3. Budget de 2023

Mandat et priorités ministériels

Le ministère de la Justice a reçu un financement dans le budget de 2023 pour faire avancer trois priorités ministérielles clés :

  1. 83,9 millions de dollars sur cinq ans, à partir de 2023-2024, et 18,7 millions de dollars par année par la suite pour la Commission indépendante d’examen des erreurs du système judiciaire,
  2. 95,8 millions de dollars sur cinq ans, à partir de 2023-2024, et 20,4 millions de dollars par année par la suite pour aider les familles autochtones à accéder aux informations sur leurs proches disparus et assassinées, et pour améliorer les services aux victimes afin de les aider dans leur parcours de guérison, et
  3. 43.5 millions de dollars à partir de 2023-2024 pour maintenir le soutien fédéral aux services d’aide juridique aux immigrants et réfugiés.

Le budget de 2023 a également engagé des fonds pour des initiatives politiques clés d’intérêt pour le ministère de la Justice menée par d’autres ministères, telle que des investissements pour continuer à soutenir la Stratégie canadienne de lutte contre le racisme et le financement pour faire progresser l’égalité des sexes au Canada, en mettant particulièrement l’accent sur les femmes autochtones, les femmes handicapées, les personnes 2SLGBTQI+, ainsi que les migrantes, les nouvelles arrivantes, les femmes noires et racisées.

Évaluation initiale du budget

Exigences législatives :

Le budget de 2023 contient plus de 40 initiatives présentant un intérêt pour les clients des unités de services juridiques (USJ), notamment :

*Les détails de certaines de ces initiatives législatives sont abordés ci-après.

Autres investissements liés à la justice :

Pour le service public :

Un Engagement continu en faveur de l’intersectionnalité :

Le budget de 2023 soutient les mandats ministériels du ministère pour faire avancer la voie de la réconciliation, s’attaquer aux inégalités systémiques et aux disparités ancrées dans notre société et nos principales institutions, et veiller à ce que les politiques publiques soient éclairées et élaborées à travers des cadres de lentilles intersectionnelles.

Un aperçu de ces initiatives révèle un financement pour soutenir l’avancement de l’égalité des sexes à la fois au niveau national et international, avec des engagements pour soutenir les personnes vivant dans les communautés rurales, les organisations travaillant avec des groupes méritant l’équité, le développement d’un système de garde de jeunes enfants, et les modifications proposées au Code canadien du travail pour inclure un nouveau congé en cas de fausse couche.

Le budget de 2023 finance également des initiatives visant à améliorer l’accès à la justice familiale, aux soins de santé sexuelle et reproductive et au logement abordable. Des fonds sont prévus pour l’aide juridique aux immigrants et aux réfugiés, pour lutter contre le racisme systémique, la discrimination et la haine, et pour s’appuyer sur la Stratégie canadienne de lutte contre le racisme. En outre, les investissements financeront des initiatives visant à accélérer la voie de la réconciliation en soutenant le Plan d’action national pour mettre fin à la tragédie des femmes et des filles disparues et assassinées, y compris les personnes 2SLGBTQI+, et en apportant un soutien aux victimes, aux survivants et aux familles. Il soutient également des initiatives visant à améliorer l’accès aux services de santé pour les enfants autochtones.

Contexte :

La ministre des Finances, Chrystia Freeland, a présenté son troisième budget fédéral le 28 mars 2023 en vue d’une voie budgétaire prudente vers la stabilité et la croissance future en période de pressions inflationnistes, de hausse des taux d’intérêt et de tensions géopolitiques à l’échelle mondiale. Le budget de 2023 poursuivra les efforts de réduction des dépenses publiques annoncés dans l’Énoncé économique de l’automne de 2022, afin de ramener le rythme et l’ampleur de la croissance des dépenses publiques sur une trajectoire prépandémique. À cette fin, le budget de 2023 se concentre sur l’économie et plus particulièrement sur son ralentissement global, l’inflation et la croissance économique avec des mesures ciblées d’accessibilité financière, l’augmentation du financement des soins de santé publique et la transition vers une économie verte.

Compte tenu de la situation géopolitique actuelle, le budget de 2023 a offert peu de nouveaux investissements dans les portefeuilles de la défense et de la politique étrangère; cependant, des fonds ont été alloués au projet de loi C-41, Loi modifiant le Code criminel et d’autres lois en conséquence pour soutenir les changements apportés au Code criminel afin de créer un mécanisme permettant l’aide humanitaire dans les zones contrôlées par des groupes terroristes. Le budget de 2023 accorde également à l’Ukraine un prêt de 2,4 milliards de dollars par l’intermédiaire du compte administré par le Fonds monétaire international pour l’Ukraine, ainsi qu’un don de 200 millions de dollars d’équipement opérationnel existant des Forces armées canadiennes, y compris huit chars de combat principaux Leopard II annoncés précédemment.

Compte tenu des projections actuelles de croissance économique, le gouvernement prévoit que le déficit sera ramené à 14 milliards de dollars d’ici 2027-2028, mais note qu’il ne faut pas s’attendre à des budgets équilibrés au cours des cinq prochaines années. En conséquence, l’analyse initiale suggère que toutes les demandes de budget du ministère n’ont pas été financées; toutefois, cela reste sujet à la confirmation du ministère des Finances.

Annex A : Ventilation des items budgétaires par thèmes dans la lettre aux ministères des finances

Exécuter le Plan d’action national pour mettre fin à la tragédie des femmes et des filles autochtones disparues et assassinées (FFADA) : Accroître l’accès à des services, à des soutiens et à des politiques d’aide aux victimes adaptés à la culture autochtone dans l’ensemble du Canada
Renouveler et développer les Unités de liaison pour l’information à l’intention des familles et les services communautaires, et améliorer l’accès aux services d’aide aux victimes gérés par les autochtones 95,8 millions de dollars sur cinq ans, à partir de 2023-2024, et 20,4M millions de dollars par année par la suite pour aider les familles autochtones à accéder aux informations sur leurs proches disparus et assassinées, et pour améliorer les services aux victimes afin de soutenir leur parcours de guérison. Ce financement permettrait de renouveler les programmes existants et de les élargir pour inclure le soutien aux familles des victimes autochtones 2ELGBTQI+ qui sont des hommes. (page 147)
Commission indépendante d’examen des erreurs du système judiciaire
Création d’une commission indépendante d’examen des erreurs du système judiciaire 83,9 millions de dollars sur cinq ans et 18,7 millions de dollars versés à Justice Canada pour la Commission indépendante de révision des erreurs du système judiciaire. (page 164)
Investir dans un financement durable et à long terme de l’aide juridique
Augmentation du financement de l’aide juridique en matière criminelle La décision d’augmenter la contribution fédérale pour l’aide juridique en matière criminelle est reportée à l’Énoncé économique de l’automne 2023.
Augmentation du financement d’un programme fédéral d’aide juridique aux immigrants et aux réfugiés 43,5 millions de dollars en 2023-2024 pour maintenir le soutien fédéral aux services d’aide juridique aux immigrants et aux réfugiés. Pas d’allocation pour les années suivantes. (page 171)
D’autres ministères gouvernementaux ont dirigé des points clés (y compris le financement et/ou les incidences potentielles pour Justice Canada)
Programme de financement des projets d’infrastructure de sécurité pour les communautés à risque
Sécurité publique Canada
49,5 millions de dollars sur cinq ans, à partir de 2023-2024, pour améliorer et élargir le Programme de financement des projets d’infrastructure de sécurité pour les communautés à risque et permettre de mieux répondre aux besoins en matière de sécurité des communautés, qui sont en constante évolution. (page 161)
Mise à jour du Plan d’action pour les langues officielles
(ministère responsable Patrimoine Canada)
16,3 millions de dollars sur cinq ans.373,7 millions de dollars sur cinq ans, à compter de 2023-2024 afin d’appuyer les initiatives fédérales nouvelles et bonifiées prévues dans le Plan d’action pour les langues officielles – 2023-2028. (page 157)
La Stratégie canadienne de lutte contre le racisme
Patrimoine Canada
25,4 millions de dollars sur cinq ans, à partir de 2023-2024, et 0,6 million de dollars par la suite pour continuer à soutenir la Stratégie canadienne de lutte contre le racisme et pour combattre le racisme envers les Autochtones, les Noirs, les Asiatiques, ainsi que l’antisémitisme et l’islamophobie. (page 162)
Revue de la sécurité nationale et du renseignement
(ministère responsable Bureau du Conseil privé)
4,2 millions de dollars sur deux ans.53 millions sur deux ans (dont 10 millions de dollars seront financés par les ressources existantes) pour le BCP, l’ASFC, le MPO, le CST, le SCRS, le MDN, AMC, IRCC, l’JUS, l’ASPC, SP, la GRC et TCNote de bas de page 1, qui ont des mandats en matière de sécurité et de renseignement, afin qu’ils continuent à satisfaire aux exigences d’examen de la OSSNR et de la NSICOP.Note de bas de page 2 (page 175)
Items des organisations du portefeuille du ministère de la Justice
Financement lié à la réforme en cours de la législation sur la protection de la vie privée visant les actions relatives aux violations de la sécurité de la vie privée et l’arriéré de plaintes 6,4 millions sur deux ans pour le Commissariat à la protection de la vie privée afin d’entreprendre des enquêtes plus approfondies sur les atteintes à la vie privée dans les organismes publics et privés afin d’améliorer les taux de réponse aux plaintes liées à la protection de la vie privée des Canadiens et d’opérationnaliser de nouveaux processus nécessaires à la mise en œuvre de la Loi sur la protection de la vie privée des consommateurs. (page 217)

Projet de loi C-47, Loi portant exécution de certaines dispositions du budget déposé au Parlement le 28 mars 2023

Le projet de loi C-47 propose de renforcer le régime canadien de lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme afin de faciliter les enquêtes et les poursuites relatives à ces crimes. Il propose également de lutter contre les prêts abusifs en abaissant le taux d’intérêt criminel.

Lutte contre le blanchiment d’argent

Taux d’intérêt criminel

Questions et réponses sur la lutte contre le blanchiment d’argent

Question : Comment ces amendements répondent-ils aux préoccupations soulevées par la Commission Cullen?

Réponse : La Commission Cullen a recommandé des mesures visant à augmenter le nombre d’enquêtes sur le blanchiment d’argent et à intensifier les efforts pour récupérer les produits de la criminalité. Les modifications proposées au Code criminel aideront les forces de l’ordre à mettre en œuvre ces mesures.

Question : Pourquoi ne fait-on pas plus en matière de réforme du Code criminel pour répondre aux conclusions et recommandations critiques de la Commission Cullen?

Réponse : Les mesures pénales prises par le Canada pour lutter contre le blanchiment d’argent dans le Code criminel respectent nos obligations internationales et ont donné lieu à des conclusions positives de la part de la commission Cullen. Cela dit, nous envisageons d’autres réformes du Code criminel pour mieux répondre aux défis associés au blanchiment d’argent et aux crimes financiers et nous attendons avec impatience le prochain examen parlementaire de la Loi sur le recyclage des produits de la criminalité et le financement des activités terroristes.

Questions et réponses sur les taux d’intérêt criminels

Question : Pourquoi le gouvernement a-t-il mis tant de temps à proposer des amendements pour lutter contre les prêts abusifs?

Réponse : Ces amendements s’appuient sur les avis des parties prenantes issus d’une consultation nationale sur la question de la répression des prêts abusifs. Le ministère des Finances a reçu plus de 100 propositions de grande qualité émanant de l’industrie, des défenseurs des consommateurs et des gouvernements provinciaux. Le gouvernement prend aujourd’hui des mesures pour faire avancer ces modifications.

Question : Comment le gouvernement a-t-il déterminé un nouveau taux de 35 % pour le TAC?

Réponse : L’année dernière, le ministère des Finances a entrepris une consultation publique sur la question, au cours de laquelle il a reçu des commentaires de grande qualité de la part d’un large éventail de parties prenantes, y compris l’industrie, les défenseurs des consommateurs et les gouvernements provinciaux. Ces avis ont contribué à la détermination du nouveau taux proposé, qui équivaut au taux d’intérêt maximum en vigueur au Québec. Le Québec est la seule province qui fixe un taux maximum pour les prêts à la consommation.

Question : Pourquoi le gouvernement propose-t-il un pouvoir réglementaire pour exempter les accords ou les arrangements de l’article 347?

Réponse : L’article 347 englobe pratiquement tous les accords et arrangements de prêt au Canada, bien que cette disposition ait été adoptée pour lutter contre le prêt usuraire.

Un pouvoir réglementaire permettrait au gouvernement de remédier à cet impact involontaire et d’exempter des accords ou des arrangements de l’application des dispositions relatives au taux d’intérêt criminel, tels que les transactions commerciales complexes.

Contexte :

Le 20 avril 2023, le gouvernement a présenté le projet de loi C-47, Loi no 1 d’exécution du budget de 2023. Cette loi propose de mettre en œuvre de nombreux engagements clés du gouvernement en 2023.

Lutte contre le blanchiment d’argent

Le budget 2023 a annoncé l’intention du gouvernement d’apporter des modifications législatives à la Loi sur le recyclage des produits de la criminalité et le financement des activités terroristes (LRPCFAT) et au Code criminel afin de renforcer les outils d’enquête, d’application de la loi et d’échange d’information du régime canadien de lutte contre le blanchiment d’argent et le financement des activités terroristes (LBC/FAT). Les modifications ci-dessous répondent à cet engagement.

Le projet de loi propose deux amendements au Code criminel pour soutenir les enquêtes et les poursuites en matière de criminalité financière, y compris le blanchiment d’argent :

L’examen parlementaire de la Loi sur le recyclage des produits de la criminalité et le financement du terrorisme devrait commencer dans le courant de l’année. Cet examen donnera au gouvernement l’occasion d’envisager des modifications législatives supplémentaires et d’autres mesures pour répondre aux menaces associées au blanchiment d’argent et au financement du terrorisme.

Taux d’intérêt criminel

Ce projet de loi propose trois modifications principales aux dispositions relatives au taux d’intérêt criminel :

Dans sa lettre de mandat pour 2021, la vice-première ministre s’est engagée à « sévir contre les prêteurs prédateurs en abaissant le taux d’intérêt criminel ». Cet engagement s’inscrit dans le prolongement d’un engagement antérieur pris dans le budget de 2021, selon lequel le gouvernement lancerait une consultation sur l’abaissement du taux d’intérêt criminel dans le Code criminel applicable, entre autres, aux prêts à tempérament proposés par les prêteurs sur salaire.

L’article 347 du Code criminel prévoit actuellement une infraction pour la conclusion d’un accord ou le paiement d’un intérêt à un taux criminel. Ce taux est défini comme « un taux d’intérêt annuel effectif, calculé conformément aux pratiques et principes actuariels généralement admis, qui excède soixante pour cent sur le crédit consenti en vertu d’un contrat ou d’un arrangement ». La réduction du TAC à 35 % s’aligne sur le plafond des taux d’intérêt en vigueur au Québec pour les consommateurs. Elle s’aligne également sur les juridictions de nombreux États américains.

En 2007, le Parlement a adopté le projet de loi C-26, qui modifie le Code criminel afin de mettre en place un régime législatif qui exempte certains contrats de prêt sur salaire de l’application de l’article 347 du Code criminel et de l’article 2 de la Loi sur l’intérêt. À ce jour, neuf provinces (à l’exception du Québec et des territoires) ont été désignées par le gouverneur en conseil pour bénéficier d’une exemption pour les prêts sur salaire.

Le secteur des prêts sur salaire répond à une demande très réelle du marché pour des produits de prêt. Les prêteurs sur salaire accordent des prêts à des taux considérablement plus élevés que le plafond pénal, si l’on tient compte de tous les frais et autres charges liés à ces prêts.

Jusqu’au budget de 2023, il n’y avait pas de plafond sur ce que les provinces et les territoires, qui étaient désignés pour recevoir une exemption, pouvaient facturer. Le plafond de 14 dollars par tranche de 100 dollars fixé dans le budget pour les prêts sur salaire serait conforme à celui de Terre-Neuve-et-Labrador, qui a actuellement le plafond le plus bas de toutes les provinces en vertu de la législation sur la protection des consommateurs, à l’exception du Québec.

Le ministère des Finances lancera également une consultation sur des révisions supplémentaires concernant l’exemption des prêts sur salaire et les exemptions pour certains types d’accords et d’arrangements.