Problèmes graves rencontrés par les personnes handicapées au Canada atlantique

Discussion et conclusion

Les personnes handicapées ayant participé à la présente étude ont connu des types de problèmes semblables qui étaient en grande partie liés à leur incapacité, ou amplifiés par cette dernière. Dans les endroits publics, à l’intérieur comme à l’extérieur, on ne retrouvait pas les mesures d’adaptation les plus essentielles qui assureraient la sécurité et l’accès des personnes afin qu’elles puissent utiliser les services et les espaces qui sont offerts à tous les citoyens. Par exemple, les transports sont essentiels pour que les personnes puissent participer à la vie de leur communauté. Toutefois, les participants à la recherche ont cerné bon nombre d’obstacles à l’accès aux services de transport dont ils ont besoin pour les aider dans leur vie quotidienne.

Les résultats de la présente recherche démontrent également que la pauvreté et les incapacités sont des expériences qui se renforcent mutuellement et qui nuisent à la capacité des personnes handicapées de faire des études et de conserver un emploi, ce qui les oblige à vivre dans des conditions de logement inadéquates, malsaines et non sécuritaires. Lorsque les personnes handicapées tentent d’obtenir le soutien dont elles ont besoin pour mener une vie saine et sécuritaire, elles reçoivent un traitement discriminatoire et méprisant de la part des professionnels de la santé. Ces personnes éprouvent également des difficultés à accéder aux soutiens du revenu totalement inadéquats, lesquels respectent des critères « uniformisés » qui ne répondent pas aux besoins individualisés de différentes personnes handicapées.

De plus, lorsque les participants à la présente étude ont tenté de régler les problèmes qu’ils ont rencontrés, ils ont reçu un traitement discriminatoire et méprisant, et leur manque de ressources financières a fait en sorte que la plupart des efforts déployés, surtout les processus juridiques, se sont soldés par un échec. Par exemple, malgré les démarches que les répondants ont entreprises pour demander les mesures d’adaptation dont ils avaient besoin, la plupart d’entre eux n’ont pas réussi à les obtenir. En outre, dans de nombreux cas, les répondants ont mentionné la façon dont ils ont déposé leurs plaintes à leur établissement d’enseignement, à leur employeur, à leur organisme œuvrant pour les personnes handicapées et à leur municipalité locale, mais la plupart des leurs efforts liés aux plaintes n’ont pas permis une résolution de ces dernières.

Il est compréhensible que les personnes handicapées soient confrontées à des répercussions négatives très profondes sur leur santé psychosociale et physique en raison des problèmes qu’elles ont rencontrées et qui ont été aggravés par leurs tentatives ratées de les résoudre. Les contraintes imposées sur les finances et les relations importantes des personnes handicapées exacerbent leurs sentiments d’exclusion et d’estime de soi négative.

Par conséquent, que nous disent les résultats de la recherche au sujet des solutions possibles pour lutter contre la discrimination; le manque de compréhension des besoins en matière de mesures de soutien aux personnes handicapées; et la très grande pauvreté que subissent les personnes handicapées au Canada? Les réponses peuvent être examinées au moyen d’une réforme législative; de renseignements accessibles sur les services et les compétences accrues en matière d’autoreprésentation; d’une formation anti-capacitisme; et d’une approche fondée sur les droits concernant les mesures de soutien aux personnes handicapées.

Réforme législative

La majorité des participants ont souligné que l’inaccessibilité de l’environnement bâti constitue un problème juridique ou un problème grave. Leurs commentaires ont révélé une foule d’obstacles physiques qui ont interféré directement avec le droit des personnes handicapées de participer pleinement et également à la société.

La satisfaction des besoins juridiques et le règlement des problèmes graves comme l’accessibilité profiteraient d’outils juridiques, y compris de certaines lois.

Le Canada 8 ainsi que trois provinces (Ontario,9 Manitoba,10 et Nouvelle-Écosse11) ont adopté des lois qui se concentrent sur les droits des personnes handicapées. L’objectif de ces lois est de déterminer et d’éliminer les obstacles en établissant un ensemble de normes que doivent respecter les organismes privés, publics et à but non lucratif. Par exemple, la loi de la Nouvelle-Écosse cherche à promouvoir l’accessibilité en empêchant et en éliminant les obstacles dans les domaines suivants :

Il convient de noter que tous les problèmes d’accessibilité soulevés par les participants pourraient figurer sur cette liste.

Renseignements accessibles et compétences accrues en matière d’autoreprésentation

Une législation sur l’accessibilité pourrait contribuer à améliorer la qualité de vie des personnes handicapées, mais ces promulgations de lois exigeraient tout de même que les personnes connaissent bien les lois et les règlements. Les participants interrogés dans le cadre du présent projet ont mentionné qu’ils éprouvaient déjà des difficultés à utiliser les systèmes actuels et à essayer d’accéder aux protections ainsi qu’aux droits existants. Par ailleurs, les participants voulant régler un problème juridique, ou tout autre problème grave, ont trouvé l’expérience frustrante et confuse. Il n’était pas toujours évident pour eux de déterminer les prochaines mesures à prendre ou les options qui s’offraient à eux.

Par conséquent, il est nécessaire d’obtenir de meilleurs renseignements sur les services offerts. L’utilisation de systèmes complexes, tels que les soutiens du revenu ou des soins de santé, s’est avérée particulièrement intimidante. Bon nombre de participants ont abandonné après avoir constaté que leurs premières interactions n’avaient pas permis de résoudre leur problème.

De plus, beaucoup d’entre eux n’avaient aucun système de soutien, c’est-à-dire des amis, des membres de leur famille ou des défenseurs d’intérêts. Les personnes qui faisaient valoir leurs droits ont connu un succès modeste, mais elles étaient moins susceptibles d’obtenir un résultat favorable que celles qui étaient représentées par des tiers. Ces conclusions indiquent que les personnes handicapées doivent avoir plus d’occasions de développer des compétences en matière d’autoreprésentation. Elles justifient également une capacité accrue, au sein des organismes existants œuvrant pour les personnes handicapées, à offrir des services de défense et de représentation améliorés.

Formation anti-capacitisme

Dans bon nombre de secteurs, les personnes handicapées sont confrontées à des attitudes capacitistes. Le capacitisme était à la source de presque toutes les causes perçues des problèmes dans la vie des personnes handicapées. Les participants au présent projet ont constaté que ces attitudes sont courantes dans le système de soins de santé. Ils ont souvent mentionné qu’ils avaient l’impression de ne pas être écoutés et que leurs préoccupations étaient rejetées par les professionnels de la santé. Selon les patients handicapés, le temps qu’ils doivent consacrer à différentes tâches était rarement valorisé par les professionnels de la santé - le temps qu’il faut pour trouver un docteur; planifier et attendre un rendez-vous; et trouver un moyen de transport pour se rendre à un rendez-vous et pour en revenir. L’ensemble du processus était souvent déshumanisé et décourageant.

Ainsi, la formation sur le capacitisme devrait être incluse dans les programmes de formation médicale et fournie à toutes les personnes dans le domaine médical, y compris les docteurs, les infirmières et les thérapeutes.

Approche fondée sur les droits concernant les mesures de soutien aux personnes handicapées

Les personnes handicapées ont certains des revenus les plus faibles au Canada. Lorsque les personnes handicapées vivent également dans la pauvreté, plusieurs formes de discrimination peuvent alors être cernées. La pauvreté et les incapacités se renforçaient mutuellement, contribuant ainsi à une augmentation de la vulnérabilité, de l’oppression et de l’exclusion.

Bon nombre des problèmes cernés par les participants proviennent de soutiens et de revenus inadéquats. L’accès à des services de transport accessibles ainsi qu’à un logement adéquat et sécuritaire nécessite des revenus au-dessus du seuil de pauvreté.

Les participants ont mentionné la façon dont la pauvreté les amène souvent à vivre en « mode survie », sans pouvoir satisfaire leurs besoins essentiels. Par ailleurs, ils ont parlé des coûts élevés associés au fait de vivre avec leur incapacité. En effet, ils doivent acheter des aides à la mobilité; payer pour obtenir des régimes alimentaires particuliers ou les médicaments nécessaires; et accéder à des thérapies ainsi qu’à des services médicaux non assurés. Ces coûts supplémentaires, jumelés à des niveaux inadéquats de soutien du revenu, ont laissé plusieurs de ces personnes dans une situation financière désastreuse.

Même si plusieurs participants voulaient embaucher des avocats pour les représenter, le coût élevé à payer pour retenir les services d’un avocat constituait un obstacle impénétrable. Les conclusions découlant des entrevues ont confirmé que les personnes handicapées ont besoin de soutiens du revenu améliorés.

Afin de lutter contre la pauvreté systémique que vivent les personnes handicapées, il est impératif que le Canada abandonne le modèle caritatif actuel et adopte une approche fondée sur les droits concernant les mesures de soutien aux personnes handicapées - l’aide personnelle; les dispositifs et les aides; les adaptations environnementales; et l’aide à la prise de médicaments dont ont besoin les personnes handicapées. Même si les mesures de soutien aux personnes handicapées relèvent de la compétence provinciale et territoriale, le gouvernement fédéral pourrait faire preuve de leadership en créant un cadre législatif national.

Il s’agirait d’un complément bienvenu aux dispositions relatives à l’élimination des obstacles de la Loi canadienne sur l’accessibilité.

Les personnes handicapées sont disposées à obtenir l’éducation dont elles ont besoin pour occuper un emploi valorisant qui leur permettra de mener une vie saine, sécuritaire et sans pauvreté. Les réformes politiques et législatives, renforcées par des soutiens sur le terrain offerts aux personnes et aux communautés, habiliteront les personnes handicapées tout au long de leur chemin vers la pleine intégration au sein de la société canadienne.


Notes de bas de page

8 Loi canadienne sur l’accessibilité (S.C. 2019, c. 10)

9 Loi de 2005 sur l’accessibilité pour les personnes handicapées de l’Ontario, L.O. 2005 S.O. 2005, c. 11 [LAPHO]

10 Loi sur l’accessibilité pour les Manitobains, C.P.L.M. c. A1.7

11 Accessibility Act, S.N.S 2017, c 2