Ce que nous ont dit les Aînés

Nous avons invité des Aînés à prendre part à la toute première séance de mobilisation sur la Stratégie en matière de justice autochtone, et à partager leurs histoires et leurs réflexions sur les défis et les possibilités auxquels les peuples autochtones font face en matière de justice d’un océan à l’autre. Nous avons organisé deux discussions pour les Aînés, une sur chacun des thèmes clés de la phase 1. Des Aînés de toutes les régions et de tous les groupes fondés sur les distinctions ont participé à ces réunions et ont fait connaître leurs points de vue.

Le graphique ci-dessous présente les principaux thèmes abordés par les Aînés lors des deux réunions; il n’inclut pas les grands thèmes abordés plus haut dans le présent rapport.

Aînés - Nombre d'énoncés par sujet
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Un diagramme à barres présente le nombre de fois que 6 principaux thèmes ont été abordés par des participants de séances de mobilisation avec les Aînés :

  • Rôles des Aînés dans le système de justice : 13 fois
  • Les pratiques de guérison axées sur la terre sont essentielles : 9 fois
  • Les jeunes ont des défis uniques en matière de justice : 7 fois
  • Inclusion des Autochtones vivant en milieu urbain : 6 fois
  • Commentaires sur la justice réparatrice : 5 fois
  • Inclusion de la prévention et l’intervention précoce : 5 fois

Les Aînés qui ont participé aux séances ont beaucoup insisté sur les jeunes et sur les défis auxquels ceux-ci sont confrontés en matière de justice, tant au sein de leur système d’origine qu’au sein du système colonial. À maintes reprises, ils ont souligné que les jeunes avaient des démêlés avec le système de justice en raison des problèmes causés par les traumatismes intergénérationnels et l’héritage des pensionnats.

[Traduction] « Pour moi, on en revient encore aux racines profondes de notre identité, à l’obligation de composer avec ce traumatisme intergénérationnel, ce traumatisme qui, encore aujourd’hui, a un impact sur nos jeunes. Et pas seulement nos jeunes, mais les personnes de tous âges. »

Les Aînés ont également partagé leurs préoccupations quant aux répercussions à long terme de la perte de contact avec la culture et la façon dont cette déconnexion entraîne les jeunes dans une mauvaise voie. Ils ont mentionné la nécessité de créer davantage d’espaces et de programmes pour amener les jeunes autochtones à reprendre contact avec leur héritage, leur langue, leurs terres et leurs coutumes. Les Aînés ont souligné que cette déconnexion fait en sorte que les jeunes sont laissés pour compte, alors qu’ils devraient plutôt être aiguillés vers des ressources culturellement adaptées et soutenus par un système qui reconnaît leurs traumatismes et les déterminants sociaux de la justice qui sont à l’origine de leurs démêlés avec le système de justice.

[Traduction] « Ce qui est vraiment important, c’est que nos jeunes puissent retrouver cette connexion au sein de nos communautés. Parce que beaucoup des nôtres entrent dans les institutions en étant complètement déconnectés de leur culture. Ils ne connaissent pas leur culture, leurs communautés—ils ne savent pas qui ils sont. Et je ne dis pas que c’est le cas de tout le monde, certains savent d’où ils viennent, mais ils se sont écartés des enseignements qu’ils ont reçus. Il me semble qu’il faudrait accorder beaucoup plus d’importance à la jeunesse, parce que beaucoup de nos jeunes passent entre les mailles du filet. Et, ils finissent par se perdre. Et, malheureusement, la grande majorité de ceux qui sont laissés pour compte aboutissent dans des endroits comme [les prisons]. »

Bon nombre d’Aînés ont également insisté sur la réalité de la population autochtone urbaine et sur la nécessité que SJA réponde aux besoins des Autochtones vivant en milieu urbain ou à l’extérieur de leur communauté. Les Aînés ont reconnu que de nombreux Autochtones vivant en milieu urbain n’entretiennent pas de liens avec leur nation ou leur territoire d’origine et n’ont pas accès aux programmes et aux mesures de soutien offerts dans les communautés autochtones. Il a également été question de la nécessité pour les Autochtones vivant en milieu urbain de renouer avec leur culture et leurs traditions avant un éventuel contact avec le système de justice pénale. Les programmes de soutien aux Autochtones en milieu urbain permettent à la fois de prévenir la criminalité et d’intervenir rapidement lorsqu’une personne a besoin d’aide.

[Traduction] « Si vous vivez hors réserve, il se peut que vous n’ayez pas accès à ces ressources, selon votre famille ou vos antécédents. Il n’y a pas d’endroits où une personne autochtone peut aller pour trouver un logement, avoir accès à des soins médicaux ou aux services d’un avocat, renouer avec sa famille d’origine, être hébergée temporairement ou obtenir une aide aux déplacements... le genre de choses auxquelles nous avons accès dans nos réserves. En général, aucun des services que nous recevons dans les réserves ne nous suit hors réserve. »

L’intervention précoce était également à l’avant-plan des préoccupations des Aînés. Ceux-ci ont souligné que, le plus souvent, les Autochtones qui sont accusés d’un crime sont déclarés coupables et condamnés à des peines plus sévères que les personnes non autochtones qui ont des démêlés avec la justice. De façon générale, les Aînés étaient d’avis que le fait d’intervenir avant le dépôt d’accusations ou, à tout le moins, d’offrir un soutien au moment où une personne autochtone doit commencer à s’orienter dans le système de justice pénale contribuerait à assurer un traitement plus juste et plus équitable des délinquants autochtones.