Budget supplémentaire des dépenses 2020-2021 et budget principal des dépenses 2021-2022

Enjeux COVID-19

Répercussion sur le système judiciaire

Contexte

Comité d’action sur l’administration des tribunaux en réponse à la COVID-19

Les tribunaux représentent un pilier de la démocratie et de l’activité économique au Canada, et constituent un service essentiel pour les Canadiens et les Canadiennes. Toutefois, en raison de la pandémie de COVID-19, les tribunaux ont été contraints de réduire considérablement leurs activités pour respecter les règles de distanciation physique et les autres exigences en matière de santé et de sécurité publiques.

C’est pourquoi le très honorable Richard Wagner, juge en chef du Canada et président du Conseil canadien de la magistrature, et l’honorable David Lametti, ministre de la Justice et procureur général du Canada, ont mis sur pied le Comité d’action sur l’administration des tribunaux en réponse à la COVID-19.

Le Comité d’action fournit un leadership national afin d’appuyer le travail des gouvernements provinciaux et territoriaux, des différents tribunaux et de leurs administrateurs dans le rétablissement progressif du fonctionnement complet des tribunaux du Canada tout en assurant la sécurité des utilisateurs et du personnel.

À mesure que la population canadienne et ses collectivités sortent de la crise actuelle et s’adaptent aux nouvelles réalités découlant de la COVID-19, les tribunaux seront essentiels à une reprise nationale plus vaste. En fournissant aux décideurs provinciaux, territoriaux et judiciaires les meilleurs renseignements possible en matière de santé et de sécurité et en favorisant l’échange d’information sur les solutions novatrices et les pratiques exemplaires adoptées par les tribunaux de diverses administrations pour aider à rétablir leurs activités, le Comité d’action les aide à assurer la sécurité et le bien-être des utilisateurs des tribunaux, tout en faisant progresser l’intérêt commun de la société canadienne à l’égard d’un système de justice sécuritaire et accessible.

Jordan

En vertu de l’alinéa 11b) de la Charte, les personnes accusées ont le droit constitutionnel d’être jugées dans un délai raisonnable, et le non-respect de ce droit peut se solder par un arrêt des procédures. Dans l’arrêt R. c. Jordan, rendu en 2016, la Cour suprême du Canada a établi des plafonds numériques au-delà desquels il est présumé que la Couronne doit établir la présence de « circonstances exceptionnelles ». Le délai entre le dépôt des accusations et la conclusion du procès est fixé à 18 mois pour les affaires instruites devant une cour provinciale et à 30 mois pour les affaires instruites devant une cour supérieure ou celles instruites devant une cour provinciale à l’issue d’une enquête préliminaire. Des circonstances exceptionnelles sont des circonstances qui échappent au contrôle de la Couronne, c’est-à-dire qu’elles sont raisonnablement imprévues ou raisonnablement inévitables, et qu’on ne peut raisonnablement y remédier.

Statistique Canada peut fournir des détails sur le nombre et le pourcentage d’affaires suspendues ou retirées en raison d’un délai déraisonnable, jusqu’en 2018-2019 inclusivement. La première publication des données trimestrielles comprendra les données du premier trimestre de 2019-2020 et du premier trimestre de 2020-2021 et est prévue pour la fin du printemps ou le début de l’été 2021.

En 2020, le ministère de la Justice du Canada a effectué des recherches dans la jurisprudence portant sur l’alinéa 11b) de la Charte. La jurisprudence ne représente qu’une fraction des décisions judiciaires dans l’ensemble du Canada, de sorte que les renseignements suivants ne donnent qu’un portrait partiel de la situation. Le Ministère a recensé 31 affaires où des procédures ont été suspendues en raison de délais selon l’arrêt Jordan (alinéa 11b)) et 13 affaires où elles n’ont pas été suspendues. Vingt-et-unes des 31 affaires qui ont été suspendues concernaient des délais survenus exclusivement avant la pandémie (avant le 12 mars 2020). Les dix autres affaires ont entraîné des délais tant avant que depuis la pandémie, mais pour lesquels le temps total dépassait la limite établie par l’arrêt Jordan, même en déduisant les délais liés à la pandémie comme « circonstance exceptionnelle ». Les 13  affaires qui n’ont pas été suspendues comprenaient une déduction des délais liés à la pandémie dans le cadre de l’exemption des critères de l’arrêt Jordan pour « circonstances exceptionnelles », ce qui plaçait les délais dans les limites de l’arrêt Jordan. Un tableau avec ces références jurisprudentielles est joint.

Projet de loi C-23

Le 24 février 2021, le projet de loi C-23, Loi modifiant le Code criminel et la Loi sur l’identification des criminels et apportant des modifications connexes à d’autres lois (réponse à la COVID-19 et autres mesures) a été déposé. Le projet de loi propose des réformes qui, entre autres, élargiraient le recours aux comparutions à distance (par vidéoconférence et audioconférence), élargiraient et actualiseraient le régime de télémandats, amélioreraient l’utilisation de la technologie dans le processus de sélection des jurés, permettraient aux fonctionnaires des tribunaux d’aider les accusés non représentés dans les affaires administratives et offriraient une certaine souplesse dans le processus de prise d’empreintes digitales. Ces modifications profiteraient au système de justice pénale au-delà de la pandémie, puisque les tribunaux gèrent les arriérés et cherchent à utiliser davantage la technologie pour les processus judiciaires et les procédures virtuelles. Le projet de loi C-23 a été inspiré par des discussions avec les provinces et les territoires, ainsi que par les commentaires reçus d’autres intervenants clés, y compris la magistrature par l’entremise du Comité d’action sur l’administration des tribunaux en réponse à la COVID-19.

Annexe – Tableau des décisions publiées 2020

P/T

Instances suspendues

Instances non suspendues

  1. Affaires publiées dans lesquelles la question du paragraphe 11(b) ne concernait que des retards antérieurs à la COVID-19 (12 mars 2020) mais rendues en 2020 et dans lesquelles il a été conclu à un retard déraisonnable.

 

  1. Affaires concernant des retards survenus depuis la COVID-19 (en tant que « circonstance exceptionnelle ») ainsi que des retards importants survenus avant la pandémie et pour lesquels on a conclu à un retard déraisonnable.

 

  1. Affaires concernant des retards survenus depuis la COVID-19 que les tribunaux ont considérés comme une « circonstance exceptionnelle » aux fins du critère de l’arrêt Jordan, sans qu’il y ait conclusion de retard déraisonnable

* Il convient de noter que la plupart de ces affaires comprenaient également des retards antérieurs à la pandémie.

ON

R. c. Dawood, 2020 ONCJ 18
R. c. J.P.,2020 ONCJ 27
R. c. Gill, 2020 ONCJ 124
R. c. Elakrat, 2020 ONCJ 343 (29 juillet 2020)
R. c. Kande, 2020 ONCJ 446 (6 octobre 2020)
R. c. Brar, 2020 ONSC 4740 (14 août 2020)
R. c. Ryan, [2020] O.J. No. 4382 (27 août, 2020)
R. c. Betz, 2020 ONCJ 377 (27 août 2020)
R. c. Patriquin, [2020] O.J. No. 5946 (27 octobre 2020)
R. c. Mikhailov, 2020 ONCJ 507 (6 novembre, 2020)
R. c. Vivian, [2020] O.J. No. 5663 (7 décembre 2020)

R. c. J.P.,  2020 ONSC 6982 (19 novembre 2020)
R. c. Ottewell, 2020 ONCJ 623 (30 novembre 2020)
R. c. Villanti, 2020 ONCA 755 (30 novembre 2020)

R. c. Truong, 2020 ONSC 613 (22 décembre 2020)
R. c. G.R., 2020 ONCJ 578 (9 décembre 2020)
R. c. Simmons, 2020 ONSC 7209 (27 novembre 2020)
R. c. Stack, 2020 ONCJ 544 (23 novembre 2020)
R. c. Drummond, 2020 ONSC 5495 (14 septembre 2020)

QC

R. c. J.F., 2020 QCCA 666
R. c. McBride, 2020 QCCQ 8802
R. c. Thanabalasingham, 2020 CSC 18
Ste-Marie c. R., 2020 QCCA 1118 (3 septembre 2020).

Agence du revenue du Québec c. Morris, 2020 QCCQ 4200 (2 octobre 2020)
Côté c. R., 2020 QCCQ 3906 (25 septembre 2020)

 

AL

R. c. Gray, 2020 ABQB 68 (27 janvier 2020)
R. c. Forsyth, 2020 ABQB 86 (4 février 2020)

R c Campbell, 2020 ABQB 624 (15 octobre 2020)

R. c. Harker, 2020 ABQB 603 (17 septembre 2020)
R. c. Loblaws Inc., 2020 ABPC 250 (7 décembre 2020)
R. c. KGY, 2020 ABPC 171 (19 octobre 2020)
R c Berard, 2020 ABQB 345 (21 mai 2020)

SK

R. c. Robb, 2020 SKQB 60 (6 mars 2020)

R. c. Pennington, 2020 SKQB 198, (4 août 2020)
R. c. T.S.H., 2020 SKPC 25 (11 juin 2020)

R. c. Cathcart, 2020 SKQB 270 (23 octobre 2020)
R. c. Awasis, 2020 SKPC 41(22 octobre 2020)
R c Morrison, 2020 SKPC 28 (3 juillet 2020)

C.-B.

R. c. Berry, 2020 BCPC 79 (23 mars 2020

 

R. c. Ali Ismail, 2020 BCPC 144 (24 juillet 2020)

N.-É.

R. c. Ellis, 2020 NSCA 78 (9 décembre, 2020)
R. c. Tolbert, 2020 NSPC 51 (18 décembre 2020)

 

 

MB

 

R. c.Folster, 2020 CarswellMan 303 (30 juillet 2020)

 

T.-N.-L.

 

R. c. (W.L.), 2020 CanLII 100563(16 décembre 2020)

 

Répercussions sur les opérations du Ministère

Contexte

L’Organisation mondiale de la santé a déclaré une pandémie mondiale le 11 mars 2020. Cette annonce a rapidement été suivie de déclarations de l’état d’urgence dans l’ensemble des provinces et des territoires du pays. La situation risquait d’avoir de graves répercussions sur les employés et les activités du ministère de la Justice du Canada.

Grâce à un suivi étroit de la situation et à des préparatifs amorcés dans les mois précédant immédiatement la déclaration de la pandémie, le Ministère était bien placé pour poursuivre ses activités au fil de l’évolution de la situation d’urgence. Les bureaux du ministère de la Justice n’ont jamais fermé : bien que des restrictions aient été imposées et que la plupart des employés se soient mis au télétravail, les bureaux sont restés à la disposition des personnes fournissant des services essentiels et dont le travail ne pouvait être exécuté à distance. Au fil des défis sans précédent qui ont accompagné la crise de la COVID‑19, le Ministère a pu continuer à fournir les services de consultation juridique et de rédaction législative et réglementaire qui étaient essentiels à la réponse du gouvernement du Canada à la pandémie.

Depuis le début de la pandémie, les fermetures d’écoles et de garderies ont eu des répercussions à l’égard des employés du Ministère qui, dans certains cas, ont dû trouver un équilibre entre le travail à domicile et les obligations relatives à la garde des enfants. Pour combler les besoins de chaque employé, des modalités de travail souples et de rechange ont été mises en œuvre pour aider à équilibrer le travail et les obligations relatives à la garde des enfants et, au cas par cas, d’autres congés payés ont été accordés lorsque d’autres modalités de travail étaient impossibles. Grâce à ces assouplissements, tout au long de la pandémie, l’effectif du Ministère a continué à travailler à un niveau d’efficacité de 97,5 %, ce qui signifie que seulement 2,5 % de toutes les heures de travail possibles ont été couvertes par d’autres congés payés dans les cas où, entre autres raisons, l’employé avait une obligation relative à la garde d’enfants ou une obligation de prendre soin d’un membre de la famille atteint de la COVID‑19; éprouvait des problèmes de santé qui l’empêchaient de se rendre au travail et, en raison de la nature de ses fonctions, ne pouvait pas travailler à distance ou, en raison de difficultés techniques, était incapable de se connecter à distance.

Le ministère de la Justice du Canada a exercé tôt un leadership novateur dans la réponse opérationnelle à la COVID‑19. Le Ministère a pris des mesures précoces pour produire un plan détaillé en vue de l’assouplissement graduel des décrets d’urgence à l’échelle nationale. Le Plan d’assouplissement des restrictions en milieu de travail du Ministère et les documents de formation connexes ont été largement diffusés. Ce plan et les directives données aux gestionnaires, de même que les communications diffusées aux employés sont constamment mis à jour en fonction des directives des organismes centraux et des autorités de santé publique. En plus des mesures destinées à munir les employés d’équipement et de matériel de protection et à préparer le lieu de travail à une présence sécuritaire, le Ministère a créé une application pour permettre aux employés de demander l’accès aux lieux de travail et aider les gestionnaires à examiner les demandes des employés et à y répondre. L’application aide à gérer le nombre de personnes qui entrent sur les lieux de travail du Ministère et à maintenir une distance physique appropriée. Elle permet aussi aux utilisateurs de soumettre à l’approbation de leur gestionnaire des demandes d’accès au bureau pour une date, une heure et un étage précis, et de consulter les niveaux d’occupation avant de demander et d’approuver des demandes d’accès de manière à planifier les visites en toute sécurité. (L’application ne recueille pas de renseignements personnels ou sur l’état de santé, car elle a été créée simplement pour faciliter la planification de l’accès et contrôler le nombre de personnes sur nos lieux de travail.)

Pour soutenir le télétravail, la Direction générale des solutions informatiques a réaffecté plusieurs employés pour combler les besoins technologiques du Ministère. Les comptes personnels Microsoft Teams créés pour tous les employés continuent de fournir une capacité de clavardage et de vidéoconférence indépendante du réseau du Ministère. De plus, une équipe continue d’être affectée à l’imagerie et à l’expédition d’appareils aux domiciles des employés afin de permettre la poursuite du télétravail.

La plupart des employés du ministère de la Justice continuent de travailler à distance. Depuis la réouverture des tribunaux et la tenue d’audiences virtuelles, une grande partie des activités courantes ont repris et de plus en plus d’employés reviennent sur le lieu de travail. Le Ministère reste attentif à la situation et réceptif aux avis des autorités de santé publique et aux directives des organismes centraux. Il continue à s’employer à mettre en application les leçons tirées de la situation sans précédent des derniers mois, à se préparer à d’éventuelles résurgences locales et à peaufiner ses plans en vue d’une présence accrue au bureau et d’un recours croissant à la technologie. À ce stade-ci, l’état final prévu n’est pas axé sur un retour à la normalité d’avant la COVID, mais sur l’arrivée d’une nouvelle normalité.