituées adultes étaient moins susceptibles d’avoir vécu dans un milieu familial dysfonctionnel et d’avoir été victimes de violence pendant leur enfance; leur décision de se prostituer était plus souvent associée au fait d’être mère seule et au désir de monter dans l’échelle économique. Selon l’auteur, l’âge, la motivation à commencer à se prostituer et la violence subie pendant l’enfance ont une incidence sur le mode de vie d’une prostituée («normale» par rapport à «déviante») et sur sa capacité de faire face au stigmate social et au stress professionnel.
INCIARDI, J. «Little girls and sex: A glimpse at the world of the ‘baby pro’», Deviant Behaviour, vol. 5, 1984, p. 77-78.
Il existe peu d’études sur les enfants de moins de 12 ans qui se prostituent. Les préoccupations de l’auteur à l’égard de l’abus d’alcool et d’autres drogues chez les jeunes ont amené celui-ci à entreprendre cette étude. L’étude porte sur neuf enfants (de 8 à 12 ans) qui ont reconnu qu’ils se prostituaient. Ces enfants ont été amenés à se prostituer par des parents, et non après avoir fait une fugue. L’initiation des sujets au commerce du sexe n’était pas associée aux drogues; cependant il semble qu’ils aient été motivés par la crainte du rejet. En outre, leurs expériences sexuelles précoces ne semblaient pas produire des effets traumatisants.
INCIARDI, J. «Trading sex for crack among juvenile drug users: A research note», Contemporary Drug Problems, vol. 16, 1989, p. 689-700.
L’auteur a interrogé 27 jeunes filles qui échangeaient des services sexuels contre du crack. On a demandé aux participantes de décrire leurs activités criminelles, leur consommation de drogues et leur expérience de la prostitution. Selon les données, les répondantes échangeaient des services sexuels contre du crack et elles se prostituaient pour gagner de l’argent afin d’acheter du crack. L’auteur indique également que les répondantes consommaient de l’alcool et des drogues et commettaient des crimes de façon intensive depuis longtemps.
INCIARDI, J., POTTIEGER, A., FORNEY, M., CHITWOOD, D. et McBRIDE, D. «Prostitution, IV drug use, and sex-for-crack exchanges among serious delinquents: Risks for HIV infection», Criminology, vol. 29, 1991, p. 221-235.
Depuis le début des années 1980, le risque de l’infection par le VIH et du sida chez les utilisateurs de drogues injectables suscite des préoccupations. Selon les données récentes, les minorités et les jeunes qui s’adonnent à des activités à risque élevé (c.-à-d. partenaires sexuels multiples et injection de drogues) dans les grandes villes contractent le VIH à un rythme croissant. Les chercheurs de cette étude ont procédé à des entrevues personnelles auprès de 611 jeunes délinquants graves des deux sexes âgés de 12 à 17 ans. Des entrevues de suivi officieuses ont eu lieu auprès de 50 répondants. On a posé aux participants des questions concernant leur participation à la prostitution, à la consommation de drogues et à des échanges de services sexuels contre du crack. Selon les résultats, un pourcentage élevé des répondants s’adonnaient à ces activités au cours desquelles ils risquaient d’être infectés par le VIH (ces comportements à risque semblent courants chez les groupes d’adolescents des grandes villes). Les données ont également révélé que bien des jeunes n’ont pas bénéficié d’une aide adéquate des organismes communautaires. Les auteurs recommandent des programmes spéciaux de prévention du sida et d’intervention ainsi qu’un traitement des toxicomanes pour lutter contre l’infection au VIH chez les adolescents.
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