Les ententes relatives à la garde des enfants : caractéristiques et répercussions

2004-FCY-3F

6. LES RÉPERCUSSIONS DES ENTENTES DE GARDE

6.1 Les contacts entre parents et enfants

Les recherches indiquent que, dans les situations de garde partagée, les pères passent plus de temps avec leurs enfants et sont plus près d’eux que lorsqu’une autre forme d’entente est retenue, même si l’on tient compte de la situation socio-économique et de la qualité de la relation parent-enfant qui existait avant le divorce (Kline et al., 1989; Arditti, 1992)[14].

Il ressort d’un certain nombre d’études qu’après la séparation, au fur et à mesure que les années passent, la fréquence des contacts entre le père et ses enfants diminue lorsque la mère a obtenu la garde exclusive (p. ex., Seltzer et al., 1989; Maccoby et al., 1993). Or, quand le père obtient la garde exclusive, on observe qu’avec le temps, les mères rendent plus fréquemment visite à leurs enfants (Maccoby et al., 1993). Dans les situations de garde partagée, [TRADUCTION] « la fréquence des contacts semble plus stable… au cours des premières années suivant la séparation, surtout lorsque le partage est à peu près égal » (Kelly, 1994 : 5). Selon d’autres études, lorsque la garde partagée est retenue, moins de pères « se désengagent » que lorsque la mère a obtenu la garde exclusive (Coysh et al., 1989; Kline et al., 1989).

6.2 Le bien-être des enfants

Le bien-être des enfants a été examiné au regard des problèmes de comportement, des comportements déviants ou délinquants, des relations avec les pairs, de la réussite scolaire, de l’estime de soi, de l’aptitude sociale et de l’adaptation psychologique (p. ex., dépression, symptômes somatiques), selon l’étude[15].

6.2.1 Conséquences pour les enfants

Dans la majorité des recherches menées, aucun rapport n’a été établi entre le type de garde et les conséquences pour les enfants.

Au Canada, une étude fondée sur les données de l’Enquête longitudinale nationale sur les enfants et les jeunes de 1994-1995 indique que les différentes ententes de garde n’ont aucune répercussion sur la santé émotive ou psychologique des enfants âgés de 2 à 11 ans (Haddad, 1998). Les types d’ententes ont été définis comme étant la garde par la mère, la garde par le père et la garde partagée. Le concept de la garde partagée n’a apparemment pas été défini et l’interprétation en a plutôt été laissée au répondant[16]. Les problèmes de comportement ont été définis comme un ou plusieurs des problèmes suivants : anxiété, troubles émotifs, hyperactivité, manque d’attention, troubles de conduite, violence physique et comportement asocial[17]. Le parent a décelé les problèmes. D’après une analyse multivariable, le sexe (garçons) et l’âge des enfants (enfants plus jeunes), le niveau de scolarité des parents (études moins poussées) ainsi que le nombre d’années de séparation des parents, mais non le type de garde, ont été associés aux problèmes de comportement des enfants.

Au cours de l’analyse d’un échantillon aléatoire de cas, dans un comté de la Californie, Kline et al. (1989) ont constaté que les enfants confiés à la garde de leur mère, comme ceux confiés à la garde de leurs deux parents, s’étaient bien adaptés : aucune différence notable n’a été observée quant à leur comportement ou à leur adaptation émotive ou sociale. Dans la même veine, Pearson et Thoennes (1990) ont conclu à l’absence de lien entre le type d’entente de garde et l’adaptation dans leur analyse des facteurs de régression multiple lors de problèmes d’agressivité, de dépression, de délinquance, de retrait social ou de lésions corporelles signalés par les parents. Dans les deux études, les facteurs qui permettaient le mieux de prévoir la faculté d’adaptation de l’enfant au divorce étaient la dynamique de la famille, les traits de personnalité de l’enfant et les relations entre le père et la mère.

Dans l’ensemble de l’échantillon de Buchanan et al. (1996), aucune différence importante n’a été observée dans le comportement des adolescents et leurs réactions émotives selon que les enfants vivaient une garde partagée ou un autre type d’entente. Toutefois, les jeunes vivant une garde partagée semblaient être moins déprimés, avoir de meilleurs résultats scolaires et vivre des problèmes moins graves que les enfants confiés à la garde exclusive du père ou de la mère.

Aucune différence n’a été constatée non plus quant à l’adaptation de 91 enfants, évalués par Luepnitz (1986) et vivant différentes ententes de garde, quant à l’idée qu’ils se faisaient d’eux-mêmes, à la façon dont les parents percevaient chez leurs enfants leur estime d’eux-mêmes, aux problèmes psychosomatiques et comportementaux et au climat émotif qui régnait dans la famille.

Certaines études font état de conclusions contraires relativement aux répercussions que peuvent avoir les différents types de garde sur le bien-être des enfants. Parmi celles qui ont révélé des répercussions sur le développement psychologique de l’enfant, beaucoup étaient des études de moindre envergure ou des études fondées sur une méthode clinique. Une étude clinique a conclu que, d’après les résultats obtenus pour un des facteurs de l’échelle « Adolescent Multiphasic Personality Inventory », les enfants en situation de garde partagée affichaient une plus grande faculté d’adaptation psychologique que les enfants résidant exclusivement avec leur père ou avec leur mère. Cependant, pour la plupart des mesures utilisées, il n’existait pour les enfants aucune différence entre la garde partagée et la garde exclusive au plan des répercussions. Les filles semblaient s’adapter plus facilement à une garde partagée qu’à une garde exclusive, alors que les garçons s’adaptaient mieux à la garde exclusive (Hendrickson, 1991). En se fondant sur les perceptions des parents et des enseignants au sujet des problèmes comportementaux et émotifs des enfants, Shiller (1986a) a constaté que les garçons de 6 à 11 ans en situation de garde partagée étaient mieux adaptés que ceux qui avaient été confiés à la garde exclusive de leur mère. Davantage de problèmes comportementaux ont été remarqués chez les adolescents confiés à la garde exclusive de leur père que chez les jeunes en situation de garde partagée ou confiés uniquement à la garde de leur mère (Buchanan et al., 1992). Ce problème d’adaptation des adolescents résidant exclusivement avec le père a été associé à un degré de surveillance moindre dans ces familles, à une plus grande hostilité entre les parents et aux longues heures de travail du père.

6.2.2 L’hostilité et les conflits entre parents

On a supposé pendant longtemps que la faculté d’adaptation des enfants dépendait de la persistance du conflit qui opposait les parents après le divorce, bien que ce rapprochement soit fort complexe (p. ex., Lee, 1997). Un des problèmes de ce genre de recherche est que le conflit peut être défini et mesuré de différentes façons. L’objet du conflit, la façon dont il est exprimé, sa fréquence et le rôle des enfants à cet égard, autant d’aspects qui doivent faire l’objet de recherches plus poussées.

Les questions les plus importantes sont les suivantes : « La garde partagée a-t-elle pour effet d’exacerber le conflit opposant les ex-conjoints? » et « Ce conflit a-t-il une incidence négative pour les enfants? » Les réponses les plus claires à ces questions se trouvent dans les conclusions du projet Stanford.

Dans ces recherches, des adolescents ont été interrogés environ quatre ans après la séparation de leurs parents[18]. Les jeunes en situation de garde partagée étaient mieux adaptés que ceux qui résidaient exclusivement avec le père ou avec la mère, mais uniquement dans les cas où les parents coopéraient. Lorsque ce n’était pas le cas, les adolescents s’en tiraient mieux en résidant avec un seul de leurs parents. Les enfants dont les parents se querellaient manifestaient davantage de symptômes dépressifs et de problèmes de comportement (notamment des difficultés à l’école, des problèmes de délinquance, d’abus d’alcool ou de drogue). Les répercussions négatives étaient très évidentes dans le cas des enfants qui se sentaient pris au milieu du conflit de leurs parents, par exemple, lorsqu’ils transmettaient des messages concernant le paiement de la pension alimentaire ou d’autres points litigieux ou se faisaient poser des questions sur la résidence de l’ex-conjoint. Ces enfants vivaient des conflits de loyauté ou, comme les chercheurs l’ont mentionné, se sentaient déchirés ou « pris entre deux feux ».

La fréquence des contacts avec le parent résidant à l’extérieur du foyer et le type de garde (partagée par opposition à exclusive) n’ont pas été associés au sentiment de déchirement. Cependant, les adolescents qui vivaient une garde partagée entre des parents qui se querellaient et communiquaient mal entre eux étaient particulièrement vulnérables à cet égard. Ce sentiment de déchirement a été rattaché à la discorde des parents et associé à son tour à la dépression et au comportement déviant. La discorde des parents [TRADUCTION] « n’a pas semblé avoir pour effet d’accroître la dépression ou la déviance chez les adolescents de l’échantillon, sauf dans le cas de ceux qui se sentaient déchirés entre les parents en raison du conflit » (Buchanan et al., 1991 : 1022).

Buchanan et al. (1991 : 1025) ont conclu que le lien direct entre des contacts fréquents et le déchirement éprouvé en cas de conflits parentaux (comme l’ont signalé Johnston et al., 1989[19]) se limitait aux familles où le conflit était majeur. Par conséquent, le type de garde n’avait pas en soi pour effet d’accroître ou de réduire le risque de problèmes comportementaux chez l’enfant (voir également Maccoby et Mnookin, 1992).

Pruett et Hoganbruen (1998 : 280) ont conclu que [TRADUCTION] « les querelles prolongées et majeures entre les parents semblent avoir de graves conséquences négatives pour les enfants ». Par ailleurs, certains parents opposés par un conflit majeur réussissent à faire la distinction entre les relations qui les opposent et les relations qu’ils ont avec leurs enfants, indépendamment des sentiments négatifs qu’ils éprouvent pour leur ex-conjoint et indépendamment du fait que l’entente en soit une de garde partagée (ou autre avec de fréquentes visites).

Une des lacunes de ce type de recherche réside dans l’absence de données sur le comportement des enfants avant la séparation. Les problèmes de comportement et les problèmes psychologiques des enfants dont les parents se querellent étaient peut-être présents avant même le début des procédures de divorce. Ce qu’il faut étudier davantage, c’est la mesure dans laquelle les ententes de garde influent sur un comportement et des problèmes préexistants.

En résumé, la garde partagée semble nuire aux enfants lorsqu’un conflit majeur oppose les parents (même s’il est difficile de définir le comportement parental qui constitue un conflit majeur), lorsque les enfants font l’objet du conflit ou lorsqu’ils deviennent mêlés à ce conflit.

6.2.3 Le sexe des enfants et du parent avec lequel ils résident

Plusieurs études ont comparé les conséquences pour les enfants de la garde exclusive par la mère et de la garde exclusive par le père. Les résultats de ces études sont contradictoires et prêtent parfois à confusion. Les écarts entre les effets observés pour ces deux types d’ententes s’expliquent sans doute par des différences dans l’échantillonnage, le degré de raffinement de l’analyse (notamment l’emploi de variables de contrôle satisfaisantes comme l’existence d’un conflit entre les parents, la classe sociale et l’âge des enfants) et les diverses mesures des conséquences pour l’enfant.

Dans le cadre du Texas Custody Research Project, qui remonte à 20 ans, les chercheurs ont examiné l’influence du sexe des enfants et des parents qui en ont la garde et ont conclu qu’il était avantageux pour les garçons de grandir avec leur père et pour les filles de grandir avec leur mère. Cependant, des recherches plus récentes n’appuient pas forcément ces conclusions (voir Pike, 2000, pour une analyse de ces recherches).

Selon Maccoby et al. (1993), les filles qui habitaient avec leur mère obtenaient de meilleurs résultats scolaires et s’adaptaient plus facilement que les filles qui habitaient exclusivement avec leur père. Kelly (1994) a conclu que les filles qui habitaient avec leur mère affichaient une aptitude sociale, une maturité, un esprit de coopération et une estime de soi nettement supérieurs à ceux des garçons qui habitaient avec leur mère.

Au cours d’une récente étude menée auprès d’élèves d’écoles primaires de l’Australie, Pike (2000) a comparé quatre groupes : les garçons résidant avec leur père, les filles résidant avec leur père, les garçons résidant avec leur mère et les filles résidant avec leur mère. Les garçons résidant avec leur mère affichaient des résultats nettement supérieurs dans les domaines scolaire, athlétique et physique. Ces garçons avaient un rendement scolaire supérieur à celui des garçons résidant avec leur père et obtenaient, dans les domaines athlétique et physique, des résultats plus élevés que les filles habitant avec leur mère. Aucune différence de rendement n’a été observée au plan social et comportemental ou encore en ce qui concerne l’estime de soi. Pour la lecture et l’orthographe, les filles résidant avec leur mère avaient une nette avance sur les filles et les garçons résidant avec leur père. Sur ce dernier point, les garçons qui résidaient avec leur mère étaient plus performants que les filles et les garçons résidant avec leur père. Autrement dit, en termes de résultats scolaires, les garçons et les filles éduqués par leur père n’avaient pas un aussi bon rendement que ceux qui résidaient avec leur mère. En revanche, aucune différence n’a été signalée entre les groupes au niveau de l’estime de soi et de l’adaptation sociale. Les différences entre les sexes n’étaient pas uniformes, c’est-à-dire qu’il y avait des profils différents pour chacun des quatre groupes. Pike a conclu qu’il n’était pas nécessairement avantageux pour les enfants résidant avec un seul des parents d’être élevés par celui de leur sexe.

Cookston (1999) a analysé les données provenant de l’étude menée aux États-Unis en 1995 et 1996 intitulée National Longitudinal Study of Adolescent Health. Selon ces données, des taux plus élevés de problèmes de comportement déclarés par les adolescents eux-mêmes ont été signalés pour tous les types de structure familiale où le degré de surveillance était relâché. Ce n’est donc pas le lieu de résidence des enfants, mais plutôt le degré de surveillance dont ils font l’objet, qui a été associé aux problèmes de comportement. Malheureusement, la surveillance et la supervision ont été mesurées de façon limitée : est-ce que le parent était présent au moment de quitter la maison pour aller à l’école, au retour de l’école ou encore à l’heure du coucher.

Après avoir interrogé des mères et des pères ayant obtenu la garde exclusive de leur unique enfant, Hilton et Devall (1998) n’ont constaté aucune différence, au niveau des aspects positifs ou négatifs des comportements parentaux, pour les pères vivant seuls comme pour les mères vivant seules avec ces enfants. De plus, d’après les parents, ces enfants n’avaient pas un comportement différent selon qu’ils vivaient exclusivement avec leur mère ou exclusivement avec leur père, sauf que les premiers semblaient avoir un comportement davantage « intériorisé » (ils se plaignaient davantage de maux de tête, par exemple). De l’avis des auteurs, le sexe du parent n’avait à peu près rien à voir avec le comportement des enfants.

6.2.4 Les transferts de résidence dans les cas de garde partagée

Des préoccupations sont souvent exprimées au sujet de l’incertitude découlant de la nécessité pour les enfants de déménager d’une résidence à l’autre (l’effet yo-yo). Bien que de nombreux commentaires sans fondement aient été exprimés à ce sujet, d’après les recherches, les répercussions pour les enfants des transferts fréquents d’une maison à l’autre sont limitées.

Au Canada, près du quart (23 pour cent) des parents d’un échantillon vivant une garde partagée ont signalé que les enfants étaient « mécontents » pendant un certain temps après le changement de résidence (Irving et al., 1984). Cependant, dans le cas de l’échantillon plus restreint (mais composé de personnes volontaires) de Luepnitz (1982), la garde partagée ne semblait pas créer de bouleversement ou de confusion chez la plupart des enfants en ce qui a trait à leurs conditions de résidence; en fait, les trois quarts des enfants ont déclaré qu’ils trouvaient agréable d’avoir deux maisons. Seulement trois enfants (sur une vingtaine environ) étaient confus au sujet de la nécessité de respecter deux ensembles de règles ou de devoir composer avec des attentes parentales opposées. Aucune recherche traitant directement de cette question n’a été trouvée.

En raison de l’absence de données sur les effets des transferts d’un foyer à l’autre que nécessite la garde partagée, notamment en l’absence de renseignements sur les conséquences de ces transferts pour les enfants, selon divers groupes d’âge, il est impossible de risquer des conclusions sur la façon dont les enfants perçoivent ces transferts et s’y adaptent sur une base régulière.

6.2.5 Résumé

Une kyrielle de facteurs influe sur le bien-être des enfants après le divorce, dont l’importance du conflit qui oppose les parents avant et après la séparation, l’adaptation des parents au divorce et la qualité des relations qu’ils entretiennent avec leurs enfants. De plus, des facteurs liés à la personnalité, au sexe et à l’âge des enfants, à leur faculté d’adaptation avant le divorce, au comportement et aux habitudes des parents avant et après le divorce ainsi qu’à la situation économique dans laquelle ils se trouvent après la dissolution du mariage peuvent influer sur la faculté qu’ont les enfants de s’adapter à leur nouvelle situation.

La plupart des recherches indiquent que le type d’entente de garde choisi après la séparation ou le divorce ne permet pas d’en prévoir les conséquences pour l’enfant. À cet égard, l’incidence directe du type de garde semble minime.

Lye a résumé comme suit son analyse des comptes rendus de recherche sur les répercussions des ententes de garde sur les enfants :

[TRADUCTION] Les données… n’indiquent pas qu’une répartition particulière du temps passé chez chacun des parents après le divorce est plus avantageuse qu’une autre pour les enfants. Ni le calendrier de la garde physique conjointe ni celui d’un autre type de garde après le divorce ne s’est traduit par des avantages ou des inconvénients majeurs pour les enfants (Lye, 1999 : 1).

6.3 L’adaptation et le degré de satisfaction des parents

Il y aurait tout lieu de penser que plus les parents sont satisfaits d’une entente de garde, plus cette entente se traduit par des effets psychologiques bénéfiques pour eux et peut-être même pour leurs enfants. À quelques exceptions près, les recherches n’ont pas permis de conclure de façon catégorique dans quelle mesure différents types de garde étaient avantageux pour les parents.

6.3.1 Les répercussions des ententes sur l’adaptation des parents au divorce

Les ententes de garde partagée peuvent avoir pour effet de prolonger le sentiment d’attachement d’un parent à l’égard de son ex-conjoint ou l’empêcher de réorganiser sa vie. L’analyse qu’ont menée Pearson et Thoennes (1990) n’a donné lieu à aucun résultat semblable. Les répondants pour chaque type d’entente, y compris les parents vivant une garde partagée, ont exprimé le même degré d’attachement à la troisième entrevue qu’à la première, qui avait eu lieu peu après la séparation, ou même un attachement inférieur. Selon d’autres chercheurs, un certain degré d’attachement est favorable à la coparentalité : l’attachement amical à l’égard de l’ex-conjoint favorise un plus grand soutien et une relation de coparentalité mieux partagée (Dozier et al., 1993)[20]. Plus l’attachement est amical, moins les conjoints risquent de s’opposer au sujet de l’éducation des enfants.

Dans le cadre d’une étude fondée sur l’utilisation d’un échantillon californien de parents vivant une garde partagée et de mères ayant la garde exclusive, deux séries d’entrevues et d’évaluations cliniques ont été menées, soit une entrevue moins d’un an après la séparation et une seconde, deux ans plus tard (Coysh et al., 1989). Le tiers des personnes échantillonnées étaient en situation de garde partagée[21]. L’adaptation des parents, mesurée à l’aide de facteurs comme les habiletés d’adaptation, les relations sociales, les réalisations professionnelles et les troubles émotifs et psychologiques, n’a pas été associée au type de garde. Des données indiquaient de façon raisonnablement probante que le fonctionnement antérieur des parents permettait de prévoir dans quelle mesure ils pourraient s’adapter au divorce. Une bonne adaptation psychologique observée chez les pères a été associée à la qualité de la relation qu’ils entretenaient avec une nouvelle partenaire, tandis que les problèmes d’adaptation psychologique chez les mères ont été associés aux rapports conflictuels qu’elles avaient avec leurs enfants et leur nouveau partenaire.

Bailey (1991) a examiné le processus d’adaptation après le divorce de 63 mères et de 58 pères vivant seuls, qui avaient obtenu la garde exclusive ou partagée d’enfants âgés de 5 à 14 ans. Aucun lien n’a pu être établi entre le type d’entente et l’adaptation des parents (p. ex., satisfaction du mode de vie et satisfaction au travail, vie stressante). Cependant, les parents ayant la garde exclusive ont déclaré avoir obtenu un plus grand appui social et être plus satisfaits de leurs relations avec leurs enfants et de leur entente de garde. Les pères ayant obtenu la garde exclusive étaient plus satisfaits de la vie et d’eux-mêmes, étaient plus stables dans leur travail et jouissaient d’une situation financière légèrement supérieure à celle des pères vivant un autre type d’entente.

En se servant des données longitudinales tirées de la U.S. National Survey of Families and Household (cycle 1 en 1987-1988 et cycle 2 en 1992-1994), Shapiro et Lambert (1999) ont analysé le bien-être psychologique des pères par rapport au lieu de résidence de leurs enfants. Aucune différence notable n’a été observée, au niveau des symptômes dépressifs que les pères divorcés auraient pu déclarer, selon que leurs enfants résidaient ou non avec eux. Une analyse du « bonheur » des pères divorcés a révélé que ceux qui résidaient avec leurs enfants étaient un peu moins heureux que les pères ne résidant pas avec leurs enfants. Mais ce résultat n’était pas significatif au plan statistique.

6.3.2 Les répercussions des ententes sur le degré de satisfaction des parents

Selon deux études sur le partage des responsabilités parentales, les parents semblaient satisfaits de leurs ententes. Il importe de souligner qu’il est difficile de généraliser les conclusions de ces études : les échantillons étaient volontaires plutôt qu’aléatoires et aucune comparaison n’a été faite entre les parents qui vivaient une garde partagée et ceux qui vivaient une autre entente.

Au cours d’une étude canadienne qui remonte à plusieurs années et qui a été menée auprès de parents en situation de garde partagée, 77 pour cent ont déclaré être généralement satisfaits de leur situation, tandis que 86 pour cent ont indiqué être satisfaits du calendrier (Irving et al., 1984). Les facteurs fortement associés à la satisfaction générale des parents étaient les suivants :

  • Le mode d’établissement de l’entente. Les parents qui étaient parvenus à la garde partagée à la suite d’une action en justice ou de l’obtention de services judiciaires étaient beaucoup moins satisfaits que ceux qui avaient réussi à s’entendre à l’amiable.
  • Plus le degré de culpabilité déclaré par les répondants à l’égard de la rupture du mariage était élevé, moins les parents étaient satisfaits de l’entente.
  • Plus le conflit qui opposait les parents avant la séparation était important, moins ceux-ci étaient satisfaits du partage des responsabilités.
  • Moins l’entente sur le partage des responsabilités parentales était récente, plus les parents étaient satisfaits.

Parmi les facteurs nullement associés au degré de satisfaction éprouvée à l’endroit du partage des responsabilités parentales : la classe sociale, l’établissement du calendrier et le remariage de l’un des parents ou des deux.

Parmi les raisons invoquées par les parents à l’appui de leur sentiment de satisfaction : la poursuite de leur rôle de parents, l’amélioration de la sécurité des enfants et un meilleur partage des responsabilités dans l’éducation des enfants. Parmi les sources de mécontentement mentionnées, soulignons l’incertitude au sujet des effets à long terme de l’entente sur le développement des enfants et l’insuffisance du temps passé avec eux.

La majorité des parents vivant une garde partagée que Rothberg a interrogés (1983) ne jugeaient pas leurs problèmes insurmontables et estimaient que l’entente leur permettrait de mieux s’adapter au divorce. De ces répondants, 80 pour cent recommanderaient la garde partagée à d’autres couples, pourvu que le divorce ait eu lieu dans un climat de coopération et de bonne entente.

Selon certaines études, les pères semblent plus satisfaits que les mères des ententes de garde partagée (p. ex., Benjamin et Irving 1990; Emery, 1988). Toutefois, il se pourrait que les différences entre les sexes s’estompent à cet égard (Kelly, 1993)[22].

Dans d’autres recherches, le degré de satisfaction des parents a été examiné à la lumière des différents types de garde. Maccoby et al. (1990) ont constaté que les femmes ayant obtenu la garde partagée étaient plus satisfaites que les mères qui avaient la garde exclusive de leurs enfants, dans les cas où ceux-ci voyaient leur père. Ces deux groupes étaient plus satisfaits de leurs ententes de garde que les femmes dont les enfants n’avaient aucun contact avec leur père.

Le degré de satisfaction plus élevé de certaines mères vivant une entente de garde partagée harmonieuse, comparativement à d’autres mères, est peut-être le fait que l’ex-conjoint participe aux soins des enfants[23] et qu’elles ont plus de temps à consacrer à leur carrière ou à des loisirs (Luepnitz, 1986; Rothberg, 1983). Le surmenage est moins fréquent chez les parents ayant la garde partagée, car [TRADUCTION] « sans qu’ils en fassent la demande ou conçoivent des plans spéciaux, ils bénéficient d’une certaine liberté au cours d’une partie de la semaine… » (Luepnitz, 1986 : 7). Welsh-Osga (1981) a constaté que les parents ayant la garde partagée étaient moins surchargés par leurs responsabilités parentales que les parents ayant la garde exclusive. Cette différence entre les ententes de garde est illustrée par la constatation de Pearson et Thoennes (1990 : 139) selon laquelle 40 pour cent des parents vivant une situation de garde confiée exclusivement à la mère, de 25 à 30 pour cent des parents vivant une situation inverse ou en situation de garde légale conjointe et 13 pour cent seulement des parents ayant la garde partagée, étaient d’accord pour dire : [TRADUCTION] « Je me sens souvent submergé(e) par le temps et l’énergie que je dois consacrer à mes enfants ».

En conclusion, les comptes rendus de recherche révèlent généralement un rapport positif entre la garde partagée et le degré de satisfaction des parents, pourvu qu’aucun sentiment d’hostilité ni qu’aucun conflit majeur n’oppose les parents.

6.4 Les relations parents-enfants et les compétences parentales

6.4.1 La garde partagée

Comparativement aux parents en situation de garde exclusive, les parents du Stanford Child Custody Project qui vivaient une garde partagée se sont adaptés plus facilement à leurs rôles de parents après le divorce (Maccoby et Mnookin, 1992). Les parents vivant une garde partagée, surtout les mères, pouvaient se montrer fermes et patients et avaient plus de temps pour jouer avec leurs enfants. Tel qu’il est mentionné plus haut, cette constatation s’explique probablement par le fait que les parents en situation de garde partagée ont plus de temps libre que les parents vivant une situation de garde exclusive.

En revanche, les parents qui continuaient à se quereller ont déclaré avoir plus de difficultés pour surveiller leurs enfants et suivre leur évolution. De plus, environ le quart des parents ayant la garde partagée ont exprimé des inquiétudes au sujet de la présence de leurs enfants chez l’autre parent, notamment face au mode de vie de ce dernier et à la façon dont il remplissait son rôle de parent (Maccoby et Mnookin, 1992).

Comparativement aux mères qui avaient la garde exclusive de leurs enfants, les mères ayant la garde partagée estimaient plus souvent que leur ex-conjoint ne respectait pas leur style d’éducation et que les enfants revenaient mécontents après avoir passé quelque temps avec leur père (Bannasch-Soissons, (1985). De plus, les mères vivant une situation de garde partagée étaient davantage préoccupées par la possibilité que le père influence négativement les enfants et craignaient pour la sécurité émotive et physique de ces derniers quand ils étaient avec leur père. Toutefois, les recherches se fondent sur un petit échantillon.

Également aux États-Unis, Donnelly et Finkelhor (1992) se sont servis d’un échantillon national pour explorer l’ampleur de l’incidence de la garde partagée sur la relation de soutien et d’affection des enfants envers les parents et des parents envers les enfants et sur les désaccords entre parents et enfants. Des données ont été obtenues auprès de 160 familles dont les enfants étaient âgés d’au moins 5 ans et dont les parents n’avaient jamais été mariés ou étaient divorcés. Seulement 12 pour cent des répondants (dont 75 pour cent étaient des femmes) étaient en situation de garde partagée, c’est-à-dire que la mère et le père avaient la garde de l’enfant [TRADUCTION] « sur une base à peu près égale ». Après avoir mené une analyse multivariable, les auteurs ont constaté que le type de garde (partagée par opposition à exclusive) était associé uniquement au soutien et à l’affection de l’enfant envers le parent : les enfants vivant exclusivement avec leur père ou avec leur mère étaient plus enclins que les enfants vivant une garde partagée à exprimer leur soutien et leur affection envers leurs parents. Leur comportement sur ce point s’apparentait à celui des enfants d’une famille intacte. Le type de garde n’était pas associé au soutien et à l’affection des parents envers leurs enfants ou aux désaccords entre parents et enfants. Les données n’indiquaient rien au sujet des conflits entre les parents.

Bien que ces recherches semblent avoir été bien faites, la taille relativement minime de l’échantillon (soit un total de 160 familles dont moins de 20 vivaient une garde partagée) est problématique, compte tenu de l’utilisation d’une analyse de régression avec neuf variables indépendantes.

Les parents en situation de garde partagée ont indiqué qu’ils avaient moins de mal que les mères en situation de garde exclusive à trouver du temps pour jouer avec les enfants et leur parler et qu’ils se sentaient souvent plus près d’eux (Welsh-Osga, 1981).

L’analyse de Pearson et Thoennes (1990) a révélé que le taux de satisfaction des répondants face au rôle parental joué par leur ex-conjoint variait selon le type de garde : 30 pour cent des mères ayant la garde exclusive étaient satisfaites, tout comme 50 pour cent des pères se trouvant dans la même situation et des parents ayant la garde légale conjointe, de même que 65 pour cent des parents en situation de garde partagée. Du point de vue des parents ayant la garde partagée, 90 pour cent des ex-conjoints avaient une bonne relation avec les enfants. Il en était de même pour 50 pour cent des mères ayant la garde exclusive et pour 60 à 65 pour cent des pères vivant une entente analogue, ainsi que pour les parents ayant la garde légale conjointe.

Du point de vue des enfants, les adolescents vivant une garde partagée étaient plus enclins que les autres à se sentir près des deux parents (Buchnan et al., 1992). D’après une petite étude clinique visant à évaluer les enfants quatre ans ou plus après le divorce, il semble également que les perceptions des enfants étaient différentes (Ilfeld, 1989). Comparativement aux enfants dont la garde avait été confiée uniquement à la mère, les enfants vivant une garde partagée ont déclaré passer plus de temps avec leur père dans le cadre d’activités qu’ils jugeaient à la fois importantes et intéressantes pour eux. Aucune différence n’a été relevée, en fonction des divers types d’ententes, quant aux perceptions des enfants sur la façon dont ils se sentaient proches de leur père ou sur la façon dont ils se sentaient acceptés par lui.

6.4.2 La garde exclusive confiée au père

Il ressort de l’analyse d’un échantillon représentatif à l’échelle nationale menée par Shapiro et Lambert (1999) que les pères divorcés habitant avec leurs enfants estimaient avoir une meilleure relation avec eux que ce n’était le cas des autres pères. Les pères divorcés qui ne vivaient pas avec leurs enfants ont particulièrement ressenti la détérioration de la qualité de cette relation après la rupture du mariage.

6.4.3 Les mères ayant la garde exclusive des enfants par opposition aux pères ayant la garde exclusive des enfants

À la suite d’une entrevue menée auprès de parents qui avaient la garde exclusive (30 mères et 30 pères), Hilton et Deval (1998) ont constaté que le comportement des parents des deux groupes n’était pas différent, hormis le fait que les pères vivant seuls accordaient à leurs enfants une plus grande indépendance. Dans la même veine, ces pères étaient moins enclins que les mères vivant seules à surveiller ou à suivre le développement des jeunes âgés de 11 à 19 ans (Cookston, 1999).

Selon certaines études, les mères n’ayant pas la garde participent davantage à l’éducation des enfants que les pères se trouvant dans la même situation. En Californie, par exemple, des mères dont les enfants avaient été confiés à la garde exclusive du père passaient plus de temps à acheter des vêtements, à assurer le suivi des rendez-vous et à surveiller les devoirs, que les pères dont les enfants avaient été confiés à la garde exclusive de la mère (Maccoby et Mnookin, 1992).

En se servant des données de 1987-1988 de la U.S. National Survey of Families and Households, Stewart (1999) a examiné la façon dont les mères et les pères n’ayant pas la garde de leurs enfants utilisaient le temps qu’ils passaient avec eux. Contrairement aux attentes, les mères et les pères ont affiché des tendances similaires de participation aux activités (sorties, jeux et activités scolaires, par exemple), compte tenu des caractéristiques sociodémographiques et familiales. En effet, ces deux groupes consacraient à peu près le même temps aux loisirs qu’aux activités scolaires ou à d’autres activités organisées. Selon l’auteur, cette similitude d’empressement des parents auprès des enfants ne résidant pas avec eux pourrait s’expliquer par les circonstances entourant le rôle des parents résidant à l’extérieur du foyer plutôt que par une différence entre les sexes.

6.5 Les relations entre parents

Dans le Stanford Child Custody Project, un conflit majeur opposait le quart des parents au moment du divorce, mais cette proportion était tombée à 10 pour cent quelques années plus tard. Selon certaines estimations, 9 à 15 pour cent des couples vivent un désaccord grave et permanent (Pruett et Hoganbruen, 1998). Ces estimations donnent à penser qu’une minorité de couples vivent des rapports très conflictuels, mais cette minorité préoccupe considérablement les professionnels du divorce, notamment parce qu’elle est à l’origine de la majorité des litiges portés devant les tribunaux.

La plupart des auteurs affirment que c’est lorsque les parents communiquent régulièrement entre eux et qu’ils collaborent à l’éducation des enfants que la garde partagée fonctionne le mieux. Les sources de conflits risquent d’être plus nombreuses lorsque les enfants habitent à deux endroits différents, en raison de l’interaction fréquente jugée nécessaire entre les parents. De plus, la nature du rôle de parent change après le divorce. Les anciens couples qui, pendant la cohabitation, prenaient les décisions ensemble et se répartissaient les responsabilités quotidiennes doivent s’adapter à de nouvelles façons d’exercer leur rôle de parents, ce qui peut occasionner des tensions.

Au cours des recherches menées par Irving et al. (1984), la majorité des répondants (soit de 75 à 90 pour cent, selon l’élément examiné) ont dit que des questions comme l’éducation des enfants, les différences dans le mode vie et les contacts entre les parents n’étaient pas problématiques ou ne suscitaient que des difficultés mineures. Ces parents ont déclaré des conflits remarquablement peu nombreux et des communications généralement sans problèmes. Seul un répondant sur 10 avait exercé un recours en justice au sujet de l’entente et seuls 15 pour cent des parents concernés avaient déclaré que leurs accords financiers n’avaient pas été respectés. La majorité des répondants ont mentionné que les rapports qu’ils entretenaient avec leur ex-conjoint étaient raisonnablement ou même très amicaux, que ces rapports étaient restés les mêmes ou s’étaient améliorés au fil du temps et qu’ils avaient rarement eu des malentendus au sujet de l’éducation des enfants. Il a également été mentionné que ces parents discutaient rarement entre eux de questions qui ne concernaient pas les enfants. Encore là, il importe de souligner que cet échantillon était composé de volontaires et comprenait uniquement des personnes en situation de garde partagée, si bien qu’aucune donnée sur d’autres groupes n’est disponible à des fins de comparaison.

Selon Maccoby et Mnookin (1992), les communications entre parents ayant la garde partagée diminuaient avec le temps. Au cours du premier cycle d’entrevues menées peu de temps après la séparation, 68 pour cent des couples discutaient des enfants au moins une fois par semaine; trois ou quatre ans plus tard, seuls 41 pour cent des couples continuaient à le faire. Cette conclusion ne traduit pas nécessairement une situation négative : il se peut que le rôle de parent, en situation de négociations immédiatement après la séparation, nécessite une plus grande interaction et que ce besoin s’estompe au fur et à mesure que le temps passe.

Ces mêmes recherches ont permis de constater qu’il n’y avait pas d’écart majeur au niveau des conflits, en fonction du type de garde. Le quart des parents vivant une garde partagée avaient été classés comme des parents qui coordonnaient leurs objectifs et leurs stratégies parentales, et cette tendance est demeurée relativement stable pendant trois ans. Une deuxième réaction signalée a été le désengagement, c’est-à-dire que chacun des ex-conjoints exerçait son rôle de parent indépendamment de l’autre. La proportion de conjoints qui réagissaient ainsi a augmenté de 29 à 41 pour cent après trois ans. La troisième réaction observée était le conflit, c’est-à-dire que les communications entre parents étaient marquées par l’hostilité : ce type d’interaction a diminué de 34 à 26 pour cent après trois ans[24]. Proportionnellement, les conflits étaient plus fréquents dans les familles plus nombreuses, dont au moins un enfant n’était pas encore d’âge scolaire. Les parents qui se querellaient au début, et qui sont devenus moins belliqueux avec le temps, ont finalement adopté une attitude caractérisée par le désengagement ou l’absence d’interaction (ce qui est plus pertinent)[25].

D’après l’étude menée par Bailey auprès d’un échantillon non aléatoire (1991), les mères et les pères vivant une garde partagée avaient plus fréquemment des querelles verbales avec leur ex‑conjoint que les parents en situation de garde exclusive.

Les parents qui choisissent la garde partagée sont peut-être plus enclins à adopter une attitude de coopération. Tel qu’il est mentionné à la section 4.3, les parents en situation de garde partagée qui ont été interrogés avant que leur divorce ne devienne définitif avaient presque deux fois plus tendance que les mères ayant la garde exclusive à souligner qu’ils étaient disposés à coopérer (Pearson et Thoennes, 1990). Trois ans plus tard, la proportion de parents de cet échantillon qui qualifiaient d’ « impossible » la coopération avec leur ex-conjoint était la suivante : 10 pour cent dans le cas des parents en situation de garde partagée, 15 pour cent chez les parents ayant obtenu la garde légale conjointe, le père ayant toutefois la garde physique, 30 pour cent des parents ayant la garde exclusive et 30 pour cent des parents vivant une garde légale conjointe, la mère ayant toutefois la garde physique. Comme les auteurs le soulignent, il est difficile à première vue de déterminer la cause de ces résultats.

L’échantillon limité de couples, vivant une garde partagée par opposition à une garde exclusive, que Luepnitz a évalué (1986) présentait des différences au niveau des conflits qui opposaient les parents; ces conflits étaient moins marqués chez les parents qui avaient la garde partagée que chez les parents qui avaient la garde exclusive.

[TRADUCTION] Ce n’est pas que les parents ayant la garde conjointe [partagée] s’entendaient toujours parfaitement; ils avaient des désaccords et devaient souvent modifier les modalités de leur entente. Mais, ils pouvaient le faire d’une manière plus civilisée que les parents ayant la garde exclusive (Luepnitz, 1986 : 6).

Luepnitz reconnaît que les familles en situation de garde partagée ont peut-être [TRADUCTION] « choisi cette situation parce qu’elles sont capables de négocier raisonnablement ». De plus, les parents faisant partie de l’échantillon de Luepnitz étaient séparés depuis au moins deux ans.

Coysh et al. (1989) n’ont pu établir de liens entre les ententes de garde (garde partagée par opposition à la garde par la mère assortie d’un droit de visite pour le père) et les relations que les parents entretenaient entre eux deux ans après le divorce. Le facteur permettant le mieux de prédire la qualité des relations entre les conjoints après le divorce était la façon dont ceux-ci fonctionnaient avant le divorce. Ces auteurs ont observé [TRADUCTION] « une continuité marquée, après le divorce, du fonctionnement et du style de relation qui existaient avant la séparation ». Dans la même veine, l’état émotif des parents au moment de la séparation avait une grande influence sur les relations qui existaient entre les parents un an après (Maccoby et al., 1990).

Aucune donnée n’indique si le type d’entente a des répercussions négatives ou positives sur les relations entre parents. Toutefois, lorsque la garde partagée est ordonnée par le tribunal, il ressort de certaines données du Stanford Child Custody Project que les relations entre les ex‑conjoints sont plus conflictuelles et que les parents sont moins portés à coopérer que lorsqu’ils ont fait de la garde partagée leur premier choix (Maccoby et Mnookin, 1992).

Pearson et Thoennes (1990) ont présenté des données sur les types de conflit. Chez les mères ayant la garde exclusive, la plainte la plus fréquemment formulée (50 pour cent) concernait les visites annulées ou manquées. Dans le cas des mères en situation de garde partagée, 38 pour cent ont déploré le fait que les enfants passaient beaucoup trop de temps avec l’ex-conjoint. Indépendamment du type d’entente, 20 pour cent des répondants ont affirmé que des problèmes surgissaient du fait que les enfants rentraient tard de leur séjour chez leur père ou chez leur mère.

Malgré la [TRADUCTION] « conviction au cœur de la garde partagée», selon laquelle les parents coopèrent davantage à l’éducation des enfants, dans ce type d’entente que dans le cas des parents en situation de garde exclusive, cette conclusion ne bénéficie pas d’un soutien unanime (Pruett et Santangelo, 1999). D’après les données disponibles, le type d’entente n’a pas grand-chose à voir avec les relations entre les ex-conjoints. Selon toute vraisemblance, le facteur permettant le mieux de prédire la qualité des relations qu’entretiendra un couple divorcé est la qualité des relations qu’il entretenait avant la séparation.

6.6 La pensions alimentaire pour enfants

Au moment d’examiner les rapports pouvant exister entre les types de garde et le respect des obligations alimentaires envers les enfants, il faut éviter de présumer qu’il existe un lien de cause à effet. Ainsi, les données n’indiquent pas avec certitude si les parents résidant à l’extérieur du foyer et respectant leurs obligations alimentaires tendent à être plus près de leurs enfants ou si, à l’inverse, du fait qu’ils sont plus près de leurs enfants ces mêmes parents sont davantage enclins à payer la pension alimentaire.

Un lien positif a été observé entre le paiement de la pension alimentaire pour enfants et la garde partagée, mais le revenu du payeur n’a été pris en compte que dans quelques études seulement. D’abord, Brown et al. (1997) ont présenté des données sur le respect des obligations alimentaires envers les enfants couvrant une période de deux ans après le divorce. Selon ces données du Wisconsin, les taux de conformité variaient considérablement en fonction des différents types d’entente au cours de la deuxième année :

  • les taux de conformité les plus faibles ont été observés dans les cas où les pères avaient la garde (36 pour cent);
  • les taux de conformité s’établissaient à 57 pour cent, lorsque la mère avait la garde exclusive de tous les enfants;
  • les taux de conformité atteignaient 60 pour cent dans les cas où chaque conjoint avait la garde d’au moins un enfant;
  • les taux de conformité s’établissaient à 68 pour cent dans les cas de garde partagée sur une base égale[26];
  • les taux de conformité les plus élevés ont été observés dans les cas de garde partagée sur une base inégale, soit 77 pour cent.

Cependant, les parents en situation de garde partagée, que ce soit sur une base égale ou non, disposaient des revenus les plus élevés. Comme les chercheurs n’ont pas contrôlé le revenu, il faut se demander si c’est le revenu ou le type d’entente qui est le facteur déterminant dans le respect des obligations alimentaires envers les enfants.

Ensuite, dans l’analyse qu’ils ont faite à l’aide de la Survey of Income and Program Participation, Nord et Zill (1996) n’ont pas tenu compte du revenu non plus. La garde partagée était reliée de façon marginale à la question de savoir si la pension alimentaire pour enfants était versée ou non, mais indépendamment du montant versé.

Enfin, il ressort d’un échantillon de dossiers judiciaires analysés par Pearson et Thoennes (1990), deux ans après le jugement définitif, que 20 pour cent des mères ayant la garde exclusive avaient engagé des procédures afin d’obtenir le paiement de la pension alimentaire. Seulement 8 à 10 pour cent des parents ayant la garde légale conjointe ou la garde partagée l’avaient fait. Dans la prochaine section, le lecteur trouvera d’autres données sur les procédures engagées devant le tribunal après le divorce.

6.7 Le retour devant le tribunal après le divorce

Comme c’est le cas pour d’autres sujets traités dans le présent chapitre, les conclusions des recherches menées sur les procédures engagées devant les tribunaux après le divorce, en fonction des différents types de garde, sont contradictoires.

Lors de l’analyse de son échantillon composé de familles volontaires où dans 16 cas les enfants habitaient avec la mère, dans 16 autres cas avec le père et dans 11 cas où ils étaient en situation de garde partagée, Luepnitz (1986) a constaté qu’aucun parent de cette dernière catégorie n’était revenu devant le tribunal au sujet de la pension alimentaire ou du droit de visite, comparativement à 56 pour cent des parents ayant la garde exclusive.

Au Wisconsin, les procédures judiciaires engagées au cours des deux années qui ont suivi le jugement définitif de divorce ont été examinées pour les causes entendues de 1987 à 1992. Des cinq catégories d’entente examinées, les taux les plus élevés de retour devant les tribunaux ont été observés dans les cas de garde partagée sur une base inégale et dans les cas où chacun des parents avait la garde d’au moins un enfant, soit respectivement 45 et 43 pour cent. Des taux plus faibles ont été signalés dans les cas où la mère avait la garde (34 pour cent), dans ceux où le père avait la garde (30 pour cent) et dans ceux où la garde était partagée également (27 pour cent) (Brown et al., 1997). Les parents en situation de garde partagée inégalement ou ayant chacun la garde d’au moins un enfant de la famille étaient deux fois plus enclins que les autres parents à retourner devant le tribunal pour débattre de la question du lieu de résidence des enfants (environ 22 pour cent comparativement à 10 pour cent pour l’ensemble de l’échantillon). Il s’agissait des parents les plus susceptibles d’avoir retenu les services d’un conseiller juridique et d’avoir vécu des batailles juridiques au cours des procédures de divorce, ce qui permet de penser que cette tendance s’est peut-être poursuivie au cours des deux années qui ont suivi le divorce.

Les demandes de modification des ententes de garde examinées dans l’échantillon de Pearson et Thoennes (1990) variaient également selon le type de garde. Des tentatives de modification des ententes ont eu lieu dans 10 pour cent des cas où la mère avait la garde exclusive, dans 14 pour cent des cas où les deux parents avaient la garde légale conjointe et où la mère avait la garde physique, dans 29 pour cent des cas de garde partagée, dans 33 pour cent des cas où le père avait la garde physique et les deux parents avaient la garde légale conjointe et dans 39 pour cent des cas où le père avait la garde exclusive.

Selon une étude du Massachusetts, près de la moitié de l’ensemble des parents divorcés de l’échantillon sont retournés devant le tribunal afin de débattre à nouveau de certaines questions (Koel et al., 1994)[27]. Contrairement aux constatations faites dans les deux études susmentionnées, les types d’entente n’avaient aucun rapport avec la question de savoir s’ils allaient donner lieu à de nouvelles procédures. Cependant, parmi ceux qui avaient engagé de nouvelles procédures, les parents ayant la garde légale conjointe (ce qui comprenait la garde physique partagée) ont déposé un plus grand nombre de requêtes que les parents ayant la garde légale exclusive. Dans ces nouvelles procédures, les parents ont soulevé différentes questions, la pension alimentaire pour enfants étant la principale question soumise dans le cas des parents ayant la garde exclusive, tandis que les questions liées à la garde et au droit de visite étaient celles qui revenaient le plus fréquemment dans le cas des familles où le père et la mère avaient la garde légale conjointe.

Le résultat de ces retours devant les tribunaux sont intéressants, bien que les raisons qui sous-tendent ces différences nous échappent (les chercheurs n’ont recueilli que les données des dossiers judiciaires). Dans l’ensemble, 31 pour cent des familles en situation de garde légale conjointe ont obtenu la modification des ententes relatives à leurs enfants après les nouvelles procédures, comparativement à 13 pour cent seulement des familles où le père ou la mère avait la garde légale exclusive. Un examen des résultats des nouvelles procédures engagées par des familles en situation de garde légale conjointe, en fonction des modifications apportées au lieu de résidence des enfants, indique des écarts marqués :

  • le taux le plus élevé de modification du lieu de résidence des enfants a été observé dans les familles où le père et la mère avaient la garde physique conjointe, soit 57 pour cent;
  • le taux enregistré dans le cas des familles où les deux conjoints avaient la garde légale, mais où le père avait la garde physique, était très semblable à celui des familles en situation de garde physique conjointe, soit 56 pour cent;
  • dans le cas des familles où la garde légale avait été attribuée aux deux conjoints, mais où la mère avait la garde physique (la majorité du groupe), le taux de modification était nettement inférieur, soit 23 pour cent.

En conséquence, les familles où les deux conjoints avaient la garde légale (y compris la garde partagée) et celles dont les enfants résidaient avec le père obtenaient beaucoup plus souvent du tribunal des modifications à leur entente que les familles où les deux conjoints avaient la garde légale, mais où les enfants vivaient avec la mère, et que les familles où un seul des parents avait la garde légale. Même si ces nouveaux arrangements étaient peut-être consensuels, les auteurs soulignent que, vu le nombre de requêtes, les nouvelles procédures judiciaires étaient causées par des conflits opposant les parents. Ils ajoutent que les parents en situation de garde légale conjointe qui engageaient de nouvelles procédures n’étaient pas nécessairement insatisfaits de leur entente, car la plupart des familles en situation de garde conjointe qui ont modifié leurs ententes n’ont fait modifier que le lieu de résidence des enfants (Koel et al., 1994).

6.8 Résumé

La plupart des recherches sur la garde des enfants ont porté principalement sur les répercussions des différents types d’entente, notamment sur les enfants. Dans ce contexte, le chapitre 6 traitait des répercussions des diverses ententes de garde sur les enfants ainsi que de l’influence du conflit opposant les parents, du sexe du parent et des transferts ou « passages » d’une maison à l’autre dans les situations de garde partagée. L’adaptation des parents, les relations parent-enfant, les relations entre le père et la mère et le paiement de la pension alimentaire pour enfants ont également été examinés, tandis que l’incidence de nouvelles procédures judiciaires sur les ententes de garde a été brièvement résumée.

Les différents types de garde ne donnent lieu à aucun avantage ou inconvénient particulier : les enfants en situation de garde partagée évoluent aussi bien, au plan psychosocial, que les enfants confiés à la garde exclusive de leur père ou de leur mère. Aucune donnée n’indique que la garde partagée a pour effet d’exacerber les différends opposant les parents, mais ce sujet n’a pas été étudié de façon satisfaisante. Toutefois, certaines recherches donnent à penser que la discorde entre parents accroît le risque de conséquences négatives pour les adolescents en situation de garde partagée, lorsque les enfants se sentent déchirés entre le père et la mère.

Les données indiquent aussi que c’est le degré de surveillance exercée par le parent ayant la garde des enfants, et non le sexe de ce parent, qui est lié au comportement problématique des enfants.

Aucune conclusion ne peut être tirée des répercussions que peuvent avoir les transferts d’un foyer à l’autre dans les situations de garde partagée.

Aucun lien entre le type de garde et l’adaptation des parents n’a pu être établi. Cependant, les parents vivant la garde partagée semblent plus satisfaits que les autres, ce qui est peut-être lié au fait que ces mêmes parents ont eu moins de mal à s’adapter à leur rôle après le divorce. Dans les situations de garde partagée, la plupart des parents estimaient que leur ex-conjoint avait de bonnes relations avec leurs enfants et les adolescents vivant une garde partagée avaient davantage tendance à dire qu’ils se sentaient aussi proches de leur père que de leur mère. Par ailleurs, une minorité de parents ayant la garde partagée (environ le quart selon une étude) ont exprimé des préoccupations au sujet des répercussions que pouvait avoir sur leurs enfants le mode de vie de leur ex-conjoint, de même que la façon dont il jouait son rôle de parent. Il est difficile d’interpréter les données sur les relations des parents en situation de garde partagée par opposition à un autre type de garde, car ces parents ont choisi leur type d’entente et sont probablement plus en mesure de coopérer que de nombreux autres parents. Les données disponibles indiquent que le type de garde que les parents choisissent n’a pas grand-chose à voir avec les relations qu’ils entretiennent entre eux.

Plusieurs chercheurs ont soutenu que la garde partagée se traduisait par un plus grand respect des obligations alimentaires envers les enfants. Or, les données ne sont pas concluantes sur ce point.

Dans la même veine, les répercussions des types d’entente sur un retour devant le tribunal après le divorce — supposant un nouveau procès — ne sont pas claires, certaines études menées aux États-Unis faisant état de résultats contradictoires.

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