Rapport sur les consultations fédérales-provinciales-territoriales sur les droits de garde et de visite et les pensions alimentaires pour enfants

RELATIONS TRÈS CONFLICTUELLES

Presque tous les couples, lorsqu’ils se séparent ou divorcent, connaissent des situations de conflit. L’importance des conflits interpersonnels et juridiques varie considérablement selon les problèmes auxquels sont confrontés les parents.

Les parents en situation très conflictuelle ont parfois de graves problèmes connexes, tels que des problèmes affectifs ou psychologiques ou des problèmes d’abus d’alcool ou de drogues. Les tribunaux consacrent beaucoup de temps aux cas très conflictuels. L’intensité des conflits entre parents constitue également un facteur très important dans l’adaptation de l’enfant après la séparation ou le divorce. Les conflits entre parents et l’absence de coopération rendent également plus difficile l’adaptation de l’enfant après la séparation ou le divorce.

On a laissé entendre qu’il fallait apporter des modifications au droit de la famille afin de protéger les enfants des effets négatifs des relations très conflictuelles entre les parents. On a fait l’essai de certaines méthodes, notamment des programmes d’information et de formation pour les parents, des programmes de visites supervisées et des centres neutres où laisser l’enfant ainsi qu’une gestion intensive des cas très conflictuels par les tribunaux.

Trois questions clés ont été posées concernant les relations très conflictuelles :

Promouvoir l’intérêt supérieur de l’enfant

De nombreux participants estiment que le régime actuel de droit de la famille ne favorise pas suffisamment l’intérêt supérieur de l’enfant dont les parents vivent des relations très conflictuelles. Pour certains, la loi est de toute évidence insuffisante, puisque les parents ont sans arrêt recours aux tribunaux, privant du même coup l’enfant de ressources financières et affectives. On affirme également que les parents en instance de séparation ou de divorce qui ont des relations très conflictuelles font souvent passer leurs propres intérêts avant ceux de l’enfant, par exemple lorsque l’enfant semble être le jouet des parents.

D’autres participants estiment que la Loi sur le divorce ne devrait pas comporter de disposition particulière sur les cas « très conflictuels ». Ils soulignent le risque que la particularisation des mesures applicables dans certains types de circonstances (c’est à dire des situations très conflictuelles) ne donne à penser que ces mesures ne sont pas disponibles dans d’autres circonstances. Même s’ils estiment que la priorité devrait dans une certaine mesure être accordée aux cas très conflictuels en ce qui concerne la disponibilité des services, les participants craignent l’inclusion de dispositions particulières parce qu’elles pourraient aussi donner aux parties l’occasion de se disputer à propos du caractère de leur relation.

Les approches législatives

Selon de nombreux participants, la loi doit d’abord et avant tout favoriser l’intérêt supérieur de l’enfant dans les situations très conflictuelles. Les participants ont également parlé de la définition de l’expression « relations très conflictuelles » et de l’effet des situations très conflictuelles sur les modalités d’exercice des droits de garde et de visite.

La définition de l’expression « relations très conflictuelles »

Certains participants expriment de sérieuses réserves quant à l’emploi de l’expression « relations très conflictuelles » et, plus particulièrement, quant au type de critères à utiliser pour faire la distinction entre les cas de « relations très conflictuelles » et ceux de violence. Ils estiment que la distinction entre « relations très conflictuelles » et « violence » laisse croire qu’un certain niveau de mauvais traitements est acceptable, ce qui est inexact. À leur avis :

D’autres participants adoptent une approche différente de la définition des relations très conflictuelles au cours de la séparation ou du divorce. Selon eux :

D’autres proposent que la définition de l’expression « relations très conflictuelles » tienne compte d’autres facteurs comme les mauvais traitements, l’alcoolisme, la toxicomanie ou les troubles mentaux.

Les effets sur les droits de garde et de visite

Les participants qui associent « relations très conflictuelles » à « violence » expriment les opinions suivantes :

Les participants qui pensent que les relations très conflictuelles sont une conséquence inévitable du divorce ou que les conflits entre parents ne signifient pas nécessairement « manque de compétence parentale » expriment les opinions suivantes :

Les solutions au plan législatif

Les points de vue des participants sur la démarche globale relative aux relations très conflictuelles se reflètent dans leurs réactions aux cinq options proposées en ce qui concerne la loi. Il faut noter que les arguments avancés ceux qui ne sont pas d’accord avec l’option 1 sont les mêmes que ceux avancés par ceux qui sont en faveur de l’option 2 et réciproquement. Il en est de même pour les arguments pour ou contre les options 3 et 4. Pour éviter la redondance, nous ne présentons ici que les points de vue exprimés en faveur de chacune des options.

Option 1

Aucune disposition législative particulière n’est nécessaire. L’adoption de modifications législatives pour faire face aux cas de conflits intenses pourrait avoir des effets néfastes sur la majorité des parents qui coopèrent. Il faudrait que l’accent porte plutôt sur la préparation de modifications législatives visant à appuyer les parents qui peuvent parvenir ensemble à des solutions.

Les participants qui appuient cette option estiment qu’elle offre l’occasion d’inclure une présomption de « partage des responsabilités parentales ». À leur avis, cette option permet aux parents, par le biais de la garde partagée, d’assumer leurs responsabilités parentales de la façon qui leur convient. D’autres appuient l’option 1 parce qu’ils estiment plus important d’élaborer des dispositions précises pour les situations de violence familiale que pour les cas de relations très conflictuelles.

On a également avancé les arguments suivants en faveur de l’option 1 :

Option 2

La loi devrait stipuler que, lorsque les juges craignent des conflits importants et prolongés entre les parents, ils devraient pouvoir prévoir dans leur ordonnance des modalités de prise en charge des enfants très spécifiques et détaillées de manière à établir un mode de vie régulier et une certaine autonomie pour le temps que chaque parent passe avec les enfants.

Certains participants disent préférer cette option parce que des modalités spécifiques et détaillées d’aménagement des responsabilités parentales, ordonnées par le tribunal ou conclues au tout début du processus, atténueraient les tensions entre les parents et serviraient l’intérêt supérieur de l’enfant. À leur avis :

Certains des participants en faveur de l’option 2 précisent des facteurs ou critères dont on devrait tenir compte dans les ordonnances du tribunal concernant l’aménagement des responsabilités parentales :

Option 3

La loi devrait stipuler que, lorsque les juges craignent des conflits importants et prolongés entre les parents, ils devraient pouvoir prévoir dans leur ordonnance un mécanisme de résolution de conflits que les parents seraient tenus d’utiliser.

Les juges devraient ordonner une médiation thérapeutique obligatoire pour les parents ou imposer des séances de parentalité.

Les participants en faveur de cette option estiment que toute personne qui obtient le droit de garde ou le droit de visite devrait être tenue de se prévaloir de programmes ou de mécanismes pour démêler les éléments de conflit et pour définir les besoins de l’enfant. Plusieurs de ces participants recommandent d’assortir cette option d’un incitatif quelconque visant la collaboration des parents. On signale également que les modes de règlement amiable des conflits doivent être accessibles et abordables.

Option 4

La loi devrait décourager les ententes exigeant la coopération des parents et une prise de décision concertée dans les cas où on craint des conflits importants et prolongés entre les parents. La loi devrait préciser que ces ententes ne sont pas dans l’intérêt supérieur de l’enfant et prévoir un mécanisme de règlement de conflits.

Les participants qui préconisent l’option 4 (ainsi que l’emploi de l’expression « responsabilité parentale » pour décrire l’entente sur les droits de garde et le droit de visite) estiment que la résolution forcée du conflit dans les cas de relations très conflictuelles est à la fois risquée et inutile. À leur avis :

Certains participants ont toutefois ajouté qu’il serait souhaitable d’appuyer les parents qui sont disposés à coopérer pour tenter de régler eux-mêmes leurs différends (à l’amiable). Dans ce cas, le tribunal ne devrait pas être tenu d’imposer aux parents des dispositions ou un règlement particulier.

Option 5

La loi devrait comprendre une combinaison des options précédentes.

De nombreux participants préfèrent une combinaison des autres options, le plus souvent les options 2 et 3 ou les options 2 et 4. Les arguments en faveur d’une combinaison de ces options sont sensiblement les mêmes que ceux présentés ci-dessus pour chacune des options. Quelques arguments supplémentaires sont exposés ci-dessous.

La préférence pour une combinaison des options 2 et 3 est fondée sur la notion que le moyen le plus efficace de régler les différends serait d’associer des ordonnances très détaillées du tribunal concernant l’aménagement des responsabilités parentales à des ordonnances prévoyant la résolution des conflits par un juge désigné (ou par une autre personne dont la décision est exécutoire). Voici certaines des autres questions qui ont été soulevées :

La préférence exprimée pour la combinaison des options 2 et 4 est fondée sur la notion que, dans les cas de relations très conflictuelles, les parties ne se mettront pas facilement d’accord. Certains participants affirment que la loi doit préciser que la sécurité (de l’enfant et des parents) est primordiale. Obliger des parties ayant des relations très conflictuelles (et, selon la définition que donnent les participants à l’expression « relations très conflictuelles », des parties quelquefois violentes) à régler leurs problèmes ensemble ne cadre pas avec une volonté d’assurer la sécurité des personnes concernées.

L’amélioration des services

La plupart des services répertoriés dans le document de consultation sont qualifiés d’utiles dans les situations très conflictuelles.

Certaines questions préoccupent les participants en ce qui concerne la prestation des services en général. Par exemple :

Les mémoires reçus renferment les commentaires suivants sur des services particuliers.

L’information et le formation

La médiation

L’aide juridique

Les centres de visites supervisées