Ce que nous ont dit les femmes

Le graphique ci-dessous présente les thèmes les plus couramment abordés lors de la séance de dialogue portant sur la réalité des femmes. Certains thèmes faisant partie des grands thèmes généraux ont été exclus de ce graphique.

Femmes autochtones - Nombre d'énoncés par sujet
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Un diagramme à barres présente le nombre de fois que 5 principaux thèmes ont été abordés par des participants de séances de mobilisation avec les femmes :

  • Mauvais usage des pratiques culturelles : 5 fois
  • Rôle des femmes de la communauté : 4 fois
  • Inclusion de la prévention et l’intervention précoce : 3 fois
  • Violence contre les femmes : 3 fois
  • Problèmes avec les services de police : 3 fois

Il importe de souligner que nous n’avons tenu qu’une seule séance de dialogue sur les défis et les problèmes uniques auxquels les femmes autochtones sont confrontées dans le système de justice canadien. Au cours de cette séance, de nombreux intervenants nous ont fait part de leurs points de vue : les gouvernements provinciaux et territoriaux, des organismes à vocation juridique et politique pour les femmes, des gouvernements autochtones et des conseils tribaux, des groupes communautaires de justice réparatrice, des femmes travaillant en prévention et en éducation, des employés d’établissements correctionnels pour femmes, des organismes de guérison pour femmes ainsi que des femmes Aînées, gardiennes du savoir et officiantes de cérémonies. Bien qu’un grand nombre de sujets et d’idées aient été explorés lors de cette séance, les participants ont indiqué que des discussions plus approfondies étaient nécessaires et seraient bienvenues.

De nombreux participants ont mentionné que les femmes entrent en contact avec le système de justice pénale en raison de problèmes liés à la pauvreté et au manque de ressources. De nombreux déterminants sociaux de la justice, dont les dépendances, la violence conjugale, les problèmes de santé mentale et le chômage, ont été identifiés comme autant de domaines où des programmes et des mesures de soutien améliorés seraient nécessaires pour éviter aux femmes d’entrer dans le système de justice pénale. De meilleurs programmes aideraient à préserver l’unité des familles et favoriseraient la guérison des traumatismes intergénérationnels qui continuent de séparer les mères autochtones de leurs enfants.

[Traduction] « Ça a beaucoup à voir avec les dépendances, la santé mentale, les traumatismes, les relations toxiques, toutes ces choses. Et, la pauvreté y est pour beaucoup aussi, car on constate que bon nombre de femmes sont incarcérées en raison de crimes liés à la pauvreté ou à la survie. C’est à cette spirale qu’il faut mettre un terme dans le cadre de l’approche réparatrice. Il faut trouver des moyens de ne pas pénaliser les gens pour ce genre de choses, il faut mettre en place davantage de programmes communautaires, et des programmes d’intervention doivent être offerts par les tribunaux pour éviter aux gens d’aboutir en prison ».

« Il y a généralement des enfants dans l’équation et donc il faut tenir compte de la dimension familiale, car lorsque les femmes aboutissent en prison, elles perdent leur source de revenus, elles perdent la garde de leurs enfants, elles perdent leur logement. Et, il est ensuite très difficile pour elles de réintégrer leur communauté et de regagner toutes les choses qu’elles ont perdues. »

Les participants ont souligné que, lorsque des femmes entrent dans le système de justice pénale, très souvent, des enfants perdent leur mère. Selon les participants, les programmes qui permettent aux mères de prendre soin de leurs bébés pendant leur incarcération et de demeurer en contact avec les membres de leur famille contribuent fortement à réduire la récidive et à préserver les liens avec la culture et la communauté, ce qui facilite la réinsertion après la libération.

[Traduction] « Nous avons vu différentes situations, dont celle d’une jeune fille qui devait avoir 12 ou 13 ans quand sa mère a été incarcérée et qui était traumatisée parce qu’elle croyait que la vie en prison était comme ce qu’on voit à la télévision. Elle était absolument traumatisée de savoir que sa mère était en prison parce qu’elle pensait que les choses allaient être aussi difficiles pour elle que ce qu’on nous montre à la télévision. Nous avons tout organisé pour que la jeune fille puisse passer le week-end avec sa mère. La mère a donc pu préparer des repas avec sa fille dans la cuisine. Elle a pu échanger avec sa fille et celle-ci a pu retourner chez elle l’esprit plus tranquille en sachant que nous avions le bien-être de sa mère à cœur. »

Les femmes qui ont pris part à la séance de dialogue se sont exprimées ouvertement sur les façons dont le système de justice tente d’intégrer les pratiques culturelles « autochtones » à ses systèmes et programmes. À titre d’exemple, elles ont soulevé des inquiétudes liées à la vérification inadéquate des Aînés qui sont appelés à jouer un rôle au sein du système. Elles ont souligné que les Aînés devaient être recommandés par les communautés et les nations, plutôt que sélectionnés par le ministère de la Justice, et qu’une formation devait être donnée aux Aînés qui travaillent au sein du système afin d’éviter que des approches dépassées ou manquant de sensibilité ravivent les traumatismes.

[Traduction] « Il faut améliorer la formation. Il faut de meilleures formations pour vous, pour les Aînés et pour les administrateurs. Parce que j’ai constaté au fil des ans que les administrateurs sont totalement passifs-agressifs, complètement nuisibles et agressifs, et qu’ils ne veulent rien entendre en dehors de leur propre vision et de celle de leurs pairs. »

« Je pense que les personnes qui forment l’équipe culturelle et la génération plus âgée doivent recevoir une meilleure formation sur la façon de se montrer plus chaleureux, plus accueillant et plus encourageant envers la jeune génération, parce qu’elles sont très sceptiques et très négatives. Je pense que les traumatismes qu’elles ont vécus les ont rendues très dures et très agressives. Et, on suppose qu’il est normal qu’une grand-mère soit stricte, qu’une tante ou un oncle soient stricts, mais ils ne sont pas stricts, ils ont des comportements abusifs et préjudiciables pour la santé mentale. »

Tout au long de la séance, les participants ont parlé du rôle des femmes dans la société autochtone moderne, et des perceptions et des malentendus de nature culturelle qui font en sorte que de mauvais traitements sont infligés aux femmes, tant par les auteurs de crimes que par le système de justice pénale. Les femmes ont indiqué qu’elles n’avaient pas le sentiment d’avoir une importance aux yeux des personnes en position de pouvoir ou des services de police qui patrouillent et surveillent leurs communautés. Les femmes qui ont participé à la séance ont dit avoir souvent l’impression d’être considérées comme des objets, d’être sexualisées ou d’être utilisées uniquement à des fins symboliques, et ont expliqué que ces perceptions font en sorte qu’elles ne sont nulle part respectées au sein du système.

[Traduction] « Je suis l’Autochtone “de service”. On se sert de moi pour ma pertinence et mes connaissances culturelles, mais je ne suis pas respectée ou reconnue, et je suis tannée qu’on m’embauche uniquement parce que je suis autochtone. »

« À tous les niveaux, peu importe les obstacles économiques, les femmes sont perçues comme des marchandises tout juste bonnes à satisfaire les désirs sexuels. Cette normalisation doit cesser. »

Les femmes auxquelles nous avons parlé estiment qu’un effort concerté doit être déployé afin de réformer le système de classification des risques pour la sécurité, non seulement pour mieux tenir compte de la personne dans son ensemble, mais pour s’assurer que l’accès des femmes aux services et aux programmes ne soit pas limité par la cote de risque qui leur est attribuée. De plus, les femmes qui ont abordé cette question ont décrit les effets à long terme qu’une cote de risque en matière de sécurité peut avoir, notamment lorsque les femmes tentent de renouer avec leurs enfants après leur incarcération, et elles ont souligné qu’il peut être très difficile de s’affranchir de ce genre d’étiquettes. Les femmes veulent que le système de justice offre un véritable soutien aux familles autochtones.