Mes parents se séparent ou divorcent : Qu'est-ce que ça veut dire pour moi ?
Chapitre trois : Des décisions, des décisions et encore des décisions
Mohamed entre les deux
Les parents de Mohamed n’ont jamais été d’accord sur rien. Ils se disputaient à propos des tâches ménagères, de la préparation des repas et du paiement des factures. Ils se disputaient à propos de tout le reste aussi. Lorsqu’ils se sont séparés, Mohamed a espéré que les disputes allaient cesser.
Ses parents ont rédigé eux-mêmes le plan qui indique ce qui se passerait après la séparation. Pas de juge, pas d’histoire. La mère de Mohamed a acheté une maison près de l’école, et Mohamed vit une semaine chez sa mère, une semaine chez son père.
Après la séparation, son père a gardé l’ancienne maison et a ouvert un atelier de réparation de motocyclettes à l’arrière. Mohamed adore aller dans l’atelier avec lui.
Un jour, le père de Mohamed l’a laissé conduire la Harley tout seul dans les chemins de terre. Lorsque Mohamed, tout excité, a raconté son exploit à sa mère, celle-ci s’est fâchée : « Mais quel genre de père est-il? Tu aurais pu te tuer! »
La mère de Mohamed était tellement fâchée qu’elle a appelé son avocat. Elle voulait que Mohamed habite la plupart du temps avec elle.
Cette fois, le père et la mère de Mohamed ont rencontré le juge et ont pris des mesures pour que le garçon puisse parler à un conseiller. Cela a fait du bien à Mohamed de parler à quelqu’un, de pouvoir expliquer à quel point sa mère est stricte et son père est cool. Il en avait assez d’être au centre de leurs disputes.
« Je veux faire de la course de moto quand je serai grand. Je devrais vivre avec mon père, parce qu’il me laisse faire ce que je veux. Je ne veux pas faire de peine à ma mère, mais elle est trop sévère », a-t-il dit au conseiller.
Le conseiller a d’abord rencontré la mère de Mohamed, puis son père, et il a discuté longuement avec Mohamed. Enfin, ses parents ont revu le juge.
L'entente quant au temps parental n’a pas changé, mais le juge a demandé aux parents de Mohamed de réfléchir attentivement à la façon dont ils traitent leur fils. Il leur a aussi demandé de se faire aider pour cesser de placer Mohamed au centre de leurs disputes. Après un certain temps, les parents de Mohamed ont réussi à penser à ses émotions au lieu de penser seulement aux leurs. Mohamed a été soulagé de pouvoir profiter du temps qu’il passe avec son père et avec sa mère.
Nadia n’est pas seulement là pour garder les enfants

Peu après que les parents de Nadia ont divorcé, sa mère s’est mariée avec Ivan. Nadia habitait surtout chez son père. Sa mère a emménagé avec Ivan et les deux jeunes enfants de celui-ci. La première année après la séparation, la mère de Nadia s’assurait de passer du temps seule avec elle, même si ce n’était qu’une promenade à pied dans le quartier. Nadia avait 10 ans à l’époque. « Je serai toujours là pour toi, peu importe ce qui arrivera », lui disait sa mère.
Quand sa mère lui a annoncé qu’Ivan et elle allaient avoir un bébé, Nadia s’est inscrite à un cours de garde d’enfants à l’école. Elle était très contente d’avoir enfin une sœur.
Cependant, les choses ont changé après la naissance de sa petite sœur. Nadia ne voyait plus sa mère seule. « Tout reviendra à la normale, ma chérie. Donne-nous un peu de temps. Éva est mignonne, n’est-ce pas? Elle a seulement besoin que je lui accorde plus de temps pour le moment », lui disait sa mère.
Quand Nadia a eu 12 ans, les choses ont encore changé. Chaque fois qu’elle allait chez sa mère, celle-ci lui disait qu’Ivan et elle avaient besoin de passer du temps seuls, sans les enfants. Au début, Nadia était toute fière de rester seule avec les petits. Mais après trois mois passés à garder les enfants, sans plus jamais passer de temps avec sa mère, elle en a eu assez. Sa mère ne savait même pas que l’équipe de soccer dont elle faisait partie était la meilleure. Elle n’avait plus le temps de parler avec elle.
Le père de Nadia a remarqué que sa fille ne voulait plus aller chez sa mère. « Je peux peut-être t’aider à arranger les choses », a-t-il dit à Nadia quand celle-ci l’a mis au courant. Son père a appelé sa mère et lui a parlé des préoccupations de Nadia.
Nadia craignait que sa mère ait de la peine ou soit fâchée que Nadia ait parlé de ce qui se passait à son père. Mais sa mère lui a dit qu’elle l’aimait et qu’elle essaierait de passer plus de temps avec elle. Après cela, Nadia s’est sentie beaucoup mieux.
Certains croient qu’à 12 ans, ou même à 14 ans, tu peux décider de l’endroit où tu vas habiter, mais ce n’est pas ce que dit la loi, même si ce que tu penses et ce que tu ressens est important.
Comme nous l’avons déjà expliqué, si tes parents vont voir un juge, c’est lui qui prendra les décisions finales sur, par exemple, l’endroit où tu vas habiter, dans une ordonnance. Le juge doit tenir compte de ce qui est le mieux pour toi lorsqu’il rend l’ordonnance. Cela comprend de prendre en considération ce que tu penses et comment tu te sens au sujet de l’endroit où tu vas habiter.
Tes parents ont peut-être des idées différentes sur la façon de t’élever. Et toi, tu préfères peut-être les règles imposées par un de tes parents, mais il n’y a pas seulement les règles qui comptent. Tes parents t’aiment, même s’ils ne pensent pas de la même façon. Tu n’es pas obligé de choisir entre les deux et tu ne dois pas te sentir coupable.
L’important, c’est de déterminer où tu vas vivre et ce qui est le mieux pour toi et pour ta famille. Et rappelle-toi : après un certain temps, tes parents peuvent demander au juge de modifier l’ordonnance, si c’est dans ton intérêt.
Au Canada, les enfants ont le droit d’exprimer leurs opinions sur les questions qui les concernent.
De nombreux parents sont capables d’établir eux-mêmes un plan pour leurs enfants après une séparation ou un divorce sans l’aide d’un juge ou d’un médiateur. Il se peut que tes parents te demandent ton opinion pour les aider à déterminer ce qui est le mieux pour toi. Cela ne veut pas dire que tu dois choisir entre tes parents ou participer à leurs décisions.
Lorsque les parents ne réussissent pas à établir eux-mêmes un plan, les juges et les médiateurs peuvent souhaiter entendre les points de vue des enfants. Cela les aide à mettre en place des plans appropriés pour les enfants et les familles. Un juge, un avocat ou un travailleur social pourrait te poser des questions sur ta vie et sur ce qui est important pour toi.
Selon l’endroit où tu vis au Canada, il existe différentes manières de te demander ton point de vue.
Parfois, le juge rencontre les enfants. Il peut te poser des questions précises sur ta vie ou simplement discuter avec toi pour apprendre à te connaître un peu. Ce genre de rencontre a souvent lieu dans le bureau du juge.
Parfois, un travailleur social ou un avocat te posera des questions afin de pouvoir rédiger un rapport destiné à un juge ou un médiateur. Ce type de document est souvent appelé Rapport sur la voix de l’enfant.
Le travailleur social ou l’avocat te demandera probablement ce que tu penses et ce que tu ressens. Il peut te demander comment tu te sens à propos de la séparation de tes parents. Il peut aussi te demander ce que tu préfères lorsque tu es chez chacun de tes parents. Il prendra soin d’éviter les questions qui pourraient te mettre mal à l’aise.
Parler à quelqu’un qui veut vraiment t’écouter et comprendre ce que tu ressens peut t’aider à te sentir mieux. Tes opinions sont importantes et peuvent aider à mettre en place un plan pour ta famille, même si tu ne peux pas choisir ce qui arrivera.
Emma fait part de son point de vue
Emma est très proche de ses deux mères, Laura et Jennifer. Depuis un certain temps, les deux femmes n’étaient plus heureuses ensemble. Elles ont donc décidé de divorcer. Jennifer avait prévu déménager dans un appartement au centre-ville situé plus près de son bureau et de l’école d’Emma.
Laura et Jennifer espéraient qu’un médiateur puisse les aider à établir un horaire pour Emma, parce qu’elles voulaient toutes deux passer le plus de temps possible avec leur fille.
Le médiateur leur a suggéré d’obtenir un Rapport sur la voix de l’enfant pour Emma. Il leur a expliqué qu’un travailleur social rencontrerait Emma à quelques reprises pour savoir comment elle se sent face à la situation. Puis, le travailleur social allait rédiger un rapport, l’examiner avec Emma, puis le remettre au médiateur et aux mères d’Emma.
Au début, Emma se sentait mal à l’aise de parler au travailleur social. Elle n’avait pas envie de dévoiler toutes ses pensées et ses sentiments personnels à un étranger. Cependant, lorsqu’elle a rencontré le travailleur social, Emma s’est sentie beaucoup plus à l’aise. Il était drôle et il écoutait vraiment bien. Emma a été soulagée de pouvoir faire part de son point de vue sans craindre de faire de la peine à quelqu’un.
Après avoir passé en revue son rapport avec Emma, le travailleur social l’a transmis au médiateur ainsi qu’à Laura et à Jennifer. Emma est heureuse de savoir que son point de vue a été entendu et qu’il sera pris en compte.
Qu’est-ce qu’une évaluation parentale?
Si tes parents n’arrivent pas à s’entendre sur l’endroit où tu vas habiter, le juge peut ordonner une évaluation parentale. Elle permet au juge de se faire une meilleure idée de ta vie avec chacun de tes parents. L’objectif est de faire en sorte que le juge prenne les meilleures décisions pour toi.
La personne qui effectue l’évaluation parentale parlera avec différentes personnes, y compris tes parents, d’autres personnes qui prennent part à la vie de ta famille et même toi. Tu pourrais lui parler à quelques reprises. Souvent, cette personne aime rencontrer plusieurs fois les enfants pour s’assurer de bien comprendre comment la famille fonctionne. Elle va peut-être te demander de jouer aux cartes ou aux dames, ou encore de faire un dessin de ta famille.
La personne qui effectue l’évaluation parentale prépare des rapports en se basant sur ce qu’elle aura appris de toi et de ta famille. Elle tente d’être juste et évalue la situation dans son ensemble en tenant compte de certains éléments, par exemple :
- les horaires de travail de tes parents;
- lequel de tes parents s’occupe de l’école, de tes activité et de tes devoirs;
- lequel de tes parents s’occupe de toi quand tu es malade;
- la façon dont tes parents se sont organisés pour s’occuper de toi;
- l’horaire qui convient le mieux à tous.
Ensuite, elle suggérera au juge chez quel parent tu devrais habiter et à quelle fréquence tu verras ton autre parent.
Si tu as des frères ou des sœurs, l’arrangement établi pour toi pourrait être différent du leur. Les enfants plus vieux peuvent avoir des besoins différents que les plus jeunes. Aussi, à mesure que tu grandis, il faudra peut-être changer l’arrangement à ton sujet.
Si la situation change, les arrangements peuvent être modifiés. Par exemple, quand tu seras plus vieux, tu ne voudras peut-être plus aller passer un mois au chalet de tes grands-parents, ni passer deux semaines en camping avec ton oncle, ta tante et l’un de tes parents. Tu voudras peut-être passer plus de temps avec tes amis ou avoir un travail d’été.
Si ça ne va pas, dis-le!
Il est difficile de dire à un adulte que ce qu’il fait te bouleverse.
Parles-en à quelqu’un qui peut t’aider, comme ton autre parent, un grand-parent ou ton enseignant préféré.
Si tu crois que ce n’est pas une bonne idée de parler à l’un de tes parents, écoute tes sentiments. Tu devras peut-être attendre de trouver le bon moment pour lui parler, ou de trouver la bonne personne à qui parler.
« Les valises, c’est assez! »
Après leur séparation, les parents des jumeaux, Chen et Jiao, voulaient tous les deux qu’ils habitent chez eux. Comme ils habitaient tout près l’un de l’autre, ils ont décidé que les jumeaux passeraient une nuit chez leur père et une nuit chez leur mère. Celle-ci aide l’équipe de balle molle à s’entraîner, et leur père les emmène au cours d’arts plastiques au centre communautaire. Cette situation valait mieux pour eux que d’être séparés. Chen et Jiao étaient proches et ne pouvaient imaginer être séparés l’un de l’autre. Malgré tout, ils ont fini par en avoir assez de l’entente que leurs parents avaient conclue.
« Nous avons nos valises, nos livres d’école et nos jouets préférés. Nous avons vraiment mal aux pieds à force de tout trimbaler tous les jours d’une maison à l’autre », se plaignait Jiao, âgée de neuf ans. Chen était d’accord avec elle.
Ils n’avaient plus le temps de voir leurs amis. Jiao avait peur de ne plus pouvoir jouer à la balle molle, parce qu’elle oubliait souvent où elle avait laissé son équipement. Allait-on la renvoyer de l’équipe? Chen perdait toujours ses livres, ce qui lui causait des problèmes à l’école. Après avoir remarqué que quelque chose n’allait pas, l’enseignant de Chen en a discuté avec le père des jumeaux. Puis il a parlé à leur mère. Finalement, les parents ont conclu qu’il serait plus simple pour tout le monde que les jumeaux passent une semaine chez l’un et une semaine chez l’autre.
Qu'est-ce qui tombe mais ne se fait jamais mal ?
La neige.
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